La pollution automobile polluerait-elle aussi le jugement ?

vendredi 15 octobre 2004 par Dr Philippe Carré3402 visites

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La pollution automobile polluerait-elle aussi le jugement ?

La pollution automobile polluerait-elle aussi le jugement ?

vendredi 15 octobre 2004, par Dr Philippe Carré

La prévalence des maladies allergiques a augmenté de façon importante ces dernières décennies. Parmi les causes qui l’expliquent, l’augmentation de la pollution aérienne liée au trafic automobile en reste la principale ; elle est confortée par des expérimentations in vitro. Ceci est-il en accord avec les études épidémiologiques ?

Polluants reliés à la circulation automobile en Europe et leurs effets sur les maladies allergiques. : Heinrich, Joachim ; Wichmann, Heinz-Erich

dans Current Opinion in Allergy & Clinical Immunology. 4(5):341-348, October 2004

- Contexte

  • L’incidence et la prévalence des maladies allergiques ont augmenté en Europe au cours des dernières décades, et dans la plupart des autres pays industrialisés dans les autres parties du monde.
  • L’exposition persistante à la pollution aérienne due au trafic automobile, et particulièrement aux particules des véhicules à moteur, a souvent été considérée comme un des facteurs responsables de cette augmentation. Cette opinion semble confortée par des études récentes sur l’homme et l’animal, qui ont montré que les polluants particulaires, et notamment les particules diesel, pouvaient augmenter l’inflammation allergique et induire le développement de réponses allergiques immunes.
  • Cependant, les résultats des recherches épidémiologiques montrent un tableau plus complexe.

- Résultats récents

  • Il a été clairement montré dans beaucoup d’études que la pollution aérienne liée au trafic contribue à une augmentation du risque de mortalité ; en particulier de cause cardio-pulmonaire.
  • La pollution aérienne liée au trafic augmente aussi le risque de maladies et de symptômes respiratoires non allergiques.
  • Cependant, pour des maladies ou des symptômes d’allergie comme l’asthme, la rhinite allergique, la dermatite atopique, les sifflements ou la sensibilisation allergique, des résultats moins convaincants ont été mis en évidence.
  • C’est pourquoi l’Organisation Mondiale de la Santé conclue avec précaution que la pollution aérienne liée au trafic peut augmenter le risque de développer des allergies et peut aggraver les symptômes, en particulier dans des sous-groupes susceptibles.
  • Cette étude est axée sur les données épidémiologiques récentes concernant les effets à long terme sur les maladies allergiques de la pollution aérienne liée au trafic en Europe.

- Conclusions

  • La mise en évidence d’un risque augmenté d’asthme et de rhume des foins reste faible mais semble légèrement progresser. Mais de nombreuses questions restent ouvertes.

La pollution aérienne liée au trafic des véhicules à moteur est considérée comme une des principales causes d’augmentation des maladies allergiques dans les pays développés. Il a d’ailleurs été prouvé que les particules diesel étaient capables d’augmenter l’inflammation allergique.

Les auteurs reprennent les études épidémiologiques publiées en ce domaine.

Un risque plus important de mortalité lié aux causes cardio-pulmonaires apparaît clair. Pour ce qui est du système respiratoire, les maladies ou les symptômes non allergiques ont un risque augmenté ; par contre, les résultats sont beaucoup moins nets pour l’asthme, la rhinite allergique, la dermatite atopique ou la sensibilisation allergique.

C’est pourquoi l’OMS conclue prudemment que la pollution liée au trafic pourrait augmenter le risque de développer des allergies, mais uniquement dans certains sous-groupes, qui ne sont d’ailleurs pas définis.

Cette étude est donc en contradiction avec les données classiquement admises sur le rôle évident de la pollution liée au trafic automobile dans l’augmentation des maladies allergiques, et en particulier de l’asthme ; des études sérieuses ont montré que les polluants particulaires étaient capables par exemple de modifier la qualité et l’architecture des grains de pollens, les rendant ainsi plus allergisants.

Il semble donc difficile de conclure actuellement, et de nombreuses questions restent ouvertes, qui nécessitent des études complémentaires pour savoir si les données épidémiologiques sont vraiment en accord avec les données scientifiques.