Comprendre l’allergie à la pomme, c’est du bouleau !

jeudi 12 janvier 2006 par Dr Hervé Couteaux28398 visites

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Comprendre l’allergie à la pomme, c’est du bouleau !

Comprendre l’allergie à la pomme, c’est du bouleau !

jeudi 12 janvier 2006, par Dr Hervé Couteaux

L’étude des réactions croisées s’avère un puissant moyen de compréhension des mécanismes intimes de l’allergie. Le génie génétique a permis la production d’allergènes recombinants permettant une étude plus fine des mécanismes allergiques avant d’ouvrir peut être de futures perspectives thérapeutiques ?...

La digestion gastro-intestinale des allergènes alimentaires homologues de Bet v 1 détruit leur capacité de relarguage des médiateurs mais pas celle d’activation des cellules-T. : Eva Maria Schimek, MDa, Bettina Zwölfera, Peter Briza, PhDb, Beatrice Jahn-Schmid, PhDa, Lothar Vogel, PhDc, Stefan Vieths, PhDc, Christof Ebner, MDd, Barbara Bohle, PhDa

a From the Department of Pathophysiology, Center for Physiology and Pathophysiology, Medical University of Vienna
b Department of Molecular Biology, University of Salzburg
c Paul-Ehrlich-Institut, Langen
d Allergy Clinical Reumannplatz, Vienna

dans JACI Volume 116, Issue 6, Pages 1327-1333 (December 2005)

- Contexte :

  • L’allergie alimentaire aux pommes, noisettes et céleris est fréquente chez les individus allergiques au pollen de bouleau en raison d’une réaction croisée des IgE spécifiques de l’allergène majeur Bet v 1 avec des allergènes de ces aliments reliés structurellement à Bet v 1.
  • De plus les lymphocytes T spécifiques de Bet v 1 réagissent également de façon croisée avec ces protéines alimentaires.

- Objectifs :

  • Nous avons cherché à évaluer les effets d’une dégradation gastro-intestinale simulée des allergènes alimentaires reliés à Bet v 1 sur leur relarguage de médiateurs et leur capacité d’activation des cellules T.

- Méthodes :

  • Des recombinants Mal d 1, Cor a 1.04 et Api g 1 ont été incubés séparément avec de la pepsine et de la trypsine.
  • Les liaisons avec les IgE ont été testées par immunoblots.
  • Après incubations successives avec les deux enzymes, les allergènes ont été soumis à des tests de dégranulation des mastocytes et utilisés pour stimuler des lignées et des clones de cellules T spécifiques de Bet v 1 et de cellules mononuclées du sang périphérique (PBMCs).
  • Des fragments protéolytiques d’allergènes ont été analysés et séquencés au moyen d’une spectrométrie de masse.

- Résultats :

  • La pepsine a détruit la liaison avec les IgE de tous les allergènes en une seconde, et la trypsine a fait de même en 15 minutes, sauf pour l’allergène majeur de noisette, resté intact après deux heures de trypsinolyse.
  • Après digestion gastro-intestinale, les allergènes n’ont pas induit d’activation des basophiles mais ont induit une prolifération dans les PBMCs de sujets allergiques et non allergiques.
  • Mal d 1 et Cor a 1.04 digérés sont toujours capables d’activer les cellules T spécifiques de Bet v 1, ce que ne peut faire Api g 1 digéré.
  • On a trouvé différents fragments protéolytiques de Mal d 1 et Cor a 1.04 s’appariant avec des épitopes T-cellulaires pertinents de Bet v 1.

- Conclusion :

  • La dégradation gastro-intestinale des allergènes alimentaires reliés à Bet v 1 détruit leur propriété d’histamine release, mais pas celle d’activation des cellules T.
  • Nos résultats soulignent que les aliments reliés au pollen de bouleau sont des activateurs pertinents des cellules T spécifiques du pollen.

Après dégradation par les enzymes digestives que sont la pepsine et la trypsine, des allergènes alimentaires du groupe pollen de bouleau sont toujours capables d’activer les cellules T spécifiques du pollen de bouleau, mais ils ont perdu leur faculté d’histamine release.

