Envoyer ses enfants en voyage linguistique en Angleterre ne protège pas du rhume des foins.

mercredi 5 mars 2008 par Dr Clément FOURNIER6732 visites

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Envoyer ses enfants en voyage linguistique en Angleterre ne protège pas du rhume des foins.

Envoyer ses enfants en voyage linguistique en Angleterre ne protège pas du rhume des foins.

mercredi 5 mars 2008, par Dr Clément FOURNIER

L’hypothèse hygiéniste garde le vent en poupe, même si régulièrement des études épidémiologiques contredisent cette hypothèse. Les auteurs de ce travail ont analysé les liens entre les infections diverses de l’enfance et l’apparition future d’une rhinite allergique saisonnière. Les infections ont-elles vraiment un rôle protecteur vis-à-vis de l’allergie ?

Infections vues en consultation dans la petite enfance et risque futur de rhinite allergique saisonnière dans 2 cohortes de naissances du Royaume-Uni. : Bremner SA, Carey IM, DeWilde S, Richards N, Maier WC, Hilton SR, Strachan DP, Cook DG.

Division of Community Health Sciences, St George’s, University of London, London, UK.

dans Allergy. 2008 Mar ;63(3):274-83

- Contexte :

  • L’hypothèse hygiéniste suggère que les infections de la petite enfance protègent du rhume des foins (= rhinite allergique saisonnière).
  • Les auteurs ont enquêté sur la relation entre la rhinite allergique saisonnière et les infections durant l’enfance, y compris certaines infections plus rares auparavant non analysées dans ce contexte.
  • Ils ont également examiné le rôle de facteurs confondants potentiels.

- Méthodes :

  • 3549 paires de sujets cas – contrôle étaient sélectionnées et appariés par âge, sexe, habitudes, suivi médical et diagnostic ; à partir de 2 cohortes de naissance (GPRD = General Practice Research Database et DIN = Doctor Independent Network) du Royaume-Uni.
  • Des régressions logistiques étaient réalisées pour 30 infections, les auteurs ont utilisé un groupe « problème de comportement » comme groupe contrôle n’ayant pas d’influence sur la rhinite allergique saisonnière.
  • Les Odds Ratio (OR) étaient calculés et ajustés sur la fréquence de consultation, la taille de la fratrie (GPRD) et les marqueurs socio-économiques (DIN).

- Résultats :

  • Dans l’enfance, les infections des voies aériennes supérieures, les gastro-entérites, et les otites moyennes aiguës étaient chacune reliée à un risque modérément accru de rhinite allergique saisonnière dans les 2 bases de données étudiées, de même que le groupe « problème de comportement ».
  • Ces associations disparaissaient après ajustement sur la fréquence de consultation.
  • Seule la bronchiolite était significativement associée à une diminution du risque de rhinite allergique saisonnière après ajustement sur la fréquence de consultation (OR = 0,8).
  • Les ajustements sur la taille de la fratrie (GPRD) et les marqueurs socio-économiques (DIN) avaient peu d’impact sur les OR.

- Conclusion :

  • parmi les 30 maladies infectieuses analysées, aucune ne présentait une association forte avec la rhinite allergique saisonnière après ajustement sur la fréquence de consultation.
    -* Excepté pour la bronchiolite, mise en évidence du fait d’une possible chance, aucune des infections cliniques évaluées ne semblaient jouer un rôle important dans la prévention de l’allergie.

Cette étude de cohorte a recherché si la survenue d’infections diverses dans la petite enfance protégeaient de la rhinite allergique. Ils ont utilisé 2 volumineuses bases de données du Royaume-Uni. Leur but était de trouver des arguments en faveur de l’hypothèse hygiéniste.

Leurs résultats ne mettent pas en évidence de rôle protecteur des infections vis-à-vis de la rhinite allergique, hormis pour le VRS (bronchiolite), mais les auteurs reconnaissent que la mise en évidence de ce lien est peut être lié à la chance.
Ils montrent même que certaines infections favoriseraient discrètement la survenue de rhinite allergique, mais cette association disparaît après ajustement sur les facteurs confondants.

Cette étude ne permet donc pas de valider la théorie hygiéniste de la genèse de l’allergie, mais ça ne veut pas dire pour autant qu’elle soit fausse.

Alors soit il faut encore et encore d’autres études, soit il faut imaginer une autre théorie plus séduisante.