Doit-on piquer les anaphylactiques ?!

mardi 8 septembre 2009 par Dr Alain Thillay915 visites

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Doit-on piquer les anaphylactiques ?!

Doit-on piquer les anaphylactiques ?!

mardi 8 septembre 2009, par Dr Alain Thillay

Cette étude américano-canadienne présente l’originalité de s’intéresser aux patients ayant survécu à une anaphylaxie. Que connaissaient-ils de la réaction anaphylactique ? Que connaissaient-ils du risque encouru ? Quid du recours à l’auto-injecteur d’adrénaline ? Vraiment démonstratif, à lire absolument !

Anaphylaxie dans la population : ce que nous apprennent les survivants. : F. Estelle R. Simons, MD, FRCPC, FAAAAIaCorresponding Author Informationemail address, Sunday Clark, MPH, ScDb, Carlos A. Camargo Jr., MD, DrPH, FAAAA

a Departments of Pediatrics & Child Health and Immunology, CIHR National Training Program in Allergy and Asthma, Faculty of Medicine, University of Manit
b Department of Medicine, University of Pittsburgh Medical Center, Pittsburgh, Pa
c Department of Emergency Medicine and the Division of Rheumatology, Allergy, and Immunology, Department of Medicine, Massachusetts General Hospital, Harvard Medical School, Boston, Mass

dans JACI Volume 124, Issue 2, Pages 301-306 (August 2009)

- Contexte :

  • La plupart des études de population sur l’anaphylaxie sont axées sur les personnes à risque qui ont pu ou pas, connaître des réactions anaphylactiques.

- Objectif :

  • Nous avons cherché à nous concentrer sur les survivants de l’anaphylaxie dans la population et de leurs expériences dans l’utilisation ou non d’un auto-injecteur d’adrénaline en urgence.

- Méthodes :

  • Une enquête par courriel a été réalisée.
  • Les réponses étaient anonymes et sans traçabilité afin de ne pas permettre d’identifier les sujets.
  • L’anaphylaxie était définie comme la réaction allergique la plus grave d’apparition brutale jamais connue des participants ou d’une personne dont ils étaient responsables (c’est à dire un enfant).
  • Il y avait 17 questions à choix multiple pour tous les participants avec 16 questions supplémentaires pour les utilisateurs qui ont injecté l’adrénaline soit eux-mêmes ou soit par une autre personne et une question supplémentaire pour les non-utilisateurs.

- Résultats :

  • Des 1885 participants, 500 (27 %) avaient recours à l’adrénaline et 1385 (73 %) étaient non-utilisateurs.
  • Les groupes étaient similaires pour ce qui concerne l’implication de plusieurs organes (82% vs 78%, P = 0,07) et de nombreux autres aspects de l’anaphylaxie ; toutefois, les utilisateurs d’adrénaline étaient plus susceptibles (p < 0,05) de présenter des symptômes respiratoires ou un chocs ; d’avoir une allergie à l’arachide, au poisson ou aux venins d’hyménoptères ; d’être asthmatique et d’avoir pris des médicaments de l’asthme ou d’avoir reçu une prescription pour ces médicaments le jour de l’épisode.
  • Les utilisateurs d’adrénaline ont signalé des problèmes décisionnels pour pratiquer l’injection, la répéter et/ou aller dans un service d’urgence.
  • Les non-utilisateurs ont déclaré ne pas avoir injecté l’adrénaline pour diverses raisons, notamment l’utilisation d’un antihistaminique H1 (38%), l’absence prescription d’adrénaline (28%) et/ou un épisode anaphylactique modéré (13 %).

- Conclusions :

  • Dans une population composée de 1885 survivants de l’anaphylaxie, le nombre des utilisateurs d’auto-injecteur d’adrénaline en premier recours était surpassé par celui des non-utilisateurs.
  • Les connaissances déclarées par les utilisateurs d’adrénaline et les raisons pour lesquelles les non-utilisateurs n’ont pas injecté l’adrénaline sont documentées.

Cette étude américano-canadienne s’intéresse aux survivants d’une réaction anaphylactique particulièrement pour ce qui concerne le recours à l’auto-injecteur d’adrénaline.

Il s’agit d’une étude de questionnaire regroupant 1885 individus.

Parmi eux, près d’un tiers a eu recours à l’adrénaline en urgence alors que 73% n’ont pas utilisé l’auto-injecteur.

Les risques anaphylactiques encourus dans les deux groupes ont été analysés.

Ainsi, ceux qui ont pratiqué l’auto-injection d’adrénaline avaient plus de risque de souffrir d’une attaque d’asthme et/ou de subir un choc anaphylactique, d’être allergique à l’arachide, au poisson ou aux venins d’hyménoptères et d’être asthmatiques.

Malgré ces connaissances, les utilisateurs d’adrénaline se sont tout de même posé des questions avant de pratiquer l’injection.

Les individus non-utilisateurs ont invoqué les raisons suivantes : recours en première instance à un anti-H1, mais aussi l’absence de prescription de l’adrénaline et un risque de réaction anaphylactique modérée.

En quoi ces résultats interpellent l’Allergologue de terrain ?

Premièrement, il semble que les sujets en question possèdent des connaissances assez pertinentes de la réaction anaphylactique, ils ont donc bien été informés.

Effectivement, le fait d’avoir déjà subi un véritable choc anaphylactique et/ou d’être asthmatique représente un risque accru de réaction anaphylactique sévère d’autant si compliquée d’un asthme, ce qui est le cas souvent chez l’enfant allergique alimentaire.

Deuxièmement, les utilisateurs d’adrénaline, malgré ce qui semble être un bon niveau de connaissance de la réaction anaphylactique, rencontre tout de même des problèmes décisionnels.

Enfin troisièmement, certains non-utilisateurs d’adrénaline ont recours en premier intention aux anti-histaminiques H1.

Ainsi donc, ce travail suggère que seulement 30% des sujets ont reçu une bonne information mais qu’il reste encore du travail pour dédramatiser l’utilisation de l’adrénaline auto-injectable.

L’Allergologue doit être clair dans ses explications et n’hésitera pas à remettre un plan écrit.

Attention au message délivré par le médecin généraliste, et, c’est triste de le dire, qui, bien souvent, a peur d’avoir recours lui-même à l’adrénaline, et qui dissuadera par un discours de crainte, le sujet d’utiliser ce traitement d’urgence.

Dans la même veine, nombreux sont les non-utilisateurs d’adrénaline qui n’ont pas eu de prescription ou celle d’antihistaminique.

Nous le constatons, il reste encore un gros travail de communication vers le patient mais aussi vers le médecin généraliste.

Il vaut mieux une injection d’adrénaline de trop que de moins.