L’Ambroisie 2008, de la connaissance à l’action. - 21 novembre 2008 - AIX LES BAINS (France)

lundi 5 janvier 2009 par Valérie Meremans2269 visites

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L’Ambroisie 2008, de la connaissance à l’action. - 21 novembre 2008 - AIX LES BAINS (France)

L’Ambroisie 2008, de la connaissance à l’action. - 21 novembre 2008 - AIX LES BAINS (France)

lundi 5 janvier 2009, par Valérie Meremans

L’ambroisie, plante invasive présente en France mais aussi en Europe, s’impose comme un enjeu de santé publique.

Afin d’échanger sur les problèmes d’invasion de la plante et les moyens d’actions, le Ministère chargé de la santé, avec des partenaires impliqués dans la problématique, ont organisé un colloque Européen le vendredi 21 novembre 2008 à Aix les Bains qui a réuni prés de 200 participants.

I. Que savoir sur l’ambroisie ? biologie, écologie du plant, de son pollen et de sa semence.

• Bruno CHAUVEL (INRA ) • Bernard CLOT (Météo Suisse) • Michel THIBAUDON (RNSA)

L’ambroisie à feuilles d’armoise (ou Ambrosia Artemisiifolia Linné) est une plante invasive de la famille des astéracées. C’est donc une « mauvaise herbe » appartenant à la même famille que la pâquerette, le chardon et le tournesol. Elle est originaire des Etats-Unis et aurait été introduite en Europe dans des semences pour la culture ou mélangées à des graines de tournesol pour … nourrir les oiseaux.

C’est une adventice annuelle. C’est-à-dire que le plant ne vit qu’une année et que sa reproduction passe nécessairement par la production de semences. La plante, monoïque, porte les fleurs mâles et femelles séparées sur le même pied. Le pollen émis est anémophile, c’est-à-dire qu’il se déplace à l’aide du vent.

Les pollens émis par la plante pour assurer la fécondation sont très volatils, un seul plant peut libérer plusieurs millions de grains de pollen se déplaçant sur de grandes distances. La libération se fait principalement entre la fin du mois de juillet et fin octobre.

Les semences sont par contre assez lourdes et volumineuses (entre 2 et 5 mg). La dispersion naturelle ne peut se faire que sur de faibles distances ou via flottaison (sur les fleuves ou via le ruissellement sur les voies routières). Ces graines ne se déplacent donc que suite à des interventions humaines (déplacement de terres lors de travaux, graines pour oiseaux,…). La durée de survie d’une graine peut atteindre 8 ans.

Une fois installée dans une région, l’ambroisie va coloniser les zones en jachère et friches, dépourvues d’autres végétaux tels les cultures, les longs de voies fluviales, ferrées, routières et les chantiers.

L’ambroisie n’est pas une plante difficile en terme de conditions de culture, seul le froid semble être un facteur limitant.

Certaines zones géographiques sont fortement touchées comme la région lyonnaise.
Il devient alors difficile d’éliminer ces plantes qui se développent facilement dans des terrains vagues, sur les chantiers, dans les cultures, le long des berges de fleuves, le long de voies de chemin de fer, et même dans les jardins et terrains privés.

Il est important d’intervenir rapidement dans des zones dont la contamination est récente. Une politique concertée de traitement ou d’arrachage peut alors être efficace et moins coûteuse si elle est débutée tôt.

Dans les régions où elle est implantée, l’ambroisie peut provoquer des sensibilisations et des symptômes d’allergie. La sensibilisation apparaît après un certain nombre d’année de « fréquentation », elle ne se ferait que dans des régions assez fortement contaminées. Néanmoins, à partir du moment où une personne est sensibilisée, elle peut réagir à des quantités faibles de pollens dans une zone moins contaminée ou même via des pollens apportés par les courants de vent.

L’observation de la quantité de pollen présente dans l’air est effectuée par le Réseau National de Surveillance Aérobiologique (RNSA-www.pollens.fr) et diffusée via de nombreux média. En cas de notification de la présence de pollen d’ambroisie, les personnes allergiques à celui-ci peuvent moduler leurs déplacements ou prévoir un traitement pré-symptomatique.

La contamination d’une zone géographique par l’ambroisie est donc un phénomène multifactoriel pour laquelle l’homme est le vecteur principal.

Il est absolument nécessaire d’intervenir de manière concertée, y compris dans les zones peu contaminées pour réduire son impact sur la santé qui peut se révéler très important dans les zones fortement contaminées.

