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Allergie Alimentaire : Mise au point de Hugh. A. Sampson.

par Dr Christian Debavelaere

publié le  1er avril 2004

Sampson est un nom qui évoque l’allergie alimentaire. Il est la référence dans ce domaine outre Atlantique. Au cours du congrès de l’AAAAI qui se tenait la semaine dernière à San Francisco, il nous a présenté une communication intéressante. En voici les principales lignes.

Épidémiologie

- Les allergies alimentaires prédominent dans les premières années de la vie, affectant 6 % des enfants avant l’age de 3 ans. Chez l’adulte seulement 2 % des personnes ont une allergie alimentaire aux USA.

- 2,5 % des nouveau-nés vont présenter une réaction au lait de vache dans la première année de vie, environ 1,5 % des jeunes enfants sont allergiques à l’œuf et 0,5 % à l’arachide, cette dernière allergie est en augmentation depuis 20 ans.

- Les enfants atopiques souffrent plus souvent d’allergie alimentaire. 35 % des dermatites atopiques ont une allergie alimentaire IgE médiée, 6 % des asthmatiques présentent des sifflements en rapport avec des allergènes alimentaires

- Chez l’enfant, 85 % des allergies sont le lait de vache, œuf, arachide, soja, blé et poisson, chez l’adulte en revanche, le plus souvent on retrouve arachide noisette, poisson et crustacés.

Physiologie et physiopathologie

Le tractus gastro-intestinal forme une barrière contre l’environnement extérieur et constitue une énorme surface d’absorption et de rejets de déchets.

Le système immunitaire qui lui est associé, le GALT, est capable de distinguer entre les inoffensives protéines étrangères, les bactéries commensales et les dangereux pathogènes.

2 % des antigènes alimentaires sont absorbés et transportés sous une forme immunologiquement intacte sans dommage clinique en raison de la tolérance immunologique.

La sensibilisation aux allergènes alimentaires peut se produire dans le tractus gastro-intestinal (allergie alimentaire de classe 1), ou être une conséquence d’une sensibilisation respiratoire (classe 2).

La majorité des allergènes de classe 1 sont des glycoprotéines hydrosolubles de 10 à 40 KD, thermostables, résistants aux acides et protéases, ceux de classe 2 sont des protéines dérivées de plantes, thermolabiles et difficiles à isoler, difficiles à standardiser pour les tests, plutôt des profilines, peroxydases, inhibiteurs de protéase.

Diagnostic

Les allergies alimentaires sont IgE médiées ou non. En fonction du mécanisme supposé et de la nature de l’organe cible, on va définir l’exploration et la période d’observation après test de provocation.

Le diagnostic est basé sur l’histoire clinique, les tests cutanés et sanguins (RAST), le régime d’éviction et le test de provocation en aveugle.

Plus récemment la mesure quantitative des IgE spécifiques par technique pharmacia CAP-système-FEIA est parfois prédictive d’une réaction symptomatique IgE méditée. Des niveaux spécifiques indiquent à plus de 95 % le risque de déclencher une allergie.

Le test de provocation orale en double aveugle contre placebo reste l’étalon-or du diagnostic.

Ainsi, dans l’allergie non IgE méditée, comme l’entérocolite, le challenge peut nécessiter 0,3 à 0,6 gramme de protéine par kg de poids en 1 ou 2 prises.

Dans la gastro-entérite à éosinophile, le patient peut avoir plusieurs repas sur 3 jours, la période d’observation aussi dépend de la nature des réactions suspectées.

Dans l’anaphylaxie enfin, le challenge se conçoit si l’histoire clinique et les tests de laboratoires ne suffisent pas ou si l’on pense que le sujet a perdu sa sensibilité.

Les formes cliniques de l’allergie alimentaire

- Urticaire aigu et angiœdème la plus fréquente forme de l’allergie alimentaire

- La dermatite atopique (DA) est une forme d’eczéma débutant dans la petite enfance avec une distribution corporelle particulière un prurit extrême et une évolution chronique. Des IgE spécifiques de l’allergène fixées sur les cellules de Langherans, récepteurs inhabituels sont impliqués. L’allergie alimentaire intervient dans 35 % des cas de DA dans les formes modérés à sévères, ce qui est confirmé par le test de provocation en DAVP.

- Syndrome anaphylactique : 1/3 des chocs vus aux urgences, avec sa classique association de symptômes cutanés, respiratoires et gastro-intestinaux,, s’associant à hypotension, collapsus, trouble du rythme cardiaque. La tryptase est curieusement rarement élevée.

- L’asthme est une manifestation inhabituelle d’allergie alimentaire, on peut constater toutefois

  • bronchospasme aigu en association avec d’autres symptômes d’allergie alimentaire
  • Hyper réactivité bronchique et aggravation de l’asthme.
  • Asthme déclenché par les vapeurs de cuisson
  • Y penser en cas d’asthme réfractaire associé à une dermatite atopique !

- Le syndrome oral est provoqué par des protéines de plantes réagissant avec des aéroallergènes, bouleau (carotte, céleri, pomme, poire, noix, kiwi), ambroisie (croise melon, banane), L’ITS aux pollens peut faire disparaître l‘allergie alimentaire

- La gastro-entérite et l’œsophagite à éosinophiles avec infiltration de l’œsophage, l’estomac et l’intestin par les éosinophiles

- L’œsophagite allergique à éosinophile chez l’enfant et l’adolescent avec son reflux gastro oesophagien, avec nécessité d’une éviction de 8 à 12 semaines pour normaliser l’histologie

- Entérocolite induite par l’allergie alimentaire : chez l’enfant de moins de 3 mois parfois sous allaitement maternel. Chez l’adulte aspect similaire possible avec les fruits de mer. Nausée, vomissement, douleurs abdominales

- Syndrome de Heiner, hémosidérose pulmonaire aux protéines du lait de vache.

Une fois le diagnostic établi, le seul traitement reste l’éviction allergénique stricte, on conseille de consulter le site foodallergy.org.

La sensibilité allergique disparaît souvent au cours du temps, sauf pour l’arachide les fruits secs à coques (nuts) et les fruits de mer. Chez l’enfant, la présence de taux d’IgE arachide faible peut faire espérer la disparition de l’allergie ( 20% des cas) justifiant la réévaluation de cette allergie.

Dans le futur, l’utilisation des anti-IgE et de nouvelles formes d’immunothérapie seront disponibles.

 Dr Christian Debavelaere

Commentaire de l'auteur :

Cette communication bien que très schématique m’a appris quelques éléments nouveaux.

Dans cet exposé, j’ai trouvé intéressant la classification des allergènes en classe 1 et 2 et je retrouve le caractère parfois thermolabile de l’allergène croisé, et les explications sur les discordances parfois rencontrées entre histoire clinique et tests cutanés négatifs avec les allergènes de classe 2.

J’ai découvert la notion d’une tryptase rarement modifiée dans l’anaphylaxie alimentaire, cette recherche reste pourtant proposée comme examen à réaliser en cas de choc alimentaire.

référence :

http://www.allergique.org/article2051.html


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