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Plus fort qu’un martien, le mutant du caoutchouc pourrait atomiser l’allergie au latex.

par Dr Stéphane Guez

publié le  25 février 2004

L’allergie au latex est un problème pour de nombreux patients, sans moyen thérapeutique efficace en dehors de l’éviction. La désensibilisation pourrait être efficace a condition d’avoir un allergène sans risque. Est-il possible de modifier l’allergène majeur du latex pour qu’il ne puisse plus se fixer aux IgE ?

Fabrication d’une hévéine ayant une diminution de son allergénicité par commutation de 6 résidus d’acides aminés au niveau des épitopes conformationnels des IgE, pour une désensibilisation dans l’allergie au latex. : Karisola P, Mikkola J, Kalkkinen N, Airenne KJ, Laitinen OH, Repo S, Pentikainen OT, Reunala T, Turjanmaa K, Johnson MS, Palosuo T, Kulomaa MS, Alenius H.

Department of Biological and Environmental Science, University of Jyvaskyla, Jyvaskyla, Finland. Finnish Institute of Occupational Health, Helsinki, Finland. Institute of Biotechnology, University of Helsinki, Helsinki, Finland. A.I. Virtanen Institute, Department of Biotechnology and Molecular Medicine, University of Kuopio, Kuopio, Finland. Department of Biochemistry and Pharmacy, Abo Akademi University, Turku, Finland. University Hospital of Tampere, Tampere, Finland. National Public Health Institute, Helsinki, Finland

dans J Immunol. 2004 Feb 15 ;172(4):2621-2628

Récemment, cette équipe a montré que le fragment Fab des IgE se fixait sur des épitopes conformationnels des régions N et C terminales de l’allergène majeur du latex naturel, l’hévéine (Hev b 6.02).

- Objectif de l’étude :

  • Pour identifier les résidus importants dans cette interaction avec les IgE, la séquence de l’hévéine a été scannée en réalisant des mutations du site de liaison spécifique.
  • 29 mutants d’hévéine ont été réalisés et produits par génie génétique et testés par inhibition d’un test ELISA à partir du sérum de 26 patients allergiques au latex.
  • 6 résidus d’hévéine interagissant de façon critique avec les IgE ont été identifiés : Arg(5), Lys(10), Glu(29), Tyr(30), His(35),et Gln(38), et ont été caractérisés de façon plus précise.
  • Sur la base de ces 6 résidus, 2 triples mutants (HDelat3A, HDelta3B) et un mutant de l’hévéine où les 6 résidus ont été mutés (HDelta6) ont été fabriqués et produits.
  • Les propriétés fonctionnelles et structurales de 6 mutants ont été comparées expérimentalement ainsi qu’avec l’hévéine recombinante.

- Résultats :

  • L’affinité de la liaison à l’IgE diminue par 3 à 5 avec les mutants par rapport à l’hévéine recombinante.
  • La réactivité du test cutané en prick du triple mutant HDelta3A est très fortement diminuée, et la réactivité du mutant des 6 résidus HDemta6 est complètement abolie chez tous les patients étudiés dans cette étude.

- L’approche expérimentale présentée dans cet article offre des éléments pour l’identification et la modification des acides aminés au niveau des sites conformationnels des épitopes des allergènes qui interagissent avec les IgE.
- L’hévéine ayant une forte diminution de sa capacité de liaison avec les IgE pourrait ainsi offrir une molécule utile pour l’immunothérapie dans l’allergie au latex car ayant beaucoup moins de risque d’entraîner des effets systémiques.

 Dr Stéphane Guez

Commentaire de l'auteur :

Après identification des sites de liaison de l’allergène majeur de l’hévéine avec les IgE spécifiques et caractérisation de ces acides aminés par manipulation génétique, en mutant 6 acides aminés, les auteurs ont produit une hévéine ayant perdu son allergénicité et qui pourrait permettre une désensibilisation au latex sans risque.

Ce travail est très intéressant car il ouvre des perspectives dans la prise en charge de l’allergie au latex par immunothérapie spécifique.

On sait que des tentatives de désensibilisations ont échoué en raison d’accidents graves par réaction anaphylactique.

En modifiant uniquement le site de liaison de l’IgE sur l’allergène majeur du latex, les auteurs ont mis au point de nouvelles molécules qui ne peuvent plus entraîner de réaction allergique mais en conservant par ailleurs toute la structure normale de l’allergène et donc sa capacité de liaison aux lymphocytes T.

En modifiant 6 résidus d’acides aminés, cette nouvelle hévéine n’entraîne plus de positivité des tests cutanés et n’a plus d’activité biologique IgE.

Il reste cependant à démontrer que cette molécule conserve réellement sa capacité à induire une activation de lymphocytes T et peut réellement réaliser un switch LTH2 vers LTH1.

référence :

http://www.allergique.org/article1977.html


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