Asthme et Parkinson : y a-t-il un lien ?

mardi 1er décembre 2015 par Dr Cécilia Nocent647 visites

Accueil du site > Maladies > Asthme > Asthme et Parkinson : y a-t-il un lien ?

Asthme et Parkinson : y a-t-il un lien ?

Asthme et Parkinson : y a-t-il un lien ?

mardi 1er décembre 2015, par Dr Cécilia Nocent

Risque de développer une maladie de Parkinson chez les asthmatiques : une étude nationale longitudinale. : Cheng C-M, Wu Y-H, Tsai S-J, Bai Y-M, Hsu J-W, Huang K-L, Su T-P, Li C-T, Tsai C-F, Yang AC, Lin W-C, Pan T-L, Chang W-H, Chen T-J, Chen M-H.

Risk of developing Parkinson’s disease among patients with asthma : a nationwide longitudinal study.

dans Allergy 2015 ; 70 : 1605–1612.

- Contexte :

  • Une étude transversale rétrospective suggère un lien entre les maladies allergiques et la maladie de Parkinson.
  • Cependant, l’association temporelle entre asthme et maladie de Parkinson reste inconnue.

- Méthodes :

  • A partir de la base de données de l’assurance maladie nationale de Taïwan, 10 455 patients ayant été diagnostiqués asthmatiques entre 1998 et 2008 et âgés de plus de 45 ans et 41 820 sujets contrôles ajustés sur le sexe et l’âge ont été sélectionnés pour l’étude et observés jusqu’à fin 2011.
  • Les sujets développant une maladie de Parkinson dans le suivi ont été identifiés.
  • Les auteurs ont bien sûr examiné la sévérité de l’asthme avec en particulier la fréquence des hospitalisations pour exacerbations et les risques de maladie de Parkinson.

- Résultats :

  • Les patients asthmatiques ont une augmentation du risque de développer une maladie de Parkinson (HR : 3.10, 95%CI : 2.20-4.36) après avoir ajusté sur les critères démographiques, les comorbidités médicales et les traitements reçus.
  • Ces résultats ont été confirmés après avoir éliminés les observations pendant la première année (HR : 2.90. 95%CI : 2.04-4.13) et les trois premières années (HR : 2.46 ; 95%CI : 1.64-3.69).
  • Les patients asthmatiques ayant le plus d’hospitalisations pour exacerbation (fois/an) : 16.42, pendant la période de suivi ont un risque plus élevé de maladie de Parkinson (>2 : HR : 16.42 ; 95%CI : 5.88-45.91 ; 1-2 : HR : 12.69 ; 95%CI : 5.03-31.71 ; 0-1 : HR : 2.92 ; 95%CI : 1.91-4.49).

- Conclusion :

  • Les asthmatiques ont un risque élevé de développer plus tard dans leur vie une maladie de Parkinson et les auteurs ont observé une relation entre la sévérité de l’asthme et le risque de développer cette maladie.

Une équipe taïwanaise s’est intéressée au lien possible entre asthme et développement ultérieur d’une maladie de Parkinson.
Ils ont publié leurs travaux dans Allergy.

Cette étude est faite en utilisant la base de données de l’assurance maladie de Taïwan. Les auteurs ont sélectionné les patients chez qui un asthme a été diagnostiqué entre 1998 et 2008. Tous ces patients devaient avoir plus de 45 ans. Ils étaient ensuite observés jusqu’en 2011 et les cas de maladie de Parkinson étaient rapportés.

Les auteurs ont retrouvé 10 455 patients ce qui semble important dans une population de plus de 45 ans de primo-diagnostics d’asthme et on peut se demander si certains de ces patients ne seraient pas plutôt porteurs d’une BPCO. Les auteurs ne rapportent pas le tabagisme de ces patients et il semble que le diagnostic d’asthme soit déclaratif sans EFR avec test de réversibilité confirmant le diagnostic.

Les auteurs retrouvent un lien de causalité entre asthme et maladie de Parkinson avec une augmentation franche du risque de développer cette maladie d’autant plus que l’asthme n’est pas équilibré avec plus d’hospitalisations pour exacerbations.

Sans bien connaître les facteurs de risque de développer une maladie de Parkinson, il semble difficile d’établir un tel lien sur des patients qui, certains, ne sont suivis que 3 ans. N’y a-t-il pas des facteurs confondants non observés comme les conditions de vie, les expositions aux toxiques, l’activité professionnelle, les antécédents familiaux…. qui pourraient peut-être participer également à la genèse d’une maladie de Parkinson.

On préfèrerait une étude prospective longitudinale qui suivrait une cohorte d’asthmatiques depuis l’enfance jusqu’à l’âge du développement éventuel d’une maladie de Parkinson. Les résultats auraient à mon sens beaucoup plus de poids.

Cette étude pose un éventuel problème d’association de maladies intéressant mais ne me convainc pas. Avant de donner des conseils ou d’affoler nos patients je pense qu’il faut attendre d’autres études plus robustes.