Comparer facteurs de risque et prévalence dans l’asthme, ça fait très « tendance » !

lundi 26 janvier 2015 par Dr Philippe Carré273 visites

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Comparer facteurs de risque et prévalence dans l’asthme, ça fait très « tendance » !

Comparer facteurs de risque et prévalence dans l’asthme, ça fait très « tendance » !

lundi 26 janvier 2015, par Dr Philippe Carré

Diminution de l’importance des facteurs de risque environnementaux dans l’asthme de l’enfant de 1996 à 2006. :A. Bjerg, L. Hedman, M. Perzanowski, G. Wennergren, B. Lundbäck and E. Rönmark,

dans Clinical & Experimental Allergy, 2015 (45) 146–153.

- Contexte :

  • L’augmentation importante de la prévalence de l’asthme continue dans certaines zones, mais pas toutes
  • Malgré les facteurs de risque individuels qui ont été identifiés, les raisons des tendances de prévalence observées sont largement inconnues.

- Objectif :

  • Cette étude visait à caractériser quelles sont les tendances des facteurs de risque qui accompagnent les tendances dans la prévalence de l’asthme.

- Méthodes :

  • Deux cohortes de populations d’enfants âgés de 7 à 8 ans, provenant de mêmes zones d’étude suédoises examinées par les questionnaires de l’Etude Internationale sur l’Asthme et l’Allergie de l’Enfant, ont été comparées à 10 ans d’intervalle
  • En 1996 et en 2006, 3430 questionnaires (97% de participation) et 2585 questionnaires (96% de participation) ont été respectivement complétés
  • Un sous-groupe d’enfants a eu des prick tests : 2148 en 1996 (88% de participation) et 1700 en 2006 (90% de participation)
  • La fraction ajustée de population attribuable (FAPA) a été calculée en évaluant la prévalence et les odds ratio multivariés de chaque facteur de risque.

- Résultats :

  • La prévalence de l’asthme et des sifflements était similaire en 1996 et en 2006
  • La sensibilisation allergique, cependant, augmentait de 21% à 30%
  • La prévalence de l’asthme parental augmentait de 17% à 24%, alors que les infections respiratoires et le tabagisme maternel diminuaient respectivement de 60% à 29% et de 32% à 16%
  • La FAPA des facteurs de risque d’asthme non environnementaux augmentait de 1996 à 2006 : la sensibilisation allergique de 35% à 41%, l’asthme parental de 27% à 45%, et le sexe mâle de 20% à 25%
  • Inversement, la FAPA des facteurs de risque environnementaux diminuait : les infections respiratoires de 36% à 32%, l’humidité de la maison et le tabagisme maternel de 14% et 19% respectivement, jusqu’à presque zéro en 2006.

- Conclusions et relevance clinique :

  • De 1996 à 2006, les facteurs de risque non environnementaux suivants : asthme parental, sensibilisation allergique et sexe mâle avaient une importance augmentée ou constante pour l’asthme courant chez les enfants de 7 à 8 ans
  • L’importance des expositions environnementales à l’humidité de la maison, aux infections respiratoires et au tabagisme maternel diminuait
  • Cette contrebalance dans les facteurs de risque peut expliquer le niveau de prévalence de l’asthme courant.

Cette étude s’intéressait à deux grandes cohortes d’enfants de même âge (7 à 8 ans) et de même lieu de résidence, évaluées à 10 ans d’écart (1996 et 2006), basées sur la population générale et non sur des populations à risque, utilisant des méthodes identiques et validées, visant à mettre en évidence les tendances de l’asthme et des sifflements parallèlement aux changements évolutifs des facteurs de risque au cours de cette même période.

Les résultats montrent que :

  • la prévalence de l’asthme et des sifflements n’a pas augmenté significativement malgré des augmentations substantielles dans les facteurs non environnementaux, tels que la sensibilisation allergique et l’asthme parental entre les 2 études
  • alors qu’il y a des baisses parallèles des facteurs de risque environnementaux tels que le tabagisme maternel, les infections respiratoires et l’humidité de l’habitat.

Pour étudier les effets combinés de la prévalence de l’asthme et des changements environnementaux, les auteurs ont utilisé une mesure qui prend en compte à la fois la force de l’association et la prévalence des facteurs de risque environnementaux : la fraction ajustée de population attribuable (FAPA) ; c’est la première étude qui utilise cette méthode pour estimer les effets des tendances dans les facteurs de risque sur la prévalence de l’asthme.

Les limites de l’étude tiennent au manque de tests objectifs pour diagnostiquer l’asthme, tels que l’étude de la fonction respiratoire ou des tests de provocation, ainsi que la mise en évidence objective des facteurs de risque .

Ces tendances dans l’évolution des facteurs de risque et dans l’augmentation du phénotype allergique dans l’asthme peuvent affecter la probabilité de rémission ultérieure de l’asthme, au moins dans la zone étudiée. Elles illustrent aussi le changement des types de facteurs de risque dans des pathologies aux étiologies complexes. Un plateau de prévalence peut refléter en fait des tendances antagonistes dans les facteurs de risque, ce qui souligne l’intérêt de surveiller aussi de près les facteurs de risque dans les autres zones.