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Des taux élevés d’IgE totales qui protègent des réactions allergiques graves : c’est vraiment piquant !

par Dr Philippe Carré

publié le  10 septembre 2007

Dans l’allergie aux venins d’hyménoptères, les critères diagnostiques consensuels sont les tests cutanés et les IgE spécifiques aux venins. Dans une population de 220 patients allergiques, les auteurs ont cherché à savoir si le taux des IgE totales avait une influence sur le type des réactions anaphylactiques après piqûre spontanée.

Influence des taux d’IgE totales sur la sévérité des réactions aux piqûres dans l’allergie aux venins d’hyménoptères : G. J. Sturm, A. Heinemann, C. Schuster, M. Wiednig, A. Groselj-Strele, E. M. Sturm, W. Aberer

1Department of Environmental Dermatology and Allergy, Medical University of Graz, Auenbruggerplatz ; 2Department of Experimental and Clinical Pharmacology, Medical University of Graz, Universitaetsplatz ; 3Center for Medical Research, Division of Biostatistics, Medical University of Graz, Stiftingtalstraße, Graz, Austria

dans Allergy
Volume 62 Issue 8 Page 884-889, August 2007

- Contexte

  • Les taux d’IgE spécifiques aux venins d’hyménoptères et les tests cutanés sont des outils diagnostiques bien documentés pour le diagnostic de l’allergie aux venins

- But de l’étude

  • Analyser l’effet des taux d’IgE totales sur la survenue des réactions anaphylactiques généralisées après piqûre d’hyménoptère

- Méthodes

  • 220 patients allergiques au venin d’abeille, de guêpe ou de frelon européen ont été inclus dans l’étude
  • Les taux d’IgE totales et spécifiques, de tryptase sérique, les tests cutanés et l’histoire clinique après piqûre ont été analysés

- Résultats

  • Chez les patients ayant des réactions légères (grade I, symptômes cutanés généralisés), il a été observé des taux d’IgE totales plus élevés (248 kU/l) par rapport aux patients avec une réaction modérée (grade II : symptômes pulmonaires, cardio-vasculaires ou gastro-intestinaux modérés ; taux d’IgE à 75.2 kU/l) et ceux avec une réaction sévère (grade III : bronchoconstriction, vomissements, choc anaphylactique ou perte de conscience ; taux à 56.5 kU/l ; p<0.001)
  • De plus, 25% des patients avec des taux bas d’IgE totales (<50 kU/l), mais aucun avec un taux supérieur à 250 kU/l, n’a développé de perte de conscience (p=0.001)
  • Par ailleurs, les taux d’IgE spécifiques étaient corrélés aux taux d’IgE totales : les IgE spécifiques augmentaient de 1.6 à 7.1 kU/l chez les patients avec des taux respectivement bas (<50) et élevés (>250) d’IgE totales (p< 0.001)
  • Les taux d’IgE spécifiques étaient corrélés de façon inverse au grade de la réaction clinique, mais cette tendance n’était pas statistiquement significative (p=0.083)

- Conclusion

  • Les patients ayant une allergie aux venins d’hyménoptères et des taux élevés (>250) d’IgE totales, développent de façon prépondérante des réactions de grade I et II et apparaissent être protégés contre les réactions de type III
  • Cependant, cette hypothèse serait à confirmer par des études après test de provocation réaliste par piqûre.

 Dr Philippe Carré

Commentaire de l'auteur :

Dans une population de 200 patients ayant présenté une réaction allergique généralisée après piqûre d’hyménoptère, les auteurs ont étudié la corrélation entre la gravité des réactions et le taux des IgE.

Le taux des IgE totales était significativement corrélé, de façon inverse, avec la gravité des réactions : les patients avec les réactions les moins graves (grade I et II) avaient les taux d’IgE totales les plus élevés.

Les taux d’IgE spécifiques étaient corrélés au taux des IgE totales.

Les IgE spécifiques étaient aussi corrélées de façon inverse à la gravité clinique, mais ceci de façon non significative.

Les auteurs concluent que ces résultats seraient à confirmer par des tests réalistes de piqûre provoquée.

Peut-on dire pour autant qu’un taux élevé d’IgE totales serait associé à une meilleure tolérance clinique lors de la piqûre suivante et permettrait ainsi de différer la décision d’une immunothérapie spécifique ? Cette conclusion serait aujourd’hui hasardeuse, et rien dans la littérature n’est en faveur de cette attitude.

Pour ce qui concerne les IgE spécifiques, les résultats de cette étude ne sont pas en accord avec les données de la littérature, qui montrent qu’il n’y a pas de corrélation entre la gravité clinique et le taux d’IgE, et que ce taux n’est en aucune manière un élément de décision thérapeutique à lui seul. Les allergologues connaissent de nombreux patients ayant des réactions sévères après piqûre, avec des taux d’IgE spécifiques indétectables.

Cette étude ne doit donc pas changer les consensus actuels sur la prise en charge des réactions aux venins d’hyménoptères qui, outre la gravité clinique, repose d’abord sur le résultat des tests cutanés, le taux des IgE totales n’ayant pas d’impact dans la décision, et le taux des IgE spécifiques n’intervenant directement que dans des cas particuliers.

référence :

http://www.allergique.org/article3422.html


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