Cet abstract est assez rassurant concernant les effets indésirables de l’immunothérapie spécifique par voie injectable aux allergènes, appelé de manière courante désensibilisation.
Rappelons l’excellente synthèse sur ce site : La désensibilisation : mise au point en 2004 par le Dr Stéphane Guez.
Cette étude Italienne est certes rétrospective mais porte sur 450000 injections en 20 ans. Aucune réaction fatale ne survient, des réactions systémiques rares sont contrôlées grâce à la surveillance post-injection classique.
Ceci est très intéressant car la désensibilisation injectable a un regain d’intérêt au vu des nombreux travaux immunologiques démontrant son mode d’action au cœur de la réaction allergique.
Cependant, l’apparition de la désensibilisation sublinguale présentée par certains comme aussi efficace mais dénuée de risque d’effets indésirables sévères pose un dilemme : pourquoi continuer un traitement plus douloureux (la piqûre), plus risqué (effets systémiques) si les résultats sont aussi bons ?
On notera que la commercialisation des extraits sublinguaux est bien plus rentable que celle des extraits injectables...
Personnellement, il y a quelques années, avec les allergologues du Nord de la France, nous avions réalisé un sondage sur les effets indésirables graves de la désensibilisation. Ce sondage avait mis en évidence deux causes majeures de réaction sévère, la première était l’erreur d’allergène par utilisation d’une concentration non prévue et /ou trop concentrée, la deuxième concernait surtout la maladie asthmatique, avec ses exacerbations parfois imprévisibles, qui, mal identifiées par le patient ou le médecin réalisant la désensibilisation aboutissait à une aggravation de l’asthme par une injection inopportune.
Je prenais alors la décision de réaliser personnellement la première injection de chaque nouveau flacon, récupérant le flacon précédent, lors de la phase d’ascension des doses, les premiers mois du traitement, puis lors du renouvellement des flacons suivants.
Je détectais alors des erreurs telle l’utilisation d’un flacon largement au delà de sa date de péremption laissant courir un risque important lors du changement de flacon, un non respect des délais entre les injections, un risque d’erreur de choix du flacon lorsque le médecin traitant stockait dans son cabinet les extraits allergéniques de plusieurs patients. Parfois le médecin prescrivait un renouvellement de flacon de son propre chef se trompant de laboratoire, de gamme ou d’unité... La vérification, l’injection de la première dose d’un flacon remis en main propre au patient a ,je pense ,permis d’éviter plusieurs incidents.
Concernant l’asthme, l’éducation du patient, la mesure du débit expiratoire de pointe avant l’ injection par le médecin limite fortement le risque d’une injection inopportune en phase d’exacerbation asthmatique.
Enfin la répétition inlassable de la nécessité d’une surveillance post injection ajoute l’élément de sécurité pour l’aléa thérapeutique toujours redouté.
Ces précautions de bases, simples à réaliser, m’ont confirmé la très bonne tolérance de cette désensibilisation injectable, et sa bonne acceptation chez l’enfant dés l’age de 5 ans, ceci est très important à réaliser, quand on lit que certains pédiatres affirment qu’ils rechignent désormais à « piquer les petits enfants », voire considèrent comme non éthique la désensibilisation injectable, nous, allergologues de terrain, refusons ces arguments et cette sensiblerie.
Même si nous utilisons largement les techniques alternatives de désensibilisation sublinguale, dont les résultats restent en réalité en retrait de ceux de la désensibilisation injectable et dont les mécanismes immunologiques restent largement méconnus.
En conclusion je dirai que la désensibilisation injectable reste le traitement de référence, l’allergologue est responsable de sa bonne indication, il est responsable du produit injecté et de sa bonne utilisation par un tiers, il doit veiller à la nécessaire surveillance post-injection et rappeler la nécessité de disposer d’un traitement capable de stopper immédiatement un effet adverse qui restera exceptionnel dans les conditions d’utilisations recommandées
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