Magnésium ou pas dans les bronches, il faut attendre que l’asthme s’améliore.

mardi 24 février 2015 par Dr Philippe Carré481 visites

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Magnésium ou pas dans les bronches, il faut attendre que l’asthme s’améliore.

Magnésium ou pas dans les bronches, il faut attendre que l’asthme s’améliore.

mardi 24 février 2015, par Dr Philippe Carré

Nébulisation de magnésium dans l’asthme pédiatrique modéré et sévère : essai randomisé. : Alansari, K., Ahmed, W., Davidson, B. L., Alamri, M., Zakaria, I. and Alrifaai, M. (2015), Nebulized magnesium for moderate and severe pediatric asthma : A randomized trial.

dans Pediatr. Pulmonol.. doi : 10.1002/ppul.23158

- Contexte :

  • Le sulfate de magnésium intraveineux, traitement de secours ajouté aux bronchodilatateurs et au traitement corticoïde systémique dans l’asthme modéré et sévère, est parfois administré
  • Les auteurs ont émis l’hypothèse que le magnésium en nébulisation pourrait conférer un bénéfice sans risque indu.

- Matériel et méthodes :

  • Les sujets âgés de 2 à 14 ans avec un asthme modéré et sévère (score de sévérité PRAM ≥4,admis en unité de soins infirmiers et d’observation, ont été randomisés en double-aveugle pour recevoir à l’admission 800 mg de magnésium nébulisé ou un placebo de sérum salé normal, avec un traitement intensif combinant des nébulisations d’albuterol et d’ipratoprium ainsi que de la méthylprednisolone intraveineuse
  • L’objectif primaire était le temps de la prise en charge médicale jusqu’à la sortie ; la taille de l’échantillon a été choisie de façon à détecter un taux absolu d’amélioration de 15%
  • L’amélioration au cours du temps du score de sévérité PRAM et d’autres objectifs secondaires étaient comparés pour la totalité du groupe et le sous-groupe d’asthmatiques sévères.

- Résultats :

  • Cent quatre vingt onze patients sous sulfate de magnésium et 174 sous placebo remplissaient les critères d’analyse
  • Les groupes étaient similaires avec des scores PRAM moyens de base > à 7
  • Le traitement actif en aveugle augmentait significativement le taux sanguin de magnésium 2h après la fin du traitement par comparaison au placebo, 0.85 vs 0.82 mmol/L, p=0.001
  • Il n’y a pas eu d’effets secondaires importants
  • L’analyse de l’accélération du temps d’amélioration montrait un raccourcissement non significatif de 14% du temps de prise en charge jusqu’à la sortie en faveur du groupe sous sulfate de magnésium, OR=1.14, IC à 95% : 0.93 à 1.40, p=0.20
  • Les temps moyens jusqu’à la possibilité de sortie étaient de 14.7 heures (SD 9.7) versus 15.6 heures (SD 11.3) pour les groupes traitement et placebo respectivement, p=0.41.

- Conclusions :

  • Ajouter du magnésium en nébulisation à un traitement combiné associant des bronchodilatateurs et un traitement corticoïde par voie systémique, ne permettait pas de raccourcir de façon significative le temps de sortie des patients pédiatriques ayant un asthme modéré ou sévère.

Cette étude montre que chez 191 enfants (2 à 14 ans) ayant une crise d’asthme modérée ou sévère et traités par trois nébulisations successives de sulfate de magnésium (dose totale de 800 mg), faites après trois nébulisations d’albuterol et d’ipratropium avec de la méthylprednisolone IV, il n’y a pas d’amélioration du temps de prise en charge médicale avant la sortie de l’hôpital, ni d’autre paramètre clinique pertinent, par rapport à 174 enfants traités par placebo à la place du magnésium.

Ce résultat milite donc contre l’ajout de nébulisations de sulfate de magnésium au traitement standard recommandé pour les sujets pédiatriques se présentant dans les services d’urgence pour une crise d’asthme modérée ou sévère.

La place du sulfate de magnésium en perfusion dans les crises d’asthme modérées ou sévères reste controversée ; certaines sociétés le recommandent chez l’adulte, mais chez l’enfant il n’y a pas de consensus, et le GINA indique que ce traitement « devrait être considéré » ; il est en pratique réservé aux cas d’asthme très sévère.

Par contre, le sulfate de magnésium en nébulisation ne semble pas efficace chez l’adulte en crise sévère, mais il y a très peu de données chez l’enfant, d’où l’étude présentée ici, qui s’est intéressée non seulement aux asthmatiques sévères, mais aussi à ceux ayant une crise modérée, avec les mêmes résultats.

Même si certaines questions restent posées dans cette étude (choix de la dose nébulisée de magnésium, choix de ne pas faire le magnésium en traitement initial, absence d’étude de pharmacocinétique, choix de l’objectif primaire), il n’en demeure pas moins que le magnésium en nébulisation, ajouté en plus du traitement de référence recommandé, n’est pas ou très faiblement efficace, et de façon non significative, chez les sujets d’âge pédiatrique consultant aux urgences en crise d’asthme modérée ou sévère.