Céramides et Mutations de la filaggrine dans la dermatite atopique

mercredi 14 juillet 2010 par Dr Farid Marmouz2058 visites

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Céramides et Mutations de la filaggrine dans la dermatite atopique

Céramides et Mutations de la filaggrine dans la dermatite atopique

mercredi 14 juillet 2010, par Dr Farid Marmouz

Jusqu’à présent aucune étude, n’a porté à la fois sur les lipides de la couche cornée et l’analyse d’autres paramètres concernant la barrière cutanée chez les sujets de génotypes FLG connu. C’est l’objectif de cette étude allemande dont les résultats viennent enrichir nos connaissances sur la pathogénèse de la dermatite atopique.

Lipides de la couche cornée, fonction barrière de la peau et mutations de la filaggrine chez les patients présentant un eczéma atopique. : J. M. Jungersted 1 , H. Scheer 2 , M. Mempel 2 , H. Baurecht 2 , L. Cifuentes 2 , J. K. Høgh 3 , L. I. Hellgren 3 , G. B. E. Jemec 1 , T. Agner 4* & S. Weidinger 2,5*

1 Department of Dermatology, Roskilde Hospital, University of Copenhagen, Roskilde, Denmark ; 2 Department of Dermatology and Allergy, Technical University Munich, Munich, Germany ; 3 Department of System Biology and Centre for Advanced Food Science, Technical University of Denmark ; 4 Department of Dermatology, Bispebjerg Hospital, University of Copenhagen, Copenhagen, Denmark ; 5 Division of Environmental Dermatology and Allergy, Helmolz Zentrum München, Germany

dans Allergy
Volume 65 Issue 7, Pages 911 - 918

- Contexte

  • Bien avant la découverte des mutations de la filaggrine (FLG), la preuve de l’altération de la barrière cutanée dans la dermatite atopique (DA) était déjà établie.
  • Des changements dans le profil des céramides, la modification du pH de la peau et l’augmentation de la perte d’eau trans-épidermique ont été décris chez les patients présentant une DA.
  • Jusqu’à présent, aucune étude n’a porté à la fois sur les lipides de la couche cornée (CC) et l’analyse d’autres paramètres de la barrière cutanée, chez les sujets de génotype FLG connu.

- Méthodes

  • Cette étude porte sur 49 sujets allemands dont le génotype correspond aux mutations les plus courantes FLG (R501X, 2282del4).
  • Les investigateurs ont prélevé des échantillons de la couche cornée afin d’en analyser les lipides par chromatographie sur couche mince.
  • En outre, la perte d’eau trans-épidermique, l’érythème, l’hydratation cutanée et le pH ont été évalués.
  • 27 sur 49 personnes ont été testées avec un patch-irritation au sodium lauryl sulfate (SLS) sur 24H.
  • Les deux groupes, c’est à dire le groupe dermatite atopique et le groupe témoin ont été examinés selon les critères de mutation FLG.

- Résultats

  • Dans le groupe FLGmut DA, il a été observé des taux nettement inférieurs de céramide 4 et des taux significativement plus élevés de céramide 7 par rapport à ceux du groupe témoin en bonne santé.
  • De plus des différences significatives du taux de céramide 7 ont été observés entre le groupe FLGwt DA et le groupe contrôle.
  • Il en est de même pour le taux de céramide 1.
  • Aucune différence significative n’a été constatée pour les céramides 2, 3, 5 et 6.
  • Le pH de la peau est plus élevé chez les sujets FLGmut que chez les individus non FLGmut.
  • Les patients atteints de dermatite atopique avec mutations FLG ont présenté un érythème significativement plus étendu que les patients atteints de DA sans mutations FLG.

- Conclusion

  • A l’instar des observations antérieures, nos résultats confirment la modification des taux de céramide dans la Dermatite Atopique.
  • Cependant il n’a pas été démontré de relation précise avec les mutations FLG.

Filaggrine : La filaggrine est une protéine contenue dans les kératinocytes de la couche granuleuse qui permet l’arrangement des filaments de kératine et participe à la formation de l’enveloppe cellulaire de la couche cornée.

Le gène de cette protéine appartient au complexe de différenciation épidermique du chromosome 1q21.

Ainsi, deux mutations de la filaggrine (R501X et 2228del4) ont été mises en évidence dans l’ichtyose vulgaire, maladie récessive due à un trouble de la différenciation épidermique.

Ces mutations ont été par la suite retrouvées dans la dermatite atopique (DA) et l’asthme. La présence d’une filaggrine mutée serait un facteur de risque pour la persistance de la DA à l’âge adulte.

De nombreuses études confirment l’importance de la mutation de la filaggrine dans la pathogenèse de la DA et laissent supposer le rôle d’autres mutations de celle-ci ou d’autres gènes appartenant au complexe de différenciation épidermique.

Céramides : Une céramide est formée par l’association d’une sphingosine et d’un acide gras (dans ce modèle, l’acide stéarique).

La liaison est ici une fonction amide et non ester comme dans les glycérides ou les phospholipides. La liaison d’une céramide avec une phosphorylcholine est à l’origine d’une sphingomyéline.

La place des céramides de la couche cornée a pris dans la physio pathologie de la peau sèche chez les patients atteins de DA une grande importance. Cependant, la fonction barrière de la couche cornée dépend de son architecture globale et non d’un seul composant.

Ainsi dans cette étude Allemande, les investigateurs confirment la modification du taux de céramides dans la dermatite atopique.

En résumé, ces données bouleversent nos connaissances pathogéniques sur la DA, maladie que l’on a considéré jusqu’à présent comme étant une perturbation du système immunitaire.

L’atteinte de la barrière cutanée dans la DA semble fondamentale et laisse ouverte la porte à de nouveaux traitements agissant à ce niveau.