Trompe qui coule, petit robinet !?

jeudi 21 février 2013 par Dr Alain Thillay724 visites

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Trompe qui coule, petit robinet !?

Trompe qui coule, petit robinet !?

jeudi 21 février 2013, par Dr Alain Thillay

Rhinite allergique et risque de dysfonctionnement érectile. Une étude fondée sur une population nationale. :
Su VY, Liu CJ, Lan MY, Chen YM, Su KC, Lee YC, Chen TJ, Chou KT.
Department of Chest Medicine, Taipei Veterans General Hospital, Taipei, Taiwan.

Allergic rhinitis and risk of erectile dysfunction - a nationwide population-based study.

dans Allergy. 2013 Jan 25. doi : 10.1111/all.12100.

- Contexte :

  • Un nombre croissant de preuves a révélé que la rhinite allergique (RA) est une maladie inflammatoire systémique.
  • Les médiateurs inflammatoires et les cellules affectées dans la RA ont également été signalés comme étant impliqués dans le processus de l’athérosclérose qui est pertinent de l’apparition de la dysfonction érectile (DE).

- Objectif :

  • Notre objectif était d’explorer la relation entre la RA et les futurs événements de DE.

- Méthodes :

  • A partir du 1er Janvier 2000 jusqu’au 31 Décembre 2008, nous avons identifié des patients de sexe masculin, âgés de 18 à 55 ans, et, nouvellement diagnostiqués comme atteints de RA à partir de la base de données nationale de Taiwan des assurances dans le cadre d’une recherche en santé.
  • Une cohorte contrôlée exempte de RA, qui a été apparié en fonction de l’âge, des co-morbidités et des médicaments, a été choisie à titre de comparaison.
  • Les deux cohortes ont été suivies jusqu’au 31 Décembre 2009 et observée quant à l’apparition de la dysfonction érectile par le registre du diagnostic de DE dans la base de données.

- Résultats :

  • Parmi les 128 118 patients de sexe masculin de l’échantillon (64 059 patients atteints de RA vs 64 059 témoins appariés), 1455 (1,16%) ont fait l’expérience de l’apparition de dysfonctionnement érectile au cours d’une période moyenne de suivi de 5,82 années, dont 844 (1,32% des patients atteints de RA) issus de la cohorte des rhinitiques allergiques et 611 (0,95%) par rapport aux contrôles.
  • L’analyse de Kaplan-Meier a révélé une tendance des patients souffrant de RA à développer un DE (Test logarithmique par rangs, p <0,001).
  • Après ajustement des facteurs de confusion par l’analyse de régression de Cox, les sujets atteints de RA ont connu une augmentation de 1,37 fois (IC 95%, 1,24 à 1,52, P <0,001) de l’incident du DE.
    -* Le risque de la dysfonction érectile est plus élevé dans les cas de consultations plus fréquentes du fait de la symptomatologie rhinitique et dans les cas nécessitant une médication plus de 4 semaines.

- Conclusions :

  • Les patients atteints de rhinite allergique semblent être à risque plus élevé d’apparition de dysfonction érectile et possiblement d’une manière dépendante de la sévérité.

Il semble exister un faisceau d’éléments pertinents pour dire que la rhinite allergique est une maladie inflammatoire systémique. Ainsi, il a été retrouvé un profil inflammatoire similaire entre rhinite allergique et athérosclérose. La dysfonction érectile étant considérée comme un bon marqueur de cette dernière, les auteurs taïwanais de ce travail ont cherché à montrer que la rhinite allergique en est un facteur de risque.

Ces mêmes auteurs ont fait la même démonstration en 2011 pour l’asthme, celui-ci serait un facteur de risque de la dysfonction érectile.

Ils reprennent les mêmes données sur une population nationale.

Les résultats semblent indiscutables, la méthodologie statistique est sérieuse.

Les patients atteints de rhinite allergique sont plus exposés au risque de dysfonction érectile, d’autant plus que la sévérité rhinitique est importante (augmentation de la consommation des médicaments spécifiques et augmentation du nombre de consultations).

Les auteurs ont donné les mêmes conclusions, exactement, pour l’asthme.

Je m’interroge sur la démarche intellectuelle qui veut relier la rhinite allergique en tant que maladie systémique et l’athérosclérose sur l’argument que les mêmes médiateurs et les mêmes cellules de l’inflammation sont impliqués dans les deux pathologies.

Puisque les acteurs inflammatoires sont communs alors la rhinite allergique est une maladie systémique.

Je trouve l’argumentaire un peu court car il existe de nombreux processus inflammatoires ubiquitaires à toutes les pathologies inflammatoires, il faudrait avant toute chose, avant d’en arriver à une telle sophistique, rechercher ce qui peut être différent, ce qui distingue.

Pour autant, il semble bien exister un excès de prévalence de la dysfonction érectile chez les rhinitiques allergiques.

Nous savons que la rhinite allergique a un fort retentissement sur la qualité de vie avec fatigue, troubles de la concentration etc….

Cette diminution de la qualité de vie peut donc elle aussi retentir sur la fonction sexuelle et sans doute encore plus en cas de rhinite allergique sévère.

Nous resterons donc très prudents avant d’accepter les résultats de cette étude.