II. L’ambroisie : Aspect sanitaire : ses conséquences (allergies) "Aspects médicaux de l’exposition au pollen d’ambroisie"

• Docteur GIRODET (Allergologue)

Dans une population fortement exposée à l’ambroisie, on peut constater l’apparition de symptômes allergiques chez plus de 10% des personnes. Les symptômes sont essentiellement des rhinites et des conjonctivites. Il peut y avoir des signes d’asthme et même des symptômes cutanés en cas de contact. Des signes d’asthénie et d’insomnies s’ajoutent fréquemment à ces symptômes classiques.

Des complications infectieuses automnales, sinusites et bronchites sont très fréquentes.

Des allergies alimentaires croisées peuvent également être observées. L’ambroisie contient des protéines proches de l’armoise, du tournesol, du céleri, de la banane et du melon.

L’allergie à l’ambroisie sera recherchée si les symptômes coïncident avec la période de pollinisation de l’ambroisie. Avec un maximum d’intensité en septembre, les symptômes pourront être corrélés avec l’exposition (présence de plants dans la région ou mouvements aériens ayant permis la migration de pollen sur des distances parfois élevées). Le diagnostic sera effectué par test cutané et éventuellement par dosage d’IgE spécifiques.

Les traitements symptomatiques se feront préférentiellement par voie locale (voie nasale, oculaire ou bronchique selon les traitements) : cromones, antihistaminiques, corticoïdes, broncho-dilatateurs. Des antihistaminiques ou des corticoïdes pourront être donnés par voie générale tout en évitant les formes retard injectables pour ces derniers.

La désensibilisation, ou immunothérapie spécifique peut être utilement proposée pour prévenir l’apparition de nouvelles allergies ainsi que l’aggravation des symptômes. L’immunothérapie spécifique, le plus fréquemment sous forme sub-linguale, est bien tolérée et peut être associée avec des traitements symptomatiques. Le but de la première année de traitement consiste à rendre l’efficacité aux anti-histaminiques, d’éviter l’évolution de la rhinite vers l’asthme puis de diminuer les symptômes les années suivantes, la guérison pouvant intervenir après 3 à 5 saisons. C’est le seul traitement capable de modifier l’histoire naturelle de l’allergie.

III. La lutte contre l’extension de l’ambroisie et les aspects réglementaires

• Caroline PAUL (Ministère de la Santé) • Pierre EHRET (Ministère de l’Agriculture)-aspects phytosanitaires :

Il n’existe pas encore de législation nationale ou européenne spécifique pouvant s’appliquer à la problématique de l’ambroisie.

Même si ce point peut découler de certains textes :

  • OMS : la question des pollinoses a été évoquée dans le cadre du plan CEHAPE (Children, Environmental Health Action for Europe) et du RGP3 (Regional Priority Goal) sur les maladies respiratoires dues aux facteurs de pollution de l’air intérieur et extérieur, notamment en ce qui concerne le rapport possible entre pollinoses et asthme
  • PESE : Pas d’indication claire concernant les pollinoses dans le cadre du plan européen santé-environnement (mais priorité sur la qualité de l’air et la prévention des maladies respiratoires).
  • PNSE : En France, l’action n° 27 du PNSE intitulée « €Améliorer l’information sur la prévention de l’asthme et des allergies€ » intègre bien la question des pollinoses et notamment la nécessité de renforcer la surveillance aérobiologique.

Il faut donc s’appuyer sur des textes généraux provenant du Code de la santé publique (CSP), du Code général des collectivités territoriales (CGCT) et du Code de l’environnement (CE).

  • Article L1311-1 du Code de la santé publique qui évoque la salubrité des milieux de vie ainsi qu’à la pollution atmosphérique.
  • Article L2212-1 et 2 du Code général des collectivités territoriales qui évoquent la responsabilité des maires et le contrôle par la police des mesures relatives à la salubrité.
  • Article L220-1 du code de l’Environnement précise les responsabilités respectives des représentant politiques pour que chacun puisse respirer un air qui ne nuise pas à sa santé. Cette action d’intérêt général consiste à prévenir, à surveiller, à réduire ou à supprimer les pollutions atmosphériques, à préserver la qualité de l’air et, à ces fins, à économiser et à utiliser rationnellement l’énergie.
  • Article L220-2 du code de l’Environnement qui définit la pollution atmosphérique. Constitue une pollution atmosphérique au sens du présent titre l’introduction par l’homme, directement ou indirectement, dans l’atmosphère et les espaces clos, de substances ayant des conséquences préjudiciables de nature à mettre en danger la santé humaine, à nuire aux ressources biologiques et aux écosystèmes, à influer sur les changements climatiques, à détériorer les biens matériels, à provoquer des nuisances olfactives excessives.

La gestion des pollinoses n’est pas intégrée clairement dans les plans européens, de l’OMS ou de L’Union Européenne. Elle fait partie et constitue une priorité du PNSE Français. Elle sera spécifiquement inscrite dans le plan « santé –transport » (Grenelle).

