Choc anaphylactique : pas la peine de garder le patient en surveillance.

mardi 13 mai 2014 par Dr Stéphane Guez1852 visites

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Choc anaphylactique : pas la peine de garder le patient en surveillance.

Choc anaphylactique : pas la peine de garder le patient en surveillance.

mardi 13 mai 2014, par Dr Stéphane Guez

Réactions anaphylactiques biphasiques : fréquence et mortalité. : Rohacek M, Edenhofer H, Bircher A , Bingisser R. Biphasic anaphylactic reactions : occurrence and mortality.

dans Allergy 2014 ; 69 : 791–797.

- Introduction :

  • Un monitoring jusqu’à la résolution totale d’une réaction anaphylactique est recommandé.
  • L’objectif de cette étude a été de définir :
    • la fréquence des réactions biphasiques anaphylactiques,
    • les réactions biphasiques cliniquement sévères,
  • le nombre de transferts en unité de soins intensifs du fait de l’anaphylaxie
    • et le nombre de décès dans les 10 jours qui ont suivi une admission dans un département d’urgences.

- Matériel et Méthode :

  • Les données cliniques des patients adressés en soins intensifs dans un hôpital de soins de niveau 3 ont été analysées de façon rétrospective.
  • Les données hospitalières, un contact direct avec les patients et les soignants, et des données par internet, ont été utilisées pour établir la fréquence de mortalité.

- Résultats :

  • Sur 259557 admissions entre février 2001 et août 2013,
    • 1334 (0.51%) réactions allergiques ont été diagnostiquées
    • et 532 (0.20%) chez 495 patients répondaient à la définition d’une réaction anaphylactique.
  • Sur 227 réactions (44.8%), le temps d’hospitalisation a été > ou = à 8h (médiane 22h, IQR : 16 – 24).
  • Il y a eu 507 épisodes uniques et 25 (4.5%) réactions anaphylactiques biphasiques.
    • 12 (2.3%) étaient cliniquement importantes,
    • dont 2 (0.36%) qui sont survenues lors de la phase d’hospitalisation,
    • et l’une d’elle a nécessité un transfert en unité de soins intensifs pour choc.
  • Aucun facteur de risque de réaction biphasique n’a pu être mis en évidence.
  • 8 patients ont été perdus de vu.
  • Il n’y a eu aucun décès lors des 10 jours de suivi.

- Conclusion :

  • Les réactions anaphylactiques biphasiques, et en particulier celles qui sont cliniquement importantes, sont rares et aucune mortalité n’a été mise en évidence, que la surveillance soit de plus de 8h ou de moins de 8h.
  • Cette étude peut conduire les praticiens à laisser partir les patients une fois l’épisode anaphylactique rentré dans l’ordre, et peut dispenser d’une surveillance de principe prolongée.

Dans ce travail rétrospectif, les auteurs démontrent que l’éventualité d’un choc anaphylactique biphasique est très faible. Aucune réaction léthale n’a été notée, et seulement 1 patient sur 1334 a du être transféré en soins intensifs. Il n’est donc pas nécessaire de garder un patient une fois résolu le choc anaphylactique.

Cette étude est très importante car il y avait beaucoup de discussions sur la nécessité ou non de surveiller pendant 24h les patients entrés pour un choc anaphylactique. Ce travail qui regroupe suffisamment de cas pour produire des résultats convaincants démontre que le choc biphasique est très rare Il n’y a aucun signe permettant de reconnaître le patient à risque.

Donc pour les auteurs, une fois les signes cliniques disparus il n’y a pas de raison de garder tous les patients en hospitalisation : non rentable.

D’autant que le second choc n’est pas cliniquement sévère. Ce qui est une bonne nouvelle pour les finances hospitalières, et qui sera aussi très satisfaisant pour les patients qui souvent sortaient des urgences contre avis médical car ne comprenant pas les raisons d’une prolongation de la surveillance.