Dans la rhinosinusite chronique avec polypes nasaux (CRSwNP/polypose), l’odorat est très important : sécurité (fumée/gaz/aliments avariés), plaisir gustatif, humeur, vie sociale. Les auteurs rappellent également un point pratique : on sous-estime souvent l’odorat en consultation, alors qu’il s’agit d’un excellent « thermomètre » pour mesurer l’évolution de la maladie.
Higgins TS et al. Importance of Smell Loss to Patients With Chronic Rhinosinusitis With Nasal Polyps : Options for Management and Recovery. Clin Transl Allergy. 2026 ;e70149
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- Qualité de vie de la PNS : pas terrible d’avoir le nez bouché et de n’avoir ni goût, ni odorat !
- Quand les anti-IgE s’attaquent aux polypes
Méthode
Résumé structuré des données sur :
- l’impact de la perte de l’odorat (anosmie) ou de sa diminution (hyposmie) dans la maladie nasale chronique récurrente avec polypose nasale (CRSwNP),
- les mécanismes sous-jacents,
- les outils d’évaluation,
- l’efficacité comparée des traitements (corticostéroïdes, chirurgie, biothérapies) dans la restauration de l’odorat.
Points clés en pratique (comment on mesure l’odorat) :
- Auto-évaluation (VAS)
- Questionnaires sur les symptômes/QdV, y compris l’item « smell/taste » du SNOT-22
- Tests psychophysiques : UPSIT (préféré aux États-Unis), Sniffin’ Sticks (préféré en Europe), ainsi que des tests plus récents.
Définitions
- SNOT-22 (questionnaire sinonasal) : SNOT-22
- UPSIT : anosmie si score ≤18/40 (repères ; UPSIT
- Sniffin’ Sticks : score TDI, anosmie si ≤16,5 (Sniffin’Sticks)
Résultats
- La perte d’odorat est extrêmement fréquente dans la CRS. La présence de polypes est l’un des facteurs associés à l’anosmie/hyposmie (environ 67 à 78 % de troubles olfactifs dans la CRS).
- C’est un symptôme jugé “majeur” par les patients et les cliniciens : dans une enquête, 71% des patients CRSwNP citent l’odorat comme leur symptôme le plus invalidant ; et 80% des ORL l’utilisent comme marqueur d’importance.
- Dans les essais de biothérapies chez les patients atteints de CRSwNP sévère, la ligne de base est souvent une anosmie franche et l’item « smell/taste » du SNOT-22 est souvent évalué comme « sévère/au maximum ». L’olfaction peut s’améliorer rapidement sous corticoïdes systémiques ou dupilumab, ce qui suggère un rôle direct de la baisse de l’inflammation de type 2 au-delà du simple « déblocage mécanique » des polypes.
Discussion
Ce papier est utile en allergologie, car il “recentralise” l’odorat comme objectif thérapeutique explicite, et pas seulement comme un symptôme parmi d’autres. En pratique mécanisme* : obstruction (polypes, fente olfactive) + inflammation de type 2 agissant sur l’épithélium/neurones olfactifs.
- Établir l’évaluation : Posez la question lors de chaque consultation et, idéalement, essayez de l’objectiver (au moins VAS + item SNOT-22 ; test psychophysique si l’enjeu est élevé).
- Il est recommandé de se référer aux critères d’escalade. Selon les recommandations (EPOS 2020, les biothérapies peuvent être envisagées chez certains patients présentant des polypes bilatéraux persistants malgré une chirurgie, en fonction de certains critères (par exemple des corticostéroïdes systémiques, une qualité de vie altérée, une perte d’odorat ou de l’asthme).
- Message , c’est une décision partagée : certains patients veulent d’abord « respirer » ; d’autres veulent surtout « remanger avec plaisir » (odorat/goût). Il faut proposer l’option (topiques, cures OCS, chirurgie, biothérapie qui améliore la satisfaction et la trajectoire de soins.
Limites : Il s’agit d’une revue narrative (et non d’une méta-analyse), et les comparaisons directes entre stratégies restent difficiles (populations, outils, finalité). Malgré cela, la cohérence des essais pivots et des données « vraie vie » renforce l’idée que l’odorat est une finalité centrale, mesurable et très parlante pour les patients.
Conclusion
Chez les patients atteints de CRSwNP (rhinite chronique avec polypes), « retrouver l’odorat » est un objectif clinique majeur, qui revêt une importance fonctionnelle et émotionnelle démesurée par rapport à une simple question de questionnaire. Cette revue 2026 suggère une méthode pratique : évaluer régulièrement l’odorat, identifier la composante « type 2 » et sélectionner plus tôt l’option thérapeutique (chirurgie/biothérapie) qui correspond aux désirs du patient, plutôt que de subir une série de traitements à base de corticoïdes.
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