8 janvier 2026 ·  · 96 lectures

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Les vaccins à ARNm ont fait leur entrée remarquée dans nos cabinets médicaux lors de la pandémie de COVID-19, avant de s’effacer un peu de notre radar, sauf en cas de risque d’anaphylaxie immédiate. L’article de S. Li et coll., publié en 2025 dans World Allergy Organization Journal, propose un renversement complet de perspective : utiliser des vaccins à ARNm codant des allergènes… non pas pour traiter l’allergie installée, mais pour empêcher la sensibilisation IgE d’apparaître.

En d’autres termes, une « vaccination anti-allergie » préventive, destinée aux enfants présentant un risque élevé avant l’apparition des IgE spécifiques, en plus de notre vénérée immunothérapie allergénique (ITA). Cette idée s’inscrit dans la continuité des approches de prévention primaire par immunomodulation déjà discutées sur allergique.org,

Méthode

  • Type de travail
    • Revue narrative de la littérature sur :
      • la technologie des vaccins à ARNm (classiques et auto-amplifiants)
      • les études précliniques utilisant des ARNm codant des allergènes majeurs (Phl p 5, Der p 2, etc.) pour prévenir les réactions de type I chez la souris.
  • Définition : Vaccin à ARNm
  • Définition : ARNm auto-amplifiant
    • L’ARNm code pour l’allergène et les protéines de réplication virale. Une fois dans la cellule, il se réplique lui-même, ce qui permet d’obtenir une forte expression de l’antigène à partir d’une très petite quantité d’ARN.
  • Définition : Immunothérapie allergénique (AIT/ITA)
    • Procédure consistant en une administration régulière de préparations d’extraits allergéniques (SCIT ou SLIT) pour induire une tolérance, détourner la réponse Th2 vers Th1/Treg et accroître les IgG « bloquantes ».
  • Stratégie analysée
    • Utilisation d’ARNm codant des allergènes majeurs, parfois modifiés (hypoallergéniques, conservation des épitopes T mais réduction des épitopes B/IgE), injectés en faible dose, en prévention primaire chez des sujets à risque élevé.

Résultats

  • Avantages théoriques des vaccins à ARNm en allergologie
    • Production rapide et standardisée, ne nécessitant pas de culture de virus ni d’extraits allergènes complexes.
    • L’ARN reste dans le cytoplasme, avec une disparition rapide après traduction.
    • Ces vaccins permettent de combiner plusieurs allergènes majeurs, tels que ceux des graminées, des acariens ou du bouleau, dans un seul vaccin.
  • Données précliniques clés
    • Modèle Phl p 5 (graminées) :
      • Vaccination par ARNm avant sensibilisation = prévention presque complète de la production d’IgE spécifiques, diminution significative d’IL-4/IL-5/IL-13 et augmentation d’IFN-γ et d’IgG2a.
      • Réduction de l’hyperréactivité bronchique, de l’éosinophilie pulmonaire et de l’inflammation des voies aériennes.
    • Mémorisation à long terme :
      • Même à très faible dose, l’ARNm Phl p 5 induit une mémoire T durable, renforcée par les expositions ultérieures à des allergènes, sans basculer vers une réponse Th2.
    • ARNm vs ADN :
      • La réponse Th1/Treg est comparable ou même supérieure, avec une immunogénicité globale réduite et des risques théoriques moindres (absence d’ADN plasmidique et d’intégration).
  • Profil immunologique recherché
    • Il ne s’agit pas d’une « hyper-Th1 » excessive, mais plutôt d’une légère inclinaison vers le Th1/Treg, ce qui devrait empêcher l’augmentation de la réponse Th2/IgE.
    • Production d’IgG2a chez la souris, analogues potentiels d’IgG « bloqueuses » chez l’humain, capables de concurrencer les IgE sur l’allergène.
  • Sécurité préclinique
    • L’« allergène » est ramené à son information génétique, en très faible quantité.
    • Il n’y a pas de contact initial avec des protéines intactes pouvant activer des IgE préexistantes.
    • Possibilité de choisir des séquences hypoallergéniques, diminuant encore le risque de réaction immédiate.

