DA de l’adulte, une histoire alimentaire ?

lundi 5 mai 2014 par Dr Alain Thillay729 visites

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DA de l’adulte, une histoire alimentaire ?

DA de l’adulte, une histoire alimentaire ?

lundi 5 mai 2014, par Dr Alain Thillay

Profil de l’IgE réactivité aux trophallergènes chez l’adulte en relation avec la sévérité de la dermatite atopique. : Heike Röckmann1*, Maartje J van Geel12, Andre C Knulst1, Jorike Huiskes1, Carla AFM Bruijnzeel-Koomen1 and Marjolein S de Bruin-Weller1

1 Department of Dermatology/Allergology, University Medical Center Utrecht, Heidelberglaan 100, G 02.124, 3584 Utrecht, CX, The Netherlands
2 Currently at Department of Dermatology, Radboud University Nijmegen Medical Center, Nijmegen, The Netherlands

dans Clinical and Translational Allergy 2014, 4:9 doi:10.1186/2045-7022-4-9

- Contexte :

  • Peu de données sont disponibles sur la fréquence de l’IgE-réactivité alimentaire et l’allergie alimentaire (AA) chez les adultes atteints de dermatite atopique (DA).

- Objectif :

  • Nous avons étudié le modèle d’IgE-réactivité alimentaire d’adultes atteints de DA, à l’aide d’un multiplex microarray chip system allergénique, en relation avec la sévérité de la DA.

- Méthodes :

  • 211 patients adultes (seize ans minimum) ont été recrutés de façon non sélective entre janvier 2010 et juillet 2011 pour évaluation de la DA.
  • La gravité de la DA a été déterminée par l’intensité thérapeutique (local contre systémique), le score cutané SASSAD et les niveaux de sTARC (mesure des chémokines).
  • Le taux des IgE spécifiques ont été mesurés par ImmunoCAP ISAC microarray ®.
  • L’allergie alimentaire était définie par une l’histoire convaincante confirmée par un médecin et l’IgE réactivité à l’allergène correspondant.

- Résultats :

  • L’IgE réactivité alimentaire a été trouvée chez 74,4 % des patients atteints de DA, 54 % avaient des antécédents d’allergie alimentaire et 20,4 % d’IgE réactivité asymptomatique.
  • Il n’y avait aucune association entre la sévérité de la DA et la fréquence de l’IgE réactivité symptomatique ou non.
  • L’IgE réactivité vis-à-vis des aliments de type PR- 10 était la plus fréquente (63,5 %) et était indépendante de la gravité de la DA.
  • De fait, le syndrome pollen-aliment était le plus représenté des allergies alimentaires et était également indépendante de la gravité de la DA.
  • De tous les trophallergènes d’origine végétale seule l’IgE réactivité à nAra h 1
    était significativement plus fréquente chez les patients atteints de dermatite atopique sévère.
  • Dans l’ensemble du groupe, 75 patients (35,5 %), tous atteints de DA bien sûr, avaient une IgE réactivité à un trophallergène animal.
  • Le pourcentage était significativement plus élevé chez les patients atteints de DA sévère (51,4 %) par rapport aux patients atteints de dermatite atopique légère ou modérée (27,7 %).
  • L’IgE réactivité aux allergènes du lait de vache, en particulier à nBos d LF (lactoferrine), était plus fréquente chez les patients atteints de DA sévère.

- Conclusion :

  • La dermatite atopique est fréquemment associée à une IgE réactivité alimentaire.
  • Le pourcentage d’IgE réactivité à l’encontre des trophallergènes était significativement plus élevé chez les patients de dermatite atopique grave.

Cette étude rétrospective néerlandaise aborde un sujet très important. Il s’agit de la dermatite atopique de l’adulte. L’angle d’attaque consistait à évaluer le profil de l’IgE réactivité aux trophallergènes au moyen de la puce ISAC. Indirectement, cette étude interpelle sur le rôle de l’allergie alimentaire primum movens de la dermatite atopique ou conséquence de celle-ci.

Dans l’échantillon sélectionné, on note 138 patientes soit 65%, 49,8% d’asthmatiques, 65% présentant une rhinite allergique pollinique (arbres et graminées) et 55% une rhinite allergique au chat ou au chien.

Par contre, l’IgE réactivité à l’encontre des acariens domestiques n’est pas rapportée, ce qui paraît bien étrange car celle-ci représente un bon marqueur de comorbidité de la DA.

A noter que plus la dermatite devient sévère plus le sexe masculin est représenté, ainsi dans la DA légère à modérée, il est relevé 72,3% de femmes alors que dans la DA sévère elles ne représentent plus que 51%.

Il faut retenir de ce travail que 74,4% des patients atteints de DA présentent une IgE réactivité alimentaire, sur ce total seuls 20,4% sont symptomatiques.

Autre aspect dans ce travail, c’est la mesure des IgE totales sériques, la différence est considérable entre les deux groupes, médiane à 694 kU/L pour le groupe de la DA légère à modérée et médiane à 5000 kU/L pour la DA sévère. Etant donné qu’il n’y a pas de différence entre les niveaux d’IgE spécifiques des aéroallergènes et des trophallergènes dans les deux groupes, l’augmentation importante des IgE totales ne peut être expliquée par l’IgE réactivité spécifique.

La majorité des études sur la prévalence de l’IgE réactivité alimentaire ne concerne que des enfants atteints de DA et malheureusement la plupart ne prennent pas en compte le degré de sévérité. La comparaison à ces études est donc difficile pour ne pas dire dénuée de sens, il s’agit d’enfants sans prise en compte de la notion de sévérité.

Dans l’étude qui nous intéresse, il est à remarquer que l’essentiel des IgE réactivités alimentaires est dû à PR-10, 63,5%, quel que soit le degré de sévérité de la DA. Etant donné, le nombre important de protéines Bet v 1-like, ce résultat n’est pas étonnant et correspond sans doute à la réactivité de toutes ces protéines homologues constatée chez l’ensemble des patients souffrant d’une allergie IgE dépendante.

Ce qui semble faire la différence, c’est l’IgE réactivité vis-à-vis de nAra h 1 et des protéines de lait de vache et particulièrement nBos d LF qui est plus importante dans le groupe de la dermatite atopique sévère.

Quelques éléments critiques pour cette étude.

Première, il s’agit d’une étude rétrospective avec son risque de perte de données et de surestimation de la fréquence de l’allergie alimentaire.

Deuxièmement, le diagnostic de l’AA n’est pas fondé sur un test de provocation orale en double aveugle contre placebo mais par le relevé du médecin dans le cadre d’un simple interrogatoire.

Troisièmement, le recrutement s’est fait parmi des patients venant en consultation externe dans un service de dermato-allergologie, là aussi il peut y avoir un certain degré de biais de recrutement.

Quatrièmement, une autre source de limitation des données est celle de la différence de sensibilité et de spécificité de la puce ISAC comparativement à l’ImmunoCAP classique et tout cela allergène par allergène.

Enfin, les résultats peuvent être influencés par des facteurs géographiques comme l’exposition aux pollens et les habitudes alimentaires.

En conclusion, à la lecture de ce travail sur la DA de l’adulte, la suggestion est grande de penser que la sévérité est plus liée à une augmentation de l’inflammation IgE dépendante par des mécanismes complexes d’auto-entretien plus qu’à l’allergie alimentaire comme en témoigne l’augmentation très importante non spécifique des IgE totales sériques.

Ainsi, l’allergie alimentaire dans la DA serait plus un marqueur de sévérité que la cause même de cette sévérité.