Le SEIPA (ou FPIES en anglais) reste un piège clinique : vomissements majeurs décalés (1 à 4 h), pâleur, léthargie, parfois choc, et une diarrhée plus tardive. Cette présentation mime une gastro-entérite et explique les retards diagnostiques. Cette étude suisse prospective multicentrique vient décrire, avec des chiffres solides, les phénotypes, les aliments en cause et la vitesse d’acquisition de la tolérance. Food protein-induced enterocolitis syndrome in children:A swiss prospective multicenter studyReto Villiger and al.
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Méthode
Étude prospective observationnelle portant sur des enfants âgés de 0 à 18 ans, diagnostiqués conformément aux directives internationales de 2017. population de 98 enfants, correspondant à 121 diagnostics de SEIPA/FPIES (plusieurs aliments possibles chez un même enfant).
Définition des phénotypes :
- Aigu / chronique (souvent “présomptif” si pas de réexposition) / multiple / atypique (sensibilisation IgE) / “phénotype switch” vers IgE médié.
- Évaluation de la sévérité
- Estimation de l’âge de tolérance par analyse de survie Kaplan–Meier.
- Tests de provocation orale (TPO/OFC) standardisés : protocole « 3 étapes » le plus souvent, « 7 étapes » pour les cas atypiques.
Pour comprendre :
Résultats
- Prévalence des phénotypes : SEIPA/FPIES aigu : 86 % (104/121) ; forme chronique : 14 % (17/121).
- Principaux déclencheurs alimentaires aigus : Lait (26 %), œufs (22 %), poisson (20 %), viande (17 %), légumes (12 %).
- Forme multiple : 18,4 % des enfants présentent cette forme uniquement en phase aiguë, principalement avec du poisson ou de la viande. Des signes de « cross-réactivité » sont observés, tels que le lait qui réagit au bœuf et les œufs au poulet.
- Forme atypique (sensibilisation IgE) : Environ 15 % des personnes testées présentent une forme atypique. Cette forme est fortement liée à un terrain atopique.
- Phénotype switch » (SEIPA vers une réaction IgE médiée par le même aliment) : 4 cas, principalement avec le lait ; IgE spécifique plus élevée (médiane 14,0 vs 0,95 kU/L).
- Sévérité : un total de 18 % de cas graves ; la forme chronique domine les cas graves (82 %).
- Tolérance (point critique lors de la consultation) :
- 51 % récupèrent durant le suivi ; on compte 81 TPO, dont 47 négatifs (tolérance acquise) et 8 tolérances au « cuit ».
- Âge médian de l’âge de la tolérance : chronique environ 0,9 an (et recommandation pratique de tenter une réintroduction vers 12 mois) ; aigu environ 4,8 ans.
- Par aliment (aigu) : lait 1,6 an ; œuf 4 ans ; viande 4,8 ans ; poisson 10 ans.
Discussion
- Le message au cabinet de l’allergologue : tout n’évolue pas de la même façon : le poisson est le grand champion de la persistance, le lait le plus rassurant en délai de tolérance.
- La forme chronique : un tableau clinique souvent impressionnant (hospitalisations, déshydratation, choc, anomalies biologiques, échographie parfois anormale), mais qui se termine par une excellente issue et précoce.
- Faites attention aux diagnostics trompeurs : les vomissements bilieux, les pneumatoses et la confusion avec l’entérocolite ulcéro-nécrosante (NEC) chez les nouveau-nés.
- Le « switch » vers IgE ne concerne qu’un petit effectif, mais c’est un signal clinique utile : pour un SEIPA au lait avec des IgE élevées et un terrain atopique il faut une vigilance renforcée et une stratégie de réintroduction plus encadrée.
Conclusion
- Cette étude suisse prospective éclaircit les aliments prédominants et les phénotypes, tout en fournissant des points de référence de tolérance grâce à l’analyse de la survie. Ces informations sont très utiles pour structurer les TPO et rassurer (ou alerter) en fonction de l’aliment.
- Limites : étude observationnelle, effectifs limités dans les sous-groupes, et diagnostic de forme chronique souvent « présomptif » (peu d’OFC confirmatoires), ce qui peut entraîner une erreur de classification.
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