16 février 2026 ·  · 8 lectures

min de lecture  Aller à la conclusion

Cette étude suggère qu’une allergie « pollen–aliment » déclenchée par le ginseng cru en Asie serait principalement causée par une protéine PR-10, désormais appelée Pana g 1. Elle laisse entendre qu’un dosage standardisé de Pana g 1 (ELISA + spectrométrie de masse) pourrait contribuer à établir un diagnostic fiable et à surveiller les produits commercialisés.

Le ginseng (Panax ginseng) est consommé comme « tonique »… mais, chez certains patients polliniques, il peut déclencher un véritable syndrome pollen-aliment (PFAS), parfois sévère, surtout lorsqu’il est consommé cru (souvent mariné au miel en Corée). On suspectait jusqu’ici une PR-10 « façon Bet v 1 », mais sans preuve solide ni outil de quantification.

Cette étude présente deux avancées majeures : la première consiste à identifier l’allergène responsable du PFAS dans le ginseng, et la seconde est la création d’outils de mesure de cet allergène dans les extraits et boissons. Characterization of Pana g 1, an important cause of pollen-food allergy syndrome from Korean ginseng, Panax ginseng Kyoung Yong Jeong and al.

Lire également :

Méthode

  • Sujets : 5 adultes présentant une réaction immédiate après avoir consommé du ginseng, diagnostiqués PFAS (profil pollinique variable avec des rhinites et de l’asthme fréquents).
  • Criblage “omic” : analyse du génome + transcriptome du ginseng pour repérer des familles d’allergènes végétaux plausibles.
  • Protéomique « centrée patient » : utilisation d’immunoblots/2D-gels combinés à des sérums pour identifier la protéine spécifiquement reconnue par les IgE.
  • Recombinant : création d’une PR-10 recombinante, soumise à des tests ELISA et ELISA d’inhibition en présence du principal allergène pollinique local (Que ac 1, chêne).
  • Quantification :
    • ELISA « sandwich » (deux sites) utilisant des anticorps monoclonaux anti-Pana g 1.
    • Spectrométrie de masse ciblée MRM-MS/MS (validation et détection de peptides).

Définitions

  • ELISA : test immuno-enzymatique pour mesurer une liaison IgE/anticorps. Comprendre l’ELISA (INSERM)
  • ELISA d’inhibition : on “bloque” la liaison IgE avec un allergène concurrent pour démontrer la réactivité croisée. Inhibition ELISA (overview)
  • MRM-MS/MS : spectrométrie de masse ciblée, qui « compte » parmi ses peptides signature ceux présents dans des produits transformés. MRM mass spectrometry

Résultats

  • 4 candidats ressortent du criblage : PR-10, profiline, nsLTP, thaumatin-like.
  • Un seul “gagne” en clinique : la PR-10 est la seule retrouvée par la protéomique avec sérums : elle devient Pana g 1.
  • Reconnaissance IgE : le recombinant Pana g 1 est reconnu par 4/5 patients.
  • Réactivité croisée : forte inhibition croisée entre Pana g 1 et Que ac 1 (chêne), avec une IgE globalement plus “attirée” par Que ac 1 (sensibilisant primaire) que par le ginseng (déclencheur alimentaire).
  • Combien y en a dans l’extrait ? On mesure à 4,26 µg/mg de protéines (ELISA) et 4,54 µg/mg (MRM) la présence de Pana g 1 dans l’extrait de ginseng.
  • Et dans la vraie vie ? Les produits commerciaux contiennent des quantités non négligeables : jusqu’à 355 µg de Pana g 1 par bouteille de boisson au ginseng rouge (selon les marques/produits testés).

Discussion

  • Diagnostic : Pana g 1 émerge comme un marqueur candidat pour explorer un PFAS au ginseng (à rapprocher des PR-10 classiques : Bet v 1, Cor a 1, Ara h 8…).
  • Standardisation / vigilance : l’idée d’un dosage “industriel” de l’allergène est séduisante (comparabilité des lots, surveillance).
  • Problème clé non résolu : mesurer une protéine n’est pas prouver son pouvoir déclencheur après transformation. Les écrivains mettent en évidence l’incertitude concernant l’activité immunologique d’un Pana g 1 altéré par la chaleur, en particulier pour les allergènes dont les épitopes conformationnels sont importants.
  • Limites : petit effectif (5 patients), géographie particulière (chêne très sensibilisant en Corée), et d’autres bandes IgE-réactives (≈60 kDa) non identifiées.

Conclusion

Il apparaît que Pana g 1 est l’allergène principal du PFAS dans le ginseng coréen, grâce à une démonstration captivante « du patient à la molécule ». La méthode de quantification la plus prometteuse est celle qui combine l’ELISA et le MRM sur les extraits et les boissons. Elle est utile autant pour le clinicien (diagnostic raisonné) que pour la surveillance des produits. Reste à établir le lien entre les doses mesurées au risque clinique réel, notamment selon les procédés (cru, infusion, extraction, fermentation, chauffage).


Le mot de l'allergo

Chez certains allergiques aux pollens, manger du ginseng cru peut déclencher un “syndrome pollen-aliment” : démangeaisons, gêne de la gorge, parfois réactions plus fortes. Cette étude suggère qu’une protéine du ginseng, proche des allergènes PR-10 des fruits (comme la pomme) et des pollens (bétulacées), serait souvent en cause : Pana g 1. Les chercheurs montrent aussi qu’on peut désormais mesurer cette protéine dans les extraits et les boissons au ginseng. C’est une bonne nouvelle : mieux identifier l’allergène, c’est mieux diagnostiquer… et peut-être mieux surveiller les produits. Mais il reste une question pratique : la quantité mesurée prédit-elle vraiment la réaction chez chaque patient, surtout quand le ginseng est transformé ?

Noter cet article (sur 10)

0 vote
aliment comprendre urgence

Envie de réagir?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.