Le dupilumab, un anticorps monoclonal humain ciblant le récepteur de l’interleukine 4 alpha, est utilisé pour le traitement de la dermatite atopique (DA) modérée à sévère. Des études antérieures ont fait état de diagnostics de lymphome cutané à cellules T (CTCL) après l’utilisation du dupilumab. Cette étude vise à étayer davantage ce risque.
Méthode
- En utilisant la base de données TrinetX enrichie par les données de 60 organisations de soin de santé, l’incidence des tumeurs malignes cutanées et lymphoïdes, y compris les CTCL, a été comparée entre une cohorte de patients atteints de la maladie d’Alzheimer qui ont utilisé le dupilumab et une cohorte de patients atteints de la maladie d’Alzheimer qui n’ont jamais utilisé le dupilumab.
- Une deuxième analyse excluant l’utilisation antérieure d’antirhumatismaux modificateurs de la maladie a été réalisée.
- L’appariement par score de propension a été effectué pour contrôler les covariables.
Résultats
- Un risque accru de LCT a été constaté dans la cohorte de patients atteints de la maladie atopique et d’une maladie d’Alzheimer ayant utilisé le dupilumab (rapport de 4,1003 avec un intervalle de confiance à 95 % 2,055-8,192).
- Le risque accru a persisté après exclusion de l’utilisation antérieure d’antirhumatismaux modificateurs de la maladie.
- Le risque n’était pas accru pour les autres tumeurs malignes cutanées ou lymphoïdes.
- La plupart (27/41) des cas de LTC ont été diagnostiqués plus d’un an après l’utilisation du dupilumab mais certains dès 6 mois (possible révélation d’une forme en développement).
- le traitement par le dupilumab a réduit les risques de développer :
- un carcinome basocellulaire (OR : 0,398 ; IC à 95 % : 0,214-0,74)
- et le mélanome (OR : 0,498 ; IC à 95 % : 0,256-0,969).
Discussion
- Signal d’association, pas preuve de causalité : l’étude (rétrospective, à partir de données de soins) suggère un sur-risque de lymphome cutané T chez des patients exposés au dupilumab, mais ne permet pas d’affirmer que le médicament “cause” le cancer.
- Biais protopathique probable : un lymphome cutané T débutant peut mimer une dermatite atopique ; le dupilumab peut alors être prescrit à tort pour une “DA résistante”, et le diagnostic de lymphome est posé ensuite lors des explorations, donnant l’illusion d’un risque induit.
- Une surveillance accrue c’est plus de diagnostics : les patients sous biothérapie sont plus suivis, plus souvent examinés et biopsiés ; cela augmente mécaniquement la détection de CTCL par rapport aux comparateurs.
- Conséquences pratiques : avant dupilumab, revalider le diagnostic si tableau atypique (début tardif, plaques fixes/asymétriques, échec inhabituel des traitements, adénopathies) et envisager une biopsie ; sous traitement, maintenir une vigilance dermatologique en cas de lésions non typiques ou qui persistent.
Conclusion
- Il existe un risque d’erreur de classification dans la base de données.
- La gravité de la maladie d’Alzheimer n’a pas pu être évaluée.
- L’association entre le dupilumab et le CTCL ne prouve pas la causalité.
Envie de réagir?