Avez-vous regardé l’hyperinflation pulmonaire de vos asthmatiques ?

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Avez-vous regardé l’hyperinflation pulmonaire de vos asthmatiques ?

Avez-vous regardé l’hyperinflation pulmonaire de vos asthmatiques ?

jeudi 21 janvier 2016, par Dr Cécilia Nocent

Prévalence et réversibilité de l’hyperinflation pulmonaire chez des adultes asthmatiques ayant un mauvais contrôle de leur maladie et une dyspnée significative. : Perez T, Chanez P, Dusser D, Devillier P.

Prevalence and reversibility of lung hyperinflation in adult asthmatics with poorly controlled disease or significant dyspnea.

dans Allergy 2016 ; 71 : 108–114.

- Contexte :

  • Dans l’asthme, l’inflammation touche les voies aériennes proximales et distales et peut induire une hyperinflation (HI) significative.
  • Cette étude évalue la prévalence de l’HI chez des patients asthmatiques ayant un mauvais contrôle de leur maladie et une dyspnée.

- Méthodes :

  • Le mauvais contrôle de l’asthme était défini par un test ACT (asthma control test) inférieur à 20 (n = 287) et la dyspnée était définie par un score MRC (medical research council) supérieur ou égal à 1 (n = 18).
  • L’HI était définie soit par un rapport volume résiduel / capacité pulmonaire totale (VR/CPT) au dessus de la limite supérieure de la normale (VR-HI) soit par une capacité fonctionnelle résiduelle (CRF) supérieure à 120% de la valeur prédite (CRF-HI).
  • La réversibilité de l’HI après administration de salbutamol (400 µg) était définie par une diminution du volume résiduel de 20% ou une réduction de la CRF de 10%.
  • Les modifications de la dyspnée et de la gène respiratoire étaient évaluées par échelle visuelle analogique.

- Résultats :

  • La VR-HI et la CRF-HI étaient observées chez 48% des 305 patients (âge moyen : 49 ±17 ; VEMS : 75 ±18% de la théorique) inclus dans l’étude.
  • La prévalence de l’HI était plus élevée chez les patients ayant un VEMS inférieur à 60% de la théorique (93% pour VR-HI et 71% pour CRF-HI contre 21% et 41% chez les patients ayant un VEMS>80%).
  • Chez les patients présentant une HI, le score de contrôle ACT était plus bas et la gène respiratoire plus élevée.
  • La réversibilité de l’HI était obtenue chez 38% des asthmatiques ayant une CRF-HI et 29% de ceux ayant une VR-HI alors que la réversibilité du VEMS était obtenue chez la moitié de ces patients.

- Conclusions :

  • l’HI a une prévalence importante chez les asthmatiques mal contrôlés suggérant une dysfonction des petites voies aériennes et pourrait représenter un critère additionnel d’évaluation de la réponse aux bronchodilatateurs.

Cette étude française publiée dans Allergy par de grands noms de l’asthme sévère et de la fonction respiratoire s’intéresse à l’hyperinflation pulmonaire chez des asthmatiques mal contrôlés ou dyspnéiques.

Les auteurs ont réalisé chez 305 asthmatiques symptomatiques des explorations fonctionnelles respiratoires et ont observé deux valeurs : le ratio VR/CPT et la CRF. Ils ont également évalué la dyspnée et la gêne respiratoire par des échelles visuelles analogiques.

Les auteurs ont retrouvé une hyperinflation pulmonaire chez 48% de leur échantillon et ce d’autant que la valeur du VEMS était basse, que le score de contrôle de l’asthme était bas et que la valeur de la gène respiratoire était élevée.

La réversibilité de l’hyperinflation pulmonaire était moins souvent obtenue après inhalation de salbutamol que la réversibilité du VEMS.

Cette étude est intéressante mais il manque des données essentielles pour l’interpréter. En effet, on pourrait se dire que les patients ayant une HI sont les patients asthmatiques les plus sévères et donc cette donnée pourrait être un « reflet » de la sévérité de l’asthme. Mais dans cette étude nous n’avons aucune donnée sur les traitements reçus par les patients. A-t-on affaire aux patients les plus sévères ou bien s’agit-il d’asthmatiques non ou sous traités qui sont donc symptomatiques avec une fonction respiratoire altérée ?

A mon avis, on peut retenir de cette étude que les patients ayant des symptômes et un VEMS bas (quelle qu’en soit la cause) sont plus à risque de présenter une hyperinflation pulmonaire et que cette HI est moins réversible que le VEMS.
On peut imaginer que l’HI est due à une inflammation bronchique plus importante entraînant un bronchospasme important lui-même responsable d’un trouble à l’évacuation de l’air des poumons et donc une augmentation entre autre du VR.
Mais en pratique, ne regardons nous pas déjà le VR et sa réversibilité ? N’avons-nous pas parmi nos patients des sujets ayant uniquement une augmentation du VR qui s’améliore après inhalation de salbutamol ?

Je pense que l’analyse de cette étude serait plus intéressante si l’on connaissait le traitement des patients et si on différenciait les asthmatiques sous traités et donc mal contrôlés des asthmatiques recevant un traitement adapté mais restant symptomatiques et décrivant les asthmes sévères ou difficiles. En effet, ces deux groupes de patients ne représentent pas le même phénotype de patients et il est donc difficile de tirer des conclusions communes. Cependant, lorsque nous réalisons une pléthysmographie pour un asthmatique, n’oublions pas de regarder le VR !!!!

Vos commentaires

  • Le 3 mars 2016 à 23:04, par Orel En réponse à : Avez-vous regardé l’hyperinflation pulmonaire de vos asthmatiques ?

    Bonjour,
    Suite à une spirométrie, je ne comprends pas bien mes résultats.
    VEMS et VEMS / CVF sont normaux
    DEM 25-75 légèrement abaissé
    Mais surtout VR et VR / CPT très élevées (130% de la valeur prédite)....
    Cependant VR et VR/CPT redeviennent normales après bronchodilatateur...

    ...est-ce de l’asthme ? La réversibilité élimine-t-elle le risque que ce soit un emphysème ? Je n’ai pas bien compris mon médecin sur le moment présent.

    Merci !