Au niveau local, il existe des mesures réglementaires dans certains départements néanmoins, un manque de coordination en minimise l’efficacité.

Au niveau national, des plans d’actions devraient être définis pour, par exemple, imposer une réglementation spécifique, interdire la présence de graines d’ambroisie dans les mélanges de nourriture pour oiseaux, coordonner et renforcer la communication. Une coordination européenne serait également nécessaire car la problématique dépasse le cadre national.

Il existe un règlement phytosanitaire dans le cadre de la protection des végétaux en France. Celui-ci a été complété en 2005 par un volet relatif aux plantes exotiques envahissantes. L’ambroisie est néanmoins déjà trop répandue pour faire l’objet de quarantaine (la Pologne a néanmoins introduit une demande dans ce sens).

L’Organisation Européenne et méditerranéenne de Protection des Plantes (OEPP) propose une norme pour un "système de lutte nationale réglementaire (PM9)" appliqué à l’ambroisie. Cette norme, adoptée par les pays membres en septembre 2008, incite à la mise en place de surveillances, de campagnes de communication et des procédures de lutte contre l’ambroisie, à l’échelon national. Elle est décrite sur le site : http://www.eppo.org/STANDARDS/stand...

La législation quand aux produits phytosanitaires pouvant être utilisés peut être consultée sur le site : http://e-phy.agriculture.gouv.fr/

IV actions spécifiques selon le secteur :

• Didier CHOLLET (CETIOM)
• Étienne CUENOT (APPR)
• Francis LLORET (Ville de Romans sur Isère)
• Jean-Luc DA PASSANO (Conseil Général du Rhône)

Les mesures à prendre seront différentes selon le degré de contamination et le support concerné. Les terrains agricoles seront traités selon le type et le rythme des cultures. La lutte peut être chimique, sélective ou non. Des méthodes mécaniques tels les faux semis (avec une levée précoce), la herse étrille ou le binage peuvent aussi être utilisés. Le déchaumage peut avoir lieu durant les inter-cultures.

L’arrachage ne peut se faire que pour des quantités faibles, il doit se faire à une période où la main d’œuvre est moins disponible puisqu’il s’agit de la période estivale. Le fauchage devra se faire en plusieurs étapes en vue d’éliminer les pollens et les graines. Une coupe effectuée trop tôt n’empêchera pas la survenue de bourgeons latéraux. Le traitement chimique n’a pas bonne presse. Des traitements alternatifs peuvent être utilisés tels les traitements thermiques ou à vapeur. Ceux-ci sont assez onéreux et peu adaptés aux grandes surfaces.

La meilleure solution consiste à anticiper, à prévenir, notamment en engazonnant rapidement les surfaces susceptibles d’accueillir de l’ambroisie

Des politiques de lutte ont été établies dans certaines régions particulièrement concernées. Il importe de communiquer et de coordonner les actions menées. Des régions moins concernées devraient utiliser les expériences menées pour limiter les coûts d’intervention et ce même si la problématique allergique n’est pas encore apparue. L’anticipation permet de limiter les coûts.

IV. Aspect international

• Professeur Tamas KOMIVES - Université de Budapest
• Paul COMTOIS (Université de Montréal)
• Bernard CLOT (Météo Suisse)

Selon les pays, les types de contamination sont de différentes, ainsi en Hongrie, on peut observer une contamination généralisée des surfaces agricoles. Le Québec est plutôt concerné par une contamination linéaire des voies de communications (fluviales puis ferrées et routières). La contamination suisse provient plus de contaminations ponctuelles dont les graines pour oiseaux seraient à l’origine. Si la contamination ponctuelle peut être réglée par une réglementation relative à la qualité des graines, les autres types de contamination nécessitent des efforts plus soutenus et une coordination entre les autorités publiques et les différents intervenants privés.

L’homme est toujours impliqué dans la dissémination des graines. Une politique précoce d’intervention est rentable. Au plus la contamination est traitée tôt, au moins son coût sera important.

V. Conclusions :

L’ambroisie est une plante invasive qui depuis plusieurs années colonise certaines régions de France. La colonisation est devenue tellement importante, en région Lyonnaise et Rhône Alpes notamment, que la dispersion des pollens allergisants des plantes a causé des sensibilisations allergiques et des symptômes de type rhinite, conjonctivite et même asthme.

Les plants d’ambroisie sont annuels et se reproduisent par graines. Les graines assez lourdes ne peuvent se déplacer que via l’intervention humaine (déplacement de terre dans des chantiers, nourriture pour oiseaux,…).

Il est nécessaire de communiquer et de sensibiliser (sans jeu de mot…) la population y compris dans les zones faiblement contaminées. En effet, une éradication est d’autant plus facile et moins coûteuse qu’elle est commencée précocement.