Faut-il faire un scanner thoracique pour évaluer le traitement de l’asthme sévère ?

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Faut-il faire un scanner thoracique pour évaluer le traitement de l’asthme sévère ?

Faut-il faire un scanner thoracique pour évaluer le traitement de l’asthme sévère ?

vendredi 21 décembre 2012, par Dr Philippe Carré

Les effets de l’addition d’Omalizumab, un anticorps anti-IgE, sur l’épaississement de la paroi des voies aériennes dans l’asthme. : Hoshino M, Ohtawa J :

Effects of Adding Omalizumab, an Anti-Immunoglobulin E Antibody, on Airway Wall Thickening in Asthma.

dans Respiration 2012 ;83:520-528 (DOI : 10.1159/000334701)

- Contexte :

  • L’Omalizumab peut inhiber l’inflammation allergique, et pourrait contribuer à la diminution du remodelage des voies aériennes chez les sujets asthmatiques.

- Objectif :

  • Les buts de cette étude était d’étudier les effets de l’omalizumab sur l’épaississement de la paroi des voies aériennes, en utilisant la tomodensitométrie thoracique (TT).

- Méthodes :

  • 30 patients avec un asthme persistant sévère ont été randomisés pour recevoir un traitement conventionnel avec (n=14) ou sans (n=16) Omalizumab, pendant 16 semaines
  • Les dimensions suivantes des voies aériennes étaient mesurées par une technique de TT validée : la superficie de la paroi des voies aériennes rapportée à la surface corporelle (PVA/SC), le pourcentage de superficie des voies aériennes (VA%), l’épaisseur de la paroi rapportée à la SC (EP/SC), et la superficie de la lumière aérienne rapportée à la surface corporelle (LA/SC) au niveau de la bronche segmentaire apicale du lobe supérieur droit
  • Le pourcentage des éosinophiles dans l’expectoration induite, la fonction respiratoire et un questionnaire de Qualité de Vie de l’asthme (AQLQ) ont été aussi déterminés.

- Résultats :

  • Le traitement par Omalizumab diminuait de façon significative la PVA/SC (p<0.01), le VA% (p<0.01) et l’EP/SC (p<0.01), et augmentait la LA/SC (p<0.05), alors que le traitement conventionnel n’entraînait aucun changement
  • Dans le groupe Omalizumab (n=14), une diminution significative du pourcentage d’éosinophiles dans l’expectoration (p<0.01), une amélioration du VEMS et une amélioration du score AQLQ ont été observées
  • Les changements du VEMS prédit et des éosinophiles dans l’expectoration étaient corrélés de façon significative avec les modifications de la superficie des voies aériennes (r=0.88, p<0.001, et r=0.72, p<0.01, respectivement).

- Conclusions :

  • Ces résultats suggèrent que l’Omalizumab réduit l’épaisseur de la paroi des voies aériennes et l’inflammation des voies aériennes
  • Des études plus larges de patients, avec un suivi à plus long terme, sont nécessaires pour démontrer si l’Omalizumab peut vraiment maintenir une amélioration des dimensions de la paroi des voies aériennes.

Les auteurs ont étudié, chez 14 patients asthmatiques sévères traités de façon conventionnelle, l’effet de l’ajout d’omalizumab sur un certain nombre de critères d’épaisseur de la paroi bronchique, qui ont été mesurés à partir de données tomodensitométriques thoraciques ; ils ont comparé cet effet à celui obtenu dans un groupe de 16 patients asthmatiques sévères traités conventionnellement.

Cette première étude montre que 16 semaines de traitement par omalizumab peuvent réduire l’épaisseur de la paroi des voies aériennes, c’est-à-dire le remodelage bronchique ; ceci est associé à une diminution des éosinophiles dans l’expectoration induite, et à une amélioration de la fonction respiratoire et de la qualité de vie des patients traités.

Le remodelage des voies aériennes, c’est-à-dire les altérations structurales de la paroi, joue un rôle important dans la physiopathologie de l’asthme ; il résulte dans la persistance de la limitation des débits bronchiques et le maintien de l’hyperréactivité des voies aériennes. On savait jusqu’ici que les corticoïdes inhalés pouvaient réduire le remodelage, mais de façon variable en fonction des études, et par le biais de l’analyse de biopsies bronchiques.

L’imagerie par tomodensitométrie des voies aériennes a été développée comme une technique d’analyse du remodelage des voies aériennes ; elle évite des gestes invasifs. Elle permet de montrer dans cette étude l’effet positif de l’omalizumab qui, par son action de liaison aux IgE circulantes, diminue la fixation des IgE sur leurs récepteurs, et entraîne une diminution de l’infiltration inflammatoire, comme l’indique la baisse associée des éosinophiles dans les voies aériennes. Cette baisse de l’inflammation s’oppose au remodelage bronchique et diminue l’épaisseur de la paroi, ce qui est crucial dans l’approche thérapeutique de la maladie asthmatique.

Cette étude a plusieurs limitations : le nombre de patients inclus est faible, il s’agit d’une étude ouverte sans bras placebo, et le calibre d’une seule bronche a été évalué sur le scanner. Des études complémentaires plus larges et plus structurées sont nécessaires pour confirmer les données de cette étude et le rôle de l’omalizumab dans les modifications structurelles de la paroi des voies aériennes.