Ces allergènes alimentaires dégradés peuvent être des activateurs pertinents des cellules T.

L’allergie alimentaire aux fruits et aux légumes a été évoquée puis étudiée depuis environ 60 ans (Tuft et Blumstein) mais son association à une allergie pollinique n’a été mise en évidence que plus récemment.

La fréquence de ces phénomènes est élevée, surtout si l’on considère seulement la prévalence des sensibilisations alimentaires observée chez des allergiques au pollen de bouleau : selon les études, les chiffres varient de 34% (Hannuksela et Lahti) à 70% (Eriksson).

Des taux d’IgE spécifiques élevés ainsi que la présence d’une polysensibilisation pollinique ont été évoqués comme facteurs favorisant la présence d’allergie alimentaire associée à la pollinose.

Pour les Aliments responsables, les fruits appartiennent à la famille des rosacées (comme la pomme) et à celle des bétulacées (noisette). Quelques rares cas de sensibilisation au kiwi ont été décrits. Pour les légumes, il s’agit surtout des ombellifères (angélique, anis, carotte, fenouil, cerfeuil, coriandre, cumin).

Les symptômes apparaissent essentiellement lorsque ces végétaux sont consommés crus ; la cuisson peut supprimer ou atténuer les réactions aux différents fruits et légumes incriminés.

La symptomatologie peut être digestive (concernant essentiellement l’extrémité supérieure du tube digestif) ou extra digestive (rhinite, rhino-conjonctivite et asthme) dans ce cas, elles sont souvent associées à un prurit bucco pharyngé. Des troubles cutanés (prurit, urticaire généralisée ou oedème de Quincke) sont assez fréquents ;
le choc anaphylactique reste exceptionnel.

Pour les tests cutanés, on obtient les résultats les plus performants avec des extraits natifs préparés avec des fruits et des légumes frais. Les allergènes incriminés dans la sensibilisation sont en effet souvent labiles, et le stockage prolongé, la cuisson, la congélation peuvent en atténuer ou en supprimer l’allergénicité.

Des arguments de plus en plus nombreux plaident en faveur d’allergène ou d’épitopes antigéniques communs présents à la fois dans certains fruits, certains légumes et certains pollens.

Ainsi plusieurs notions de base sur les associations pollinose - allergies alimentaires étaient déjà évoquées dès 93 (Association d’allergies alimentaires et d’allergies polliniques par G. Pauli, J.-C. Bessot, F. de Blay, A. Dietemann, d’après l’article paru dans la revue Française d’allergologie, 1993) il était notamment rapporté que :

  • Les techniques de biologie moléculaire ont apporté d’intéressantes confirmations : dans l’allergie croisée bouleau-fruits, il a été démontré que l’extrait de pollen de bouleau était capable d’inhiber la liaison des IgE spécifiques des extraits de noisette, de pomme, de carotte et de céleri.
  • Des travaux de biologie moléculaire effectués par un groupe autrichien ont permis de confirmer que l’allergie croisée pomme-bouleau avait un support au niveau du génome : une région d’acide nucléique d’environ huit cents bases code dans la pomme et le bouleau pour des protéines de forte homologie.

L’apport des travaux de biologie moléculaire, l’utilisation d’anticorps monoclonaux et d’allergènes recombinants devraient permettre dans le futur de cerner plus précisément les épitopes antigéniques responsables de sensibilisation à des allergènes provenant de substrats végétaux apparemment très différents l’un de l’autre.

Pour revenir à l’étude qui nous occupe, la mise en évidence de la préservation de l’activation des cellules T associée à la perte d’histamine release par dégradation enzymatique ouvrira peut être la porte de possibilités thérapeutiques spécifiques dans le futur ; en effet, comme l’avait évoqué Ferreira et al., en 1997, ces critères correspondent à ceux que l’on recherche pour des agents de désensibilisation alternatifs ; des études complémentaires suivront sans doute, qui viseront, après avoir vérifié leur bonne tolérance, à évaluer leur capacité à induire une réelle protection chez les patients.

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