L’aggravation des petits asthmatiques par le tabac n’est pas qu’un écran de fumée !

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L’aggravation des petits asthmatiques par le tabac n’est pas qu’un écran de fumée !

L’aggravation des petits asthmatiques par le tabac n’est pas qu’un écran de fumée !

lundi 15 novembre 2010, par Dr Philippe Carré

Impact de la fumée de tabac environnementale chez les enfants admis en unité de soins intensifs pédiatriques pour état de mal asthmatique. : Samir S, Colin Y, Thomas S.

Department of Pediatrics, University of Tennessee, Memphis, Tennessee.

dans Pediatr Pulmonol. 2010 Oct 20

- Contexte :

  • La fumée de tabac environnementale (FTE) et les allergènes sont des facteurs de risque chez les enfants ayant un état de mal asthmatique (EMA) sévère
  • Des études génétiques supportent le fait que l’asthme associé à la FTE est une entité inflammatoire spécifique, entraînant un nombre significatif d’admissions hospitalières et de rechutes
  • En conséquence, l’évolution et le devenir des patients avec un EMA induit par une exposition à la FTE (EFTE) pourraient aussi être différents.

- Hypothèse :

  • Les auteurs émettent l’hypothèse que la progression, l’évolution et le devenir des patients avec un EMA induit par une EFTE seraient pires que les patients sans EFTE.

- Méthodes :

  • Les données médicales des enfants qui étaient admis à l’Unité de Soins Intensifs Pédiatriques (USIP) avec le diagnostic d’asthme, à l’hôpital pour enfants de Winnipeg, au Manitoba, sur une période de 10 ans, ont été étudiées après accord du Board local
  • 220 rapports ont été revus
  • Ont été extraites les données incluant les caractères démographiques, et analysée la détérioration de l’état des patients définie comme le score clinique d’asthme (SCA) entre le service des urgences et l’USIP
  • La réponse au traitement a été informatisée, exprimée comme la durée du séjour dans l’USIP et dans l’hôpital
  • Les facteurs de risque étaient stratifiés comme : aucun, EFTE, allergies, et EFTE avec allergies.

- Résultats :

  • Il y avait 55 patients (25%) sans facteur de risque, 66 (30%) avec EFTE exclusive, 46 (21%) avec des allergies exclusives, et 53 (24%) avec les deux associées
  • Il y avait une baisse de 25% de la détérioration du SCA quand les patients étaient exposés à de la FTE (p<0.05)
  • Pour les patients avec ou sans allergie mais avec EFTE, à la fois le séjour en USIP et dans l’hôpital étaient de 15% plus longs (p<0.05) que ceux des patients n’étant pas exposés à la FTE
  • La stratification selon le sexe et la race, en analyse multivariée, ne modifiait pas les résultats.

- Conclusion :

  • Les patients avec un EMA sévère associé une EFTE se détérioraient et s’amélioraient plus lentement que les patients non exposés à la FTE.

Les auteurs ont conduit cette étude pour comprendre l’impact de l’exposition à la fumée de tabac environnementale (EFTE) sur le devenir des enfants admis en unité de soins intensifs pédiatrique (USIP) pour un état de mal asthmatique (EMA) ; l’hypothèse étant que l’évolution et le devenir de ces patients seraient pires que ceux étant hospitalisés et n’ayant pas d’EFTE.

Sur une période de 10 ans, 220 dossiers d’enfants hospitalisés pour EMA dans l’USIP de Winnipeg ont été retenus ; ont été évalués :

  • les données démographiques
  • un score clinique d’asthme (SCA) évaluant la détérioration de l’état clinique entre les urgences et l’USIP
  • la durée de séjour dans l’USIP et à l’hôpital
  • les facteurs de risque éventuels (allergies, EFTE).

Les résultats montrent que :

  • 56% des enfants avaient une EFTE (exclusive dans 30% des cas et associée à des allergies dans 26% des cas)
  • pour les sujets ayant une EFTE, il y avait une détérioration supplémentaire de 25% du SCA
  • le séjour en USIP et dans l’hôpital était de 15% plus long.

Cette étude confirme donc que l’EFTE a un impact significatif sur l’admission en USIP pour EMA :

  • les enfants exposés représentent une part importante des admissions pour asthme -*alors qu’ils tendent à se détériorer plus lentement que ceux n’étant pas exposés à la FTE, ils ont une hypoxie plus sévère et une durée d’hospitalisation plus longue.

Cette étude n’étant que rétrospective, plusieurs biais sont envisageables :

  • l’EFTE reposait sur l’interrogatoire et n’était pas confirmée par des dosages de marqueurs biologiques (mais des études antérieures ont montré la corrélation entre les deux)
  • aucune étude de la prédisposition génétique n’a été effectuée
  • des facteurs confondants peuvent intervenir, comme par exemple la disponibilité des lits dans les différents services de l’hôpital au moment de l’admission.

Ceci mis à part, cette étude confirme les données antérieures de la littérature sur l’existence d’un phénotype particulier de jeunes patients asthmatiques exposés à la FTE, différent des groupes de patients ayant une aggravation liée à des facteurs allergiques ou viraux, et qui pourrait correspondre à un génotype particulier (ou une intrication entre un génotype particulier et l’environnement).

Identifier et réduire l’EFTE chez ces enfants pourrait être une priorité de santé publique.