En matière de corticoïdes dans l’anaphylaxie, Cochrane ne tient pas le choc !

mercredi 20 octobre 2010 par Dr Philippe Carré989 visites

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En matière de corticoïdes dans l’anaphylaxie, Cochrane ne tient pas le choc !

En matière de corticoïdes dans l’anaphylaxie, Cochrane ne tient pas le choc !

mercredi 20 octobre 2010, par Dr Philippe Carré

Glucocorticoïdes pour le traitement de l’anaphylaxie : revue systématique Cochrane. : Choo, K. J. L.1 ; Simons, E.2 ; Sheikh, A.1

1 : Allergy & Respiratory Research Group, Centre for Population Health Sciences, The University of Edinburgh, Edinburgh, UK 2 : Department of Pediatrics & Child Health ; Department of Immunology, Faculty of Medicine, University of Manitoba, Winnipeg, MB, Canada

dans Allergy, Volume 65, Number 10, October 2010 , pp. 1205-1211(7)

- Contexte :

  • L’anaphylaxie est une réaction grave d’hypersensibilité qui a un début rapide et peut entraîner le décès
  • Un certain nombre de recommandations conseillent l’utilisation des glucocorticoïdes pour le traitement des patients présentant une anaphylaxie.

- Objectif :

  • Evaluer les bénéfices et les désavantages du traitement glucocorticoïde pendant les épisodes d’anaphylaxie.

- Méthodes :

  • Les auteurs ont étudié le registre central Cochrane des essais contrôlés (Librairie Cochrane 2009, numéro 3), Medline (Ovid) (1966 à septembre 2009), Embase (Ovid) (1988 à septembre 2009), Cinahl (EBSCO) (jusqu’à septembre 2009) et l’index de citation des sciences (SCI-expanded) (1945 à septembre 2009)
  • Ils ont aussi analysé le registre de recherche national du Royaume-Uni et les sites web listant les essais en cours, et contacté les experts internationaux en anaphylaxie dans le but de rechercher des données non publiées
  • Ils ont inclus les essais contrôlés randomisés et quasi-randomisés comparant les glucocorticoïdes avec n’importe quel contrôle (que ce soit un placebo, de l’épinéphrine, un anti-histaminique, ou n’importe quelle combinaison d’entre eux)
  • Deux auteurs indépendants ont revu tous les articles avant l’inclusion.

- Résultat :

  • Aucun des 2496 rapports identifiés n’a répondu aux critères d’inclusion.

- Conclusions :

  • Les auteurs concluent qu’il n’y a pas de critère évident, à partir des études de haute performance, pour l’utilisation des stéroïdes dans le traitement d’urgence de l’anaphylaxie
  • En conséquence, ils ne peuvent ni soutenir ni réfuter l’utilisation de ces médicaments dans cette indication.

Les auteurs ont étudié toutes les publications concernant l’utilisation des corticoïdes dans le traitement de l’anaphylaxie, jusqu’en septembre 2009, suivant les critères méthodologiques des revues Cochrane ; sur les 2496 rapports, 2478 ont été éliminés en raison du titre ou d’un doublon ; aucun des 18 abstracts restants ne remplissait les critères d’inclusion ; aucune étude potentielle n’a été trouvée par l’analyse des sites web, ou après contact avec les experts de l’anaphylaxie, y compris pour d’éventuelles études non publiées.

Bien que l’adrénaline reste le principal traitement de l’anaphylaxie, les corticoïdes sont souvent donnés après la période initiale de récupération, et dans des études rétrospectives multicentriques réalisées dans des départements d’urgence, les corticoïdes sont plus fréquemment prescrits que l’adrénaline.

Il n’y a aucune certitude que les corticoïdes puissent prévenir ou améliorer la phase biphasique ou tardive de l’anaphylaxie ; les arguments en faveur reposent sur des études rétrospectives ou des cas rapportés ; d’où l’intérêt d’une étude exhaustive de la littérature.

Cette revue détaillée n’a identifié aucun critère évident en faveur des corticoïdes dans l’anaphylaxie ; bien qu’il y ait aussi peu d’argument pour leur rôle délétère dans cette situation d’urgence, ils sont souvent utilisés de façon inappropriée comme traitement de première ligne de l’anaphylaxie, faisant perdre ainsi aux patients la chance d’une amélioration plus rapide, voire d’une issue favorable, par le retard dans l’utilisation de l’adrénaline.

Les auteurs concluent que les recommandations sur la prise en charge de l’anaphylaxie devraient être plus explicites quant à l’utilisation des corticoïdes, et que des éléments plus robustes devraient être mis en évidence en faveur de leur utilisation ; des essais contrôlés dans les services d’urgence posent bien sûr beaucoup de difficultés compte tenu de la gravité des symptômes, mais des études expérimentales pourraient être envisagées.