La profiline est à l’amande...

mercredi 25 octobre 2006 par Dr Hervé Couteaux4405 visites

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La profiline est à l’amande...

La profiline est à l’amande...

mercredi 25 octobre 2006, par Dr Hervé Couteaux

Panallergènes du monde végétal, présentes au niveau des pollens comme de nombreux aliments, les profilines sont des protéines se liant à l’actine. Si le diagnostic d’une IgE-réactivité aux profilines a été rendu possible par la technologie des recombinants, il pose au clinicien le problème de la pertinence clinique.

Clonage et caractérisation d’une profiline (Pru du 4), un allergène croisant de l’amande (Prunus dulcis). : Pallavi Tawde, MSa, Yeldur P. Venkatesh, PhDad, Fang Wang, PhDa, Suzanne S. Teuber, MDc, Shridhar K. Sathe, PhDb, Kenneth H. Roux, PhDa

a From the Department of Biological Science and Institute of Molecular Biophysics
b Department of Nutrition, Food and Exercise Sciences, Florida State University
c Department of Internal Medicine, Division of Rheumatology, Allergy, and Clinical Immunology, University of California
d Department of Biochemistry and Nutrition, Central Food Technological Research Institute, Mysore (present work conducted at Florida State University)

dans JACI Volume 118, Issue 4, Pages 915-922 (October 2006)

- Contexte :

  • On ne connait pas complètement l’identité des protéines allergéniques d’amande.

- Objectif :

  • Notre objectif était de caractériser la réactivité IgE de patients vis à vis d’un allergène recombinant d’amande ainsi que vis à vis de l’allergène correspondant sous forme native.

- Méthodes :

  • Une bibliothèque de cDNA d’amande a été screenée avec des sérums des patients allergiques aux protéines se liant aux IgE.
  • Deux clones réactifs ont été séquencés et l’un d’entre eux a été exprimé.
  • L’allergène recombinant exprimé et sa contrepartie native (purifiée à partir de farine non traitée d’amande) ont été analysés par électrophorèse sur gel à une et à deux dimensions, dot blot et ELISA, et examinés sous l’angle de la réactivité croisée avec les profilines de graminées.

- Résultats :

  • Les 2 clones sélectionnés (désignés par Pru du 4) codaient pour des séquences de profiline qui différaient par deux mutations silencieuses.
  • En analyse dot-blot, 6 des 18 sérums patients (33%) ont réagi avec la protéine recombinante Pru du 4, tandis que 8 sur 18 (44%) ont réagi avec la forme native.
  • Les résultats d’ELISA étaient identiques.
  • Les profilines d’amande et d’ivraie s’inhibaient mutuellement.
  • L’immunoblotting bidimensionnel a indiqué la présence de plus d’un isoforme natif de profiline d’amande.
    -*La force de la réactivité des IgE sériques de quelques patients a varié selon les tests et selon la nature native ou recombinante des profilines.

- Conclusion :

  • La profiline d’amande est une protéine alimentaire se liant aux IgE qui réagit de façon croisée avec les profilines des pollens de graminées et qui est susceptible de dénaturation, ayant pour résultat une réactivité variable selon les types d’analyse et selon les patients.

- Implications cliniques :

  • Les IgE sériques de presque la moitié des patients allergiques testés aux amandes réagissent avec la profiline d’amande.
  • Puisque la plupart des patients présentent également une pollinose, la réactivité croisée bien connue entre le pollen et les profilines alimentaires pourrait expliquer ce profil de réactivité.

Sur 18 personnes allergiques aux amandes, presque la moitié d’entre elles avaient des IgE se liant à la profiline.

La réactivité biologique ainsi mise en évidence semble s’inscrire dans le cadre d’un syndrome pollens-aliments, cadre habituel de la réactivité aux profilines, en Europe du moins.

Les profilines forment une famille hautement conservée avec des identités de séquence de 70 à 85 % entre elles, mais peu d’homologies de séquence (environ 30%) avec les profilines humaines ou celles des champignons.

Toutes les profilines sont stables à la chaleur et non stables à la digestion (pepsine).

Ceci explique en grande partie que les troubles cliniques provoqués par l’allergie aux profilines sont réputés légers : le type en est le syndrome oral, occasionné par l’ingestion d’aliments frais et crus.

Tomate, citron, melon, pastèque, ananas, banane, kaki sont les marqueurs cliniques de la réactivité aux profilines.

Le cluster cucurbitacées/banane/agrumes repose sur une réactivité aux profilines.

En pratique diagnostique, nous disposons de 2 tests : rBet v 2 et rPhl p 12. Un seul test suffit et l’on choisira l’allergène le plus pertinent pour le patient.

Pour conclure, je reprendrai une hypothèse émise par Radauer et Breitenender de l’école autrichienne, si active en allergologie moléculaire : Une raison au faible potentiel allergénique des profilines et des protéines liées au calcium peut-être le fait que des membres de ces deux familles de protéines sont présents chez l’homme, ce qui conduit à la suppression de la réponse immune à ces allergènes chez la plupart des individus. A méditer...