Otite moyenne allergique du lapin, place des anti-H1 ?

mercredi 2 juillet 2008 par Dr Alain Thillay1698 visites

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Otite moyenne allergique du lapin, place des anti-H1 ?

Otite moyenne allergique du lapin, place des anti-H1 ?

mercredi 2 juillet 2008, par Dr Alain Thillay

Certaines otites moyennes sont dues à l’allergie IgE dépendante. Logiquement, dans cette occurrence, les anti-histaminiques devraient avoir leur place dans le traitement de celles-ci. Ici, les auteurs, d’origine grecque, ont cherché à l’aide d’un modèle expérimental sur le lapin à montrer l’intérêt de ces médicaments, ils comparent les effets de l’hydroxyzine, de la desloratadine et de la lévocétirizine.

Effets des anti-histaminiques sur un modèle inflammatoire expérimental de l’oreille moyenne. : Chimona TS, Panayiotides JG, Papadakis CE, Helidonis ES, Velegrakis GA.

Department of Otolaryngology, University of Crete School of Medicine, Crete, Greece

dans Eur Arch Otorhinolaryngol. 2008 Aug ;265(8):899-905.

- Contexte :

  • Il a été évoqué que l’allergie pouvait être un des facteurs étiologiques de l’otite moyenne.

- Objectif :

  • Le but de cette étude était de déterminer les effets histopathologiques des antagonistes des récepteurs de l’histamine dans un modèle expérimental d’induction de l’inflammation de l’oreille moyenne par l’histamine.

- Méthodologie :

  • Dans le groupe A (20 lapins), le test de provocation à l’histamine suivait un prétraitement de 3 jours avec une dose IM de 0,1 ml d’hydroxyzine (50 mg/ml) par jour.
  • Dans le groupe B (20 lapins), le test de provocation à l’histamine suivait un prétraitement de 3 jours avec une dose de desloratadine, 1,2 mg par jour par voie orale.
  • Dans le groupe C (20 lapins), le test de provocation à l’histamine suivait 3 jours d’un prétraitement avec une dose de lévocétirizine, 1,2 mg par jour par voie orale.
  • Le quatrième jour, après une otomicroscopie basale de référence, 0,5 ml d’histamine à 20 mg/ml a été injecté en transtympanique au niveau de l’oreille droite.
  • Après ablation de la muqueuse de l’oreille moyenne les paramètres suivants ont été évalués : œdème, vasodilatation et congestion, inflammation, composante inflammatoire aiguë, présence d’éosinophiles, activité de l’inflammation et fibrose.
  • Un système de classement semi quantitatif de 0 à 3 a été utilisé pour classer l’ensemble des paramètres et une analyse statistique a été effectuée à l’aide d’un test non paramétrique de Mann-Whitney.

- Résultats :

  • Les muqueuses du groupe A montraient des grades inférieurs de tous les paramètres évalués par rapport à celles du groupe B.
  • L’histopathologie des muqueuses du groupe C montrait un grade inférieur d’inflammation comparativement au groupe B avec des différences statistiques significatives pour les sept paramètres testés.

- Conclusions :

  • Nos données valident l’utilisation des antihistaminiques dans le traitement des OME d’origine allergique.
  • Les plus anciens antagonistes H1 peuvent être remplacés par le plus récent des agents qui s’oppose avec succès aux effets de l’histamine, sans interactions ou d’effets néfastes sur le système nerveux central.

Cette étude nous envoie dans l’expérimentation animale, ici le lapin. Le but étant de savoir si les anti-histaminiques actuels sont actifs pour s’opposer aux phénomènes inflammatoires générés par l’histamine dans le cadre d’une otite moyenne d’origine allergique.

L’injection trans-tympanique d’histamine au niveau de l’oreille moyenne du lapin est précédée d’un prétraitement de 3 jours avec un anti-histaminique ancien l’hydroxyzine et avec des anti-histaminiques de troisième génération, la desloratadine et la lévocétirizine.

L’hydroxyzine est un dérivé de la pipérazine. La lévocétirizine est le R-énantiomère actif de la cétirizine, elle-même dérivée de l’hydroxyzine. La desloratadine est un des métabolites actifs de la loratadine.

Les résultats sont clairs l’hydroxyzine fait mieux sur l’ensemble des paramètres que la desloratadine. Encore plus fort, la lévocétirizine donne des résultats supérieurs statistiquement démontrés sur les 7 paramètres histopathologiques mesurés par rapport à la desloratadine. Ce que nous pourrions traduire ainsi :
Lévocétirizine>hydroxyzine>desloratadine.

Bien sûr, il ne s’agit que d’une expérimentation animale qui mérite d’être confirmée sur l’humain par de grandes études prospectives comparatives et contre placebo.

Toutefois, à mon sens, depuis 15 ans que je prescris des anti-histaminiques, ces résultats me vont bien et correspondent bien à mon vécu.