Aujourd’hui, pas de pollen, pas d’acarien, pas d’anaphylaxie. Enfin, si, tout ça est là, en filigrane, comme toujours. Mais ce que je vais vous annoncer, c’est quelque chose d’un peu différent. Quelque chose que nous préparions depuis un moment, avec ce mélange de sérieux et d’humour qui est, vous le savez, la signature de ce site depuis vingt-cinq ans.
Nous allons vous parler d’iAtchoum.
Commençons par le commencement. Si vous avez déjà cherché sur internet des informations sur une allergie, que vous soyez patient, parent, ou professionnel de santé, vous avez probablement vécu la même expérience. Vous posez une question. Vous obtenez dix réponses : trop vagues, trop assurées, qui se contredisent. Et finalement, vous ne savez pas vraiment à qui faire confiance.
Avec l’essor des outils d’intelligence artificielle, ce problème ne s’est pas arrangé. Alors avant de vous expliquer ce qu’est iAtchoum, il faut qu’on parle un moment de ce qu’il n’est pas. Et pour ça, une petite analogie s’impose.
De celui qui croit tout savoir à celui qui sait qu’il ne sait pas tout
Vous connaissez tous ces caricatures de politiciens, présents dans tous les pays, dans tous les partis, capables de parler avec une autorité absolue de n’importe quel sujet. L’économie, la santé, la politique étrangère, et pourquoi pas l’allergologie moléculaire. Ils s’expriment avec fluidité, ils donnent l’impression de maîtriser. Et puis, dès qu’on gratte un peu, on réalise qu’ils ont surtout lu les titres, qu’ils confondent les données, lissent les nuances qui dérangent, et sont incapables de dire ce qu’il ne sait pas, parce qu’ils ne savent pas ce qu’il ne savent pas.
C’est exactement ainsi que fonctionne un grand modèle de langage généraliste, qu’on appelle un LLM. Il a ingéré une quantité vertigineuse de textes. Tout l’internet, ou presque. L’avis de votre concierge sur les acariens, les recommandations internationales les plus sérieuses sur l’anaphylaxie, les études cliniques sérieuses mais aussi les théories les plus farfelues sur les allergies que l’humanité numérique a su générer sur les allergies.
Tout ça cohabite dans sa mémoire, sans hiérarchie naturelle. Pour en tirer quelque chose d’utile, il faut lui préciser qui vous êtes, ce que vous voulez exactement, dans quel cadre, avec quel niveau d’expertise. La qualité de la réponse dépend directement de la qualité de votre question et de ce que le modèle sait de vous. Si vous êtes vague, il sera vague. Et pour la plupart des gens, dans la plupart des situations médicales, c’est un problème sérieux.
Le SLM, lui, c’est une autre histoire. Imaginez non plus le politique omniscient, mais l’expert de terrain. Celui qui a passé vingt ans à travailler dans un domaine précis. Il ne sait pas tout sur tout, mais dans son domaine : il est vraiment compétent. Vous n’avez pas besoin de lui expliquer le contexte à chaque fois. Il n’e fait qu’une chose mais il le fait bien. Il ne vous parlera pas des allergies selon la lune, non pas parce qu’on le lui a interdit, mais parce que ses sources ne contiennent tout simplement pas ce type de contenu.
Un SLM bien nourri ne fait pas dans l’ésotérique.
Sauf, bien sûr, si quelqu’un a décidé de lui pourrir le cerveau en choisissant de mauvaises sources. La règle est simple : la qualité d’un SLM dépend entièrement de la qualité de ce qu’on lui a donné à lire.
iAtchoum est un SLM, un Small Language Model. Plus compact qu’un grand modèle généraliste, plus ciblé, plus économe en ressources, et spécialisé en allergologie. Il ne sait pas tout. Mais ce qu’il sait, il le sait vraiment, parce qu’on lui a choisi ses sources avec soin.
L’allergologie ne s’apprend pas n’importe où
Ses sources, parlons-en. iAtchoum ne répond pas depuis sa seule mémoire. Il travaille selon un principe qu’on appelle la recherche augmentée. Au lieu de demander à une IA de deviner intelligemment à partir de ce qu’elle a appris, on lui donne d’abord un environnement documentaire choisi, organisé, spécialisé. On lui ouvre la bonne bibliothèque. On lui montre les bonnes étagères, et ensuite seulement, on lui demande de faire une synthèse.
Quand vous posez une question à iAtchoum, il active un moteur de récupération (RAG, Retrieval-Augmented Generation) qui explore plusieurs couches de sources :
- le corpus éditorial d’Allergique.org, vingt-cinq ans de contenus relus et actualisés ;
- allergen.org pour la nomenclature officielle de l’IUIS ;
- AllerData pour les familles moléculaires, les réactivités croisées et les publications associées.
- les sites officiels : WAO, EAACI, ARIA, GINA etc.
