Papa fumeur, maman siffleur, bébé cracheur ; on se dit rendez-vous dans 10 ans. Tiens je suis asthmatique !

mardi 1er mars 2005 par Dr Clément FOURNIER2219 visites

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Papa fumeur, maman siffleur, bébé cracheur ; on se dit rendez-vous dans 10 ans. Tiens je suis asthmatique !

Papa fumeur, maman siffleur, bébé cracheur ; on se dit rendez-vous dans 10 ans. Tiens je suis asthmatique !

mardi 1er mars 2005, par Dr Clément FOURNIER

L’étude de la cohorte d’enfant de l’île de Wight continue à apporter des informations sur les facteurs prédictifs du risque de survenue d’un asthme

Facteurs de risque précoces de survenue à l’âge de 10 ans d’une sibilance fréquente, d’un asthme et d’une hyperréactivité bronchique. : S. Hasan Arshad, DM ; Ramesh J. Kurukulaaratchy, DM ; Monica Fenn, RGN and Sharon Matthews, RGN

* From the David Hide Asthma & Allergy Research Centre, St. Mary’s Hospital, Newport, Isle of Wight, UK.

dans Chest. 2005 ;127:502-508

- Objectifs :

  • Nous avons cherché à identifier des facteurs prédictifs précoces (0 à 4 ans) du risque de survenue d’une sibilance, d’un asthme et d’une hyperréactivité bronchique (HRB) à l’âge de 10 ans, tout en comparant leur influence relative sur cette survenue.

- Méthodes :

  • Les enfants étaient vus à la naissance, puis à l’âge de 1, 2, 4, et 10 ans dans le cadre d’une étude de cohorte (1456 sujets).
  • Les données étaient recueillies prospectivement sur la base de facteurs de risque génétiques et environnementaux.
  • Des prick-tests cutanés étaient réalisés à l’âge de 4 ans.
  • L’existence d’une sibilance fréquente, d’un asthme clairement diagnostiqué était recherchée à l’âge de 10 ans au moment où l’HRB était évaluée par le test de provocation bronchique (à la métacholine NDLR).
  • Une analyse en régression logistique permettait d’identifier des facteurs de risque indépendants de survenue de ces événements.

- Résultats :

  • Plusieurs facteurs de risque de sibilance fréquente étaient retrouvés significatifs :
    • un asthme maternel (odds ratio [OR] 2.08 ; intervalle de confiance 95% [IC 95%] 1.27-3.41) ou paternel (OR 2.12 ; IC 95% 1.29-3.51)
    • des infections pulmonaires à répétition à l’âge de 2 ans (OR 3.98 ; IC 95% 2.36-6.70)
    • une atopie à 4 ans (OR 3.69 ; IC 95% 2.36-5.76)
    • un eczéma à 4 ans (OR 2.15 ; IC 95% 1.24-3.73)
    • un tabagisme passif d’origine parental à 4 ans (OR 2.18 ; IC 95% 1.25-3.81)
  • Pour l’asthme certain les facteurs de risque significatifs étaient :
    • un asthme maternel (OR 2.26 ; IC 95% 1.24-3.73), paternel (OR 2.30 ; IC 95% 1.17-4.52), ou dans la fratrie (OR 2.00 ; IC 95% 1.16-3.43)
    • des infections pulmonaires à répétition à l’âge de 1 an (OR 2.67 ; IC 95% 1.12-6.4) et 2 ans (OR 4.11 ; IC 95% 2.06-8.18)
    • une atopie à 4 ans (OR 7.22 ; IC 95% 4.13-12.62)
    • un tabagisme passif d’origine parental à 1 an (OR 1.99 ; IC 95% 1.15-3.45)
    • le sexe masculin (OR 1.72 ; IC 95% 1.01-2.95)
  • pour l’HRB les facteurs de risque significatifs étaient :
    • une atopie à 4 ans (OR 5.38 ; IC 95% 3.06-9.47)
    • l’appartenance à une classe sociale « haute » à la naissance (OR 2.03 ; IC 95% 1.16-3.53)

- Conclusion :

  • L’hérédité asthmatique, la prédisposition à une atopie précoce, un tabagisme précoce et des infections pulmonaires à répétition sont des facteurs de risque importants de survenue d’une sibilance ou d’un asthme à l’âge de 10 ans.
  • L’HRB à 10 ans présente un profil de risque plus étroit suggérant que les facteurs influençant la survenue d’une sibilance diffèrent de ceux prédisposant le patient à une HRB.

En dehors du fait que j’ai toujours un peu de mal à différencier un « wheezing fréquent » (concept surtout épidémiologique en rapport avec un recueil de données par questionnaires) d’un asthme de l’enfant (dont le diagnostic est souvent clinique), cette étude a le mérite de confirmer qu’il existe bien des facteurs de risque pendant la petite enfance de survenue d’un asthme dans l’enfance (l’hérédité et le terrain atopique notamment).

Bien que l’on ne puisse agir sur la plupart de ces facteurs, il est toujours intéressant de réinsister sur la nocivité du tabagisme passif et des infections pulmonaires dans la petite enfance.

Par ailleurs on retrouve l’hypothèse hygiéniste avec comme facteur de risque d’HRB l’appartenance à une classe sociale « haute », avec l’arrière pensée d’un recours médical plus fréquent dans cette catégorie sociale.

On notera enfin qu’il s’agit toujours de la cohorte de l’île de Wight et que les mêmes auteurs ont déjà communiqué à partir de la même cohorte de 1456 enfants (JACI 2003 Aug ;112:311-6 ; Pediatrics. 2004 Feb ;113:345-50 ; Thorax. 2004 Jul ;59:563-8 ; Respir Med. 2002 Mars ;96:163-9).

Il est donc nécessaire de rester critique (malgré l’excellente qualité du travail de l’équipe de David Hide) dans la mesure où toutes les conclusions concernent toujours la même population insulaire.