14 novembre 2025 ·  · 340 lectures

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Les incendies de végétation deviennent de plus en plus intenses et fréquents, dispersant sur des centaines de kilomètres un mélange de gaz et de particules. La fraction PM2,5 (particules de ≤ 2,5 µm) émerge comme l’un des composants les plus toxiques de ce mélange. Les auteurs soulignent que ces panaches, qui sont plus oxydants et pro-inflammatoires que la pollution atmosphérique « typique » des villes, aggravent les maladies allergiques telles que l’asthme, la rhinite allergique et la dermatite atopique (DA). Wildfires and Atopic Diseases : A Review by Alex Ha and al. in Allergy, 2025 ; 0:1–12

Méthode

Revue systématique des recherches publiées au cours de la dernière décennie et identifiées dans les bases de données PubMed et Embase (période de janvier à mars 2024). Inclusion : travaux (observations/expérimentations) analysant l’exposition aux PM2,5 d’origine feux et un critère clinique d’atopie ; exclusion des éditoriaux, narratifs non systématiques, articles non anglophones et études sans PM2,5. Si nécessaire, les auteurs ont complété les données avec des informations sur la « pollution ambiante » hors incendies.

Résultats

  • Asthme : l’association est la plus solide. Pendant l’épisode canadien de 2023, les concentrations de PM 2,5 quotidiennes à New York ont atteint 101 µg/m³ et les visites aux urgences pour asthme ont augmenté de 44 % (RR 1,44). D’autres études (Oregon 2013, San Diego 2007, Australie) confirment : +5–8 % d’événements/10 µg/m³ et jusqu’à +112 % d’urgences aux pics.
  • Rhinite allergique : signal plus hétérogène, possiblement « seuil-dépendant ». En présence de taux élevés de particules fines PM 2,5 (environ 100 µg/m³ à Beijing), une augmentation de 0,47 % des consultations médicales est observée pour chaque augmentation de 10 µg/m³. Les méta-analyses révèlent une association claire en Asie, mais moins marquée en Amérique et en Europe (des niveaux de fond plus bas et des compositions différentes).
  • Dermatite atopique : à court terme (2 semaines), une augmentation de 10 μg/m³ de PM 2,5 entraîne une hausse de 5 % des consultations pédiatriques pour la dermatite atopique et de 8 % pour le prurit. Chez l’adulte, cela entraine une hausse des consultations et des prescriptions systémiques (RR 1,45). De plus, les pics de pollution sont associés à une augmentation des recherches en ligne sur les termes « eczema/itch/red skin ».
  • Différences de vulnérabilité : les impacts sanitaires des feux sont inégaux (quartiers défavorisés, écoles mal ventilées, métiers exposés). Les auteurs abordent les leviers « justice environnementale » : subventions pour purificateurs HEPA, salles d’air pur à l’école, habitations plus résilientes.
  • Il s’agit d’un effet spécifique car les feux peuvent contribuer à 25-70 % des niveaux de PM 2,5 régionaux lors des pics de pollution. Leur mélange (PAH, HAP, COV, cendres) est particulièrement pro-oxydant et pro-inflammatoire, ce qui entraîne des effets toxicologiques plus importants que ceux du PM 2,5 « urbain ».

Discussion

  • Mécanismes plausibles : stress oxydant, inflammation épithéliale, potentialisation des allergènes aéroportés ; synergies pollution/allergènes plausibles pour asthme, rhinite et DA.
  • Limites des données : Mesures d’exposition environnementales (nombre limité de capteurs individuels), hétérogénéité des méthodes et des mélanges de fumées, critères d’évaluation centrés sur les hospitalisations plutôt que sur les symptômes quotidiens tels que le prurit ou la gêne.
  • Pistes d’amélioration : protocoles avec capteurs individuels ; cohortes prospectives ; essais d’interventions (pièces à air filtré HEPA, masques FFP2/N95, messages ciblés) ; indicateurs centrés patients (qualité de vie, sommeil, consommation de dermocorticoïdes).

Conclusion et limites

Cette analyse renforce un message clair : la fumée des incendies agit comme un accélérateur de l’asthme (> rhume des foins > eczéma), avec une intensité variable selon le niveau d’exposition et les vulnérabilités sociales. Il existe des preuves solides pour l’asthme, des preuves croissantes pour la DA, et des preuves encore fragmentaires pour la rhinite. Elle plaide pour anticiper (plans d’action, filtration de l’air, masque, adaptation thérapeutique en période de fumées) et pour mieux mesurer (exposition réelle, issues patient-centrées) afin de guider des politiques publiques justes.


Le mot de l'allergo

L’exposition à la « fumée des feux » est une combinaison de particules fines qui s’infiltrent profondément, de gaz irritants et de composés organiques qui endommagent la barrière et favorisent une inflammation de type 2. Pour l’asthme, le signal est assez net pour recommander des conduites proactives : consulter l’index de qualité de l’air, garder chez soi au moins une pièce filtrée HEPA. Prévoir une escalade temporaire (ICS/formotérol en relais selon GINA). Porter un FFP2 dehors lorsque l’indice s’envole, et caler un plan d’action écrit. En ce qui concerne la dermatite atopique (DA), les jours de fumées invitent à « surgrasser » (émollients riches), à protéger la peau (douches brèves, pas d’huiles essentielles), à prévoir une fenêtre de traitement anti-inflammatoire court et à filtrer l’air de la chambre. Pour la rhinite, des lavages de nez associés à un corticoïde nasal peuvent prévenir l’évolution vers une crise bronchique. Il reste cependant l’aspect « inégalités » : tout le monde n’a pas accès à un purificateur d’air ni à des fenêtres étanches. Le médecin peut être prescripteur de conseils efficaces et réalistes (port de pièce unique filtrée, fourniture de masques par la mairie ou l’école, adaptation des horaires d’activité, fermeture des arrivées d’air quand l’indice grimpe). De son côté, la communauté peut plaider en faveur de salles d’air propre dans les écoles et de subventions pour les équipements. Bref : anticiper, protéger les plus vulnérables, et soigner au plus près du vécu.

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