Discussion

  • Basculer vers une nouvelle approche : de la désensibilisation à la prévention primaire
    • L’ITA intervient chez des patients déjà sensibilisés, avec des cures de 3 à 5 ans, des contraintes de coût, d’adhésion et de risques systémiques.
    • Les vaccins à ARNm pourraient être administrés à des nourrissons à haut risque (antécédents familiaux, biomarqueurs), avant même la première montée des IgE spécifiques.
  • Ciblage des allergènes
    • Nécessité d’identifier, région par région, les allergènes majeurs prioritaires (Phl p 5, Der p 2, Bet v 1…).
    • Utilisation possible des diagnostics moléculaires que nous pratiquons déjà (CRD, puces) pour cartographier les sensibilisations dominantes et construire des vaccins multivalents adaptés.
  • Planification d’un programme de vaccination contre les allergies
    • Première étape : classification du risque à la naissance pour les enfants nés dans des familles présentant un historique d’allergies (par exemple, antécédents familiaux, éventuellement des marqueurs biologiques tels que l’EPX ou les IgE du sang de cordon, etc.).
    • Étape 2 : administration précoce d’un vaccin ARNm multivalent couvrant 3–5 allergènes majeurs régionaux, puis renforcement « naturel » par les expositions environnementales.
  • Limites actuelles
    • Aucune donnée clinique humaine à ce jour : tout repose sur des modèles animaux et des extrapolations.
    • Questions éthiques et sociétales : proposer un vaccin à des enfants asymptomatiques pour une maladie rarement mortelle mais très fréquente.
    • Incertitudes réglementaires : ces vaccins préventifs antiallergiques n’entrent pas entièrement dans la catégorie « vaccin infectieux », ni dans celle de l’ITA telle que nous la connaissons.

Conclusion

Les auteurs plaident pour une nouvelle génération de « vaccins anti-allergies » à ARNm. Ces vaccins, administrés en une ou deux injections à très faible dose, permettraient d’éviter le développement de la trajectoire Th2/IgE chez les enfants à risque, là où l’ITA est une stratégie lourde, réservée aux maladies déjà installées. Les résultats précliniques sont extrêmement prometteurs : contrôle de l’IgE, passage du système immunitaire de Th2 à Th1/Treg, protection respiratoire prolongée et excellent profil de tolérance chez l’animal.

Mais tout reste à démontrer chez l’être humain : identifier les bons antigènes, la bonne fenêtre d’intervention, les bons critères de risque, et évaluer la balance bénéfice/risque dans des essais pédiatriques de grande ampleur. En attendant, l’ITA classique, la prévention environnementale et, demain, d’autres biothérapies ciblant les IgE ou les voies Th2 demeurent les outils concrets, comme le discutent de nombreux articles d’allergique.org consacrés à l’immunothérapie et aux biothérapies.


Le mot de l'allergo

Pour l’allergologue de terrain, cet article a un parfum de science-fiction… mais d’une science-fiction très documentée. Nous avons déjà vécu la transition d’une technologie longtemps confidentielle vers un usage massif en santé publique avec les vaccins à ARNm anti-COVID. Rien n’interdit d’imaginer un scénario semblable en allergologie. Demain, au lieu d’attendre la première rhinite au pollen ou la première crise d’asthme aux acariens, on pourrait, chez les nourrissons présentant un haut niveau de risque, proposer une vaccination anti-sensibilisation ciblant quelques allergènes majeurs.

Concrètement, cela ne rendra pas obsolète l’ITA, qui demeurera indispensable pour rattraper les sensibilisations déjà présentes, notamment chez l’adolescent ou l’adulte. Cependant, si ces vaccins préventifs sont confirmés, la mission de l’allergologue s’élargira. Il devra effectuer une analyse détaillée du profil de risque, dialoguer avec les parents au sujet d’une vaccination « non infectieuse », et surveiller les cohortes pendant une période prolongée. Cette idée d’« immunomodulation précoce » est déjà présente dans plusieurs articles d’allergique.org : intervenir avant même que l’allergie n’apparaisse, plutôt que de traiter ses symptômes une fois installés.

Cette idée s’inscrit dans la continuité des approches de prévention primaire par immunomodulation déjà discutées ici.

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