- Il hiérarchise les résultats, élimine les doublons, prépare un dossier cohérent.
- Et c’est seulement après cette étape que le modèle de langage intervient, non pas pour improviser, mais pour synthétiser.
Un chatbot généraliste répond avec sa mémoire. iAtchoum répond avec un dossier.
En allergologie, cette distinction est capitale. La différence entre un allergène source et un allergène moléculaire, entre une réactivité croisée cliniquement pertinente et une réactivité seulement théorique, entre une PR-10 et une protéine de stockage : ces nuances ont des implications diagnostiques directes. En allergologie, chercher "à peu près" n’est pas possible, iAtchoum cherche juste.
Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin
iAtchoum est né d’une idée. Une idée portée depuis un moment par quelqu’un convaincu qu’une IA documentaire sérieuse pouvait changer la manière dont patients et professionnels accèdent à l’information allergologique, oui c’est moi. Mais une idée, aussi bonne soit-elle, ne devient un projet solide que lorsqu’elle rencontre les bonnes personnes pour la challenger, l’affiner, l’améliorer.
C’est précisément ce qui se passe avec le groupe de travail e-santé et intelligence artificielle de la Société Française d’Allergologie, la SFA. Ce groupe rassemble des passionnés, cliniciens, chercheurs, spécialistes de l’information médicale et de l’informatique, animés par la même question : comment mettre l’intelligence artificielle au service d’une spécialité de précision, sans sacrifier la rigueur, la transparence, ni la qualité des données ?
Car un outil documentaire médical ne se résume pas à son architecture technique. Il vaut ce que valent ses sources, la qualité de leur sélection, la pertinence de leur organisation, la vigilance de ceux qui les maintiennent.
Le groupe de travail apporte exactement cela : une communauté de regard critique, capable d’évaluer à la fois les méthodes informatiques et la qualité des données médicales.
iAtchoum naît donc sur Allergique.org, mais il grandit avec la SFA
Les IA ne sont pas obligées de détruire la planète
Parlons maintenant d’un choix qui me tient à cœur : iAtchoum est hébergé en Europe, sur des serveurs conformes au RGPD, alimentés par de l’énergie renouvelable.
Il y a un concept important en santé publique : le OneHealth, la santé unique. La santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes sont profondément liées. On ne peut pas soigner les unes en dégradant les autres.
Les allergies en sont un des exemples les plus frappants. Le réchauffement climatique allonge les saisons polliniques, permet à des plantes invasives comme l’ambroisie de coloniser de nouveaux territoires, amplifie le pouvoir allergisant des pollens en synergie avec la pollution atmosphérique, modifie les populations d’acariens et de moisissures. Le dérèglement climatique est un facteur aggravant, direct et documenté, de la crise allergologique mondiale.
Alimenter iAtchoum avec de l’énergie renouvelable n’est pas un geste symbolique. C’est une cohérence. On ne peut pas parler sérieusement de la montée des allergies liée au réchauffement, et faire tourner nos outils numériques sur des ressources carbonées sans se poser de question.
Et concernant le RGPD : lorsque vous posez une question de santé, vous avez le droit de savoir où vont vos données. Avec iAtchoum, elles restent en Europe, dans un cadre juridique clair.
De l’intelligence centralisée à l’intelligence distribuée
Une dernière idée, un plus conceptuelle, éclaire la direction que nous prenons.
En neurosciences, il existe une hypothèse fonctionnelle sur l’intelligence distribuée. Le cerveau ne fonctionne pas comme un centre omniscient qui saurait tout sur tout. Il fonctionne comme un réseau de zones spécialisées, chacune experte dans un domaine précis, qui se coordonnent pour produire une pensée cohérente. Pas un grand cerveau qui sait tout mais de nombreux petits cerveaux spécialisés qui travaillent ensemble.
C’est la philosophie d’iAtchoum. Et c’est pourquoi il sera distribué sur SPIP-contrib sous licence GPL. N’importe quel site spécialisé pourra s’en emparer, le nourrir de ses propres sources expertes, et construire dans son domaine une intelligence documentaire performante.
En conclusion
Pour le grand public, iAtchoum construit un pont entre la mémoire documentaire d’Allergique.org et votre question du moment. Il présente ses résultats par niveaux : points clés, réponse développée, sources identifiées, mode expert si nécessaire. Une bonne réponse médicale n’est pas seulement une conclusion, c’est aussi une traçabilité.
Pour les professionnels de santé, c’est un assistant documentaire ancré dans une démarche validée par la communauté allergologique française.
Et pour tous, des données qui restent en Europe, des sources choisies avec rigueur, et un outil qui dit quand il ne sait pas.
je vous invite à le découvrir, à le tester, à l’interroger. Et à me dire ce que vous en pensez, parce que ce genre d’outil se construit aussi avec vous.
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