8 avril 2005 ·  · 5581 lectures

min de lecture  Aller à la conclusion

Une belle étude sur l’hypothèse hygiéniste : l’infection des voies respiratoires par Chlamydiae pneumoniae protège-t-elle de l’allergie ?

Association inverse entre infection des voies respiratoires par Chlamydiae pneumoniae et initiation d’un asthme et/ou d’une rhinite allergique chez des enfants. : Sebastian M. Schmidt, Cornelia E. Müller and Siegfried K. W. Wiersbitzky

Department of Infectious, Bronchopulmonary and Allergic Diseases, Children’s and Youth Hospital, Ernst-Moritz-Arndt University, Greifswald, Germany

dans Pediatric Allergy and Immunology 16 (2), 137-144.

 Objectifs et méthodes :

  • Afin d’évaluer en pédiatrie le rôle d’une infection des voies respiratoires par Chlamydiae pneumoniae sur l’apparition d’un asthme, d’une rhinite allergique, ou d’un eczéma atopique, des enfants de 3 catégories d’âge (n = 1211) étaient suivis prospectivement avec dépistage d’une infection à Chlamydiae pneumoniae par écouvillons pharyngés et PCR.
  • Les enfants infectés (study group, SG) étaient examinés à un rythme mensuel jusqu’à ce que l’agent infectieux ne puisse plus être détecté, ceci permettant de « quantifier » les infections persistantes.
  • Ils étaient comparés avec des enfants non infectés sélectionnés par randomisation, sans asthme avec ajustement par âge, sexe et origines ethniques (groupe contrôle, CG).
  • Etait considérés autant la fonction respiratoire et les paramètres inflammatoires que l’apparition d’une maladie allergique basée sur le diagnostic du médecin traitant (médiane de diagnostic=22 mois).

 Résultats :

  • Lors du premier examen de suivi, les enfants SG avaient des taux plus élevés de leucotriènes B4 (médianes : 36 pg/ml vs 19 pg/ml ;p = 0,04) et de 8-isoprostane (médianes : 15 pg/ml vs 12 pg/ml ;p = 0,04) dans les condensats de l’air exhalé, ce profil caractérisant l’inflammation neutrophile en réponse à un agent infectieux et le stress oxydatif dans les voies aériennes inférieures.
  • Il n’y avait pas de différence pour les autres leucotriènes (cystéinyl leucotriènes) intervenant dans les réactions aiguës allergiques.
  • La sécrétion d’IgA anti-Chlamydiae était localement plus élevée chez les enfants après infection par Chlamydiae pneumoniae (médiane de densité oculaire : 0,7 vs 0,4 ;p = 0,001) confirmant les résultats de la PCR.
  • Lors de l’examen final, il n’y avait pas de différence entre les 2 groupes pour les paramètres suivants :
    • fonction pulmonaire pathologique
    • condensats de l’air exhalé
    • hyperéosinophilie de la muqueuse nasale
  • L’incidence de l’asthme (0/55 vs 5/54 ;p = 0,03) et de la rhinite allergique [3/53 vs 10/52 ;p = 0,04 ; odds ratio et intervalle de confiance 95% - OR 0,32 (0,06-0,98)] de même que la prévalence de l’asthme [1/56 vs 9/58 ;p = 0,02 ; OR 0,1 (0,01-0,81)] et de la rhinite allergique [6/56 vs 16/58 ;p = 0,03 ; OR 0,32 (0,11-0,88)] étaient plus basse dans le groupe des enfants SG.
  • Aucune association n’était retrouvée avec l’eczéma atopique
  • On retrouvait chez 3 enfants avec une infection persistante à Chlamydiae une légère augmentation de l’incidence de la rhinite allergique, mais non significative par comparaison aux enfants ayant une infection guérie (1/3 vs 2/50).

 En conclusion, une infection des voies respiratoires supérieures à Chlamydiae pneumoniae peut être considèrée comme un facteur protecteur contre l’asthme et la rhinite allergique de l’enfant dans une population d’enfants en crèche et scolarisés.


Le mot de l'allergo

Cette étude montre que :

  • La survenue d’une infection à Chlamydiae pneumoniae diminue significativement l’incidence et la prévalence de l’asthme et de la rhinite allergique chez des enfants.
  • De façon curieuse, cet évènement n’a pas d’incidence sur l’expression des leucotriènes exhalés intervenant dans les réactions aiguës allergiques.
  • Il n’y avait de différence non plus sur l’éosinophilie nasale
  • Une infection chronique à Chlamydiae favoriserait plutôt la rhinite allergique

Cette étude illustre bien les difficultés rencontrées lorsque l’on s’intéresse à l’hypothèse hygiéniste de l’allergie : une constatation clinique statistiquement significative, n’est pas aussi claire sur le plan physiopathologique. Ce d’autant plus qu’une infection persistante sera plutôt « pro-allergique », mais il faut rester prudent car cette dernière observation n’est pas statistiquement significative.

Quoiqu’il en soit, cette étude a le mérite d’amener un argument supplémentaire en faveur de cette hypothèse hygiéniste, avec un nombre conséquents de patients.

Noter cet article (sur 10)

0 vote
abonnés article grand public atopie ATOPIE Hygiène

Envie de réagir?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.