L’hypothèse hygiéniste : il y avait longtemps ! Maintenant c’est avec les antibiotiques.

vendredi 17 octobre 2014 par Dr Philippe Carré544 visites

Accueil du site > Sciences > Hygiène > L’hypothèse hygiéniste : il y avait longtemps ! Maintenant c’est avec les (...)

L’hypothèse hygiéniste : il y avait longtemps ! Maintenant c’est avec les antibiotiques.

L’hypothèse hygiéniste : il y avait longtemps ! Maintenant c’est avec les antibiotiques.

vendredi 17 octobre 2014, par Dr Philippe Carré

L’utilisation d’antibiotiques dans la première année de la vie est un facteur de risque de rhinite allergique à l’âge scolaire. : Alm B, Goksör E, Pettersson R, Möllborg P, Erdes L, Loid P, Åberg N, Wennergren G.

Antibiotics in the first week of life is a risk factor for allergic rhinitis at school age.

dans Pediatr Allergy Immunol 2014 : 25 : 468–472.

- Contexte :

  • L’hérédité aussi bien que des facteurs extérieurs influencent le développement de la rhinite allergique
  • Le but de cette étude était d’analyser les facteurs de risque précoces et les facteurs de protection vis à vis de la rhinite allergique à l’âge scolaire.

- Méthodes :

  • Il s’agit d’une étude prospective longitudinale chez des enfants nés dans l’Ouest de la Suède en 2003, dont 50% de la cohorte de naissance a été sélectionnée de façon randomisée
  • Les parents ont répondu à un questionnaire à l’âge de 6 mois, 4,5ans et 8 ans
  • A l’âge de 8 ans, 5044 questionnaires avaient été distribués
  • Il y a eu 4051 réponses, soit 80.3%
  • La rhinite allergique était définie par des symptômes et l’utilisation de médicaments au cours des derniers 12 mois.

- Résultats :

  • La rhinite allergique à l’âge de 8 ans était rapportée dans 10.9% des cas
  • L’âge moyen de début des symptômes était 5.7 ans, et 61.9% étaient des garçons
  • En analyse multivariée, les antibiotiques au cours de la première semaine de vie augmentaient le risque de rhinite allergique (OR ajusté 1.75 ; IC à 95% (1.03, 2.97))
  • L’augmentation du risque était aussi associée à une rhinite allergique parentale (aOR 2.73 (2 .12, 3.52)), une allergie alimentaire au cours de la première année (aOR 2.45 (1.61, 3.73)), un eczéma au cours de la première année (aOR 1.97 (1.50, 2.59)), et le sexe masculin (aOR 1.35 (1.05, 1.74))
  • Vivre dans une ferme à l’âge de 4.5 ans réduisait le risque (aOR 0.31 (0.13, 0.78)).

- Conclusions :

  • L’utilisation d’antibiotiques au cours de la première année de la vie augmentait le risque de rhinite allergique à l’âge scolaire, alors que le fait de vivre dans une ferme à l’âge préscolaire réduisait le risque
  • Ces deux données sont compatibles avec l’hypothèse hygiéniste.

Dans cette étude prospective longitudinale d’une cohorte de plus de 4000 enfants nés en 1983 en Suède, les auteurs montrent qu’un traitement antibiotique reçu par ces enfants pendant leur première semaine de vie augmente le risque de rhinite allergique à l’âge de 8 ans, et que le fait qu’ils vivent dans une ferme à l’âge préscolaire apparaît être un facteur protecteur. 10.9% des enfants ont une rhinite allergique à l’âge de 8 ans.

Ces deux résultats sont compatibles avec la vieille hypothèse hygiéniste remontant à 1989, qui implique qu’une exposition microbienne dans la vie précoce protège contre la maladie atopique en diminuant la réponse immune TH2 et en l’orientant vers la voie TH1, et souligne l’importance de la flore intestinale.

Les modifications de cette flore, par le biais par exemple d’une antibiothérapie dans la vie précoce, sont associées à une augmentation de la prévalence des maladies allergiques, et cette étude en apporte une preuve supplémentaire. Parallèlement à l’hypothèse hygiéniste a donc été évoquée l’hypothèse de la microflore, où une faible diversité du microbiome intestinal de l’enfant est liée à un risque accru de maladies allergiques ; cette faible diversité peut être liée à l’utilisation d’antibiotiques, qui entraînent une faible exposition aux endotoxines bactériennes, diminuant la sécrétion d’Interféron gamma et d’IL12 et favorisant l’expression d’une réponse immune pro TH2 de type allergique.

Parallèlement à l’exposition précoce aux antibiotiques, les auteurs ont trouvé que le risque de maladies allergiques était aussi augmenté par une histoire familiale de rhinite allergique, une allergie alimentaire et/ou un eczéma précoces, et en cas de sexe masculin. Mais ces facteurs étaient indépendants.

Faut-il proscrire les antibiotiques chez les nouveau-nés à risque allergique ? Voilà une question qui serait intéressante à évaluer.