Vème Symposium CICBAA - Actualités en Allergologie Alimentaire - 8 et 9 octobre 2009

jeudi 5 novembre 2009 par Dr Emmanuelle Rondeleux3645 visites

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Vème Symposium CICBAA - Actualités en Allergologie Alimentaire - 8 et 9 octobre 2009

Vème Symposium CICBAA - Actualités en Allergologie Alimentaire - 8 et 9 octobre 2009

jeudi 5 novembre 2009, par Dr Emmanuelle Rondeleux

Cette année, le CICBAA nous a livré encore des exposés très intéressants Voici ceux qui ont suscité mon attention car les plus proches de nos préoccupations quotidiennes.

Protocoles de tolérance orale à l’arachide : sécurité et efficacité clinique - Étude chez 38 patients.

Pr. Moneret-Vautrin

L’allergie alimentaire à l’arachide est dominée par sa fréquence, sa persistance et sa gravité potentielle.

Elle débute dès le jeune âge avec un âge médian de 2 ans-2 ans 1/2 en France (plus tôt aux Etats –Unis,14 mois, en raison des habitudes alimentaires en particulier de la consommation de beurre de cacahuète).

Sa fréquence est de 0,6 à 1 % dans la population française.

Elle est plus fréquente aux Etats-Unis et en Angleterre (1,8% ) et ce malgré les recommandations d’éviction de l’arachide pendant la grossesse.

C’est l’allergie alimentaire la plus sévère, responsable de la majorité des accidents mortels. Or la seule conduite thérapeutique actuelle est l’éviction.

La guérison naturelle serait de 20 % si les IgE spécifiques sont inférieures à 20 kU/l (Etude de Skolnick, JACI 2001) mais ceci représente moins de 50 % des allergies à l’arachide.

Dans une étude prospective Rangaraj abaissait ce taux à 10 % (Pediatr Allergy Immunol 2004).

Les guérisons sont plus fréquentes si le taux d’IgE spécifique est inférieur à 5 kU/l, si les réactions sont modérées (rash sur dermatite atopique ou urticaire isolée), s’il n’y a pas de réactions accidentelles, si les prick-tests sont inférieurs à 6 mm (ce qui est plutôt rare) ou si l’allergie à l’arachide est isolée (Hourihane).

La proportion relativement faible de patient obéissant à ces critères rend les perspectives peu encourageantes.

Les éléments pronostics défavorables sont la forte sensibilisation (inversement 68 % de guérison si les taux d’IgE spécifiques sont inférieurs à 0,35 kU/l)

Les patients ayant présenté des réactions systémiques ne semblent pas pouvoir accéder à la guérison.

La sensibilisation augmente sous éviction, il y a peu de guérison sous éviction stricte. Il est difficile de dire si cela est lié à l’éviction ou au développement des IgE jusqu’à la puberté.

Plusieurs études de protocoles de tolérance à l’arachide ont montré des résultats prometteurs cliniques et immunologiques allants dans le sens d’une bascule de l’activation Th2 vers une activation Th1et T régulatrice dont une première étude du Pr. Moneret-Vautrin.

Les conditions d’établissement d’une tolérance par voie orale se fondent sur l’expérience acquise dans l’allergie alimentaire au lait, à l’œuf, au blé et au poisson : doses ingérées quotidiennement, durée suffisamment longue, augmentation continue des doses jusqu’à une quantité alimentaire usuelle et maintenance d’apports réguliers après la fin du protocole de tolérance orale. Si à la fin du protocole, il y a arrêt de la consommation, 3 mois après le TPO se positive.

Le Pr. Moneret-Vautrin nous présente une nouvelle étude portant sur 38 patients dont 3 adolescents et une jeune adulte.

Les critères d’inclusion sont

  • une sensibilisation aux prick-tests à l’arachide grillée (de temps en temps disparité importante entre les extraits commerciaux et les extraits natifs),
  • un CAP positif en F13 et Ara h2,
  • un test de provocation orale en double-aveugle (TPODA) positif avec une barre seuil réactogène de 215 mg d’arachide grillée (soit en divisant par 4 : 53 mg de protéines d’arachides) et
  • la persistance de la sensibilisation et/ou de l’allergie depuis plus de 2 ans.

Les éléments nécessaires pour l’inclusion sont

  • une bonne compréhension parents-enfants sans anxiété majeure,
  • l’absence de pathologie chronique ou récidivante,
  • le lien facile avec l’allergologue traitant,
  • l’engagement à des consultations régulières jusqu’à 6 mois de maintenance et bien sûr avec accord éclairé.

Les contre-indications étaient

  • un asthme avec EFR perturbée malgré un traitement par corticoïdes inhalés (GCI),
  • une crise d’asthme lors du TPODA,
  • un seuil réactogène au TPODA < 215 mg ou un score 5 au TPO (score selon Astier JACI 2006),
  • une allergie à un fruit à coque avec polysensibilsation aux fruits à coque et
  • comme contre-indication relative une anaphylaxie sévère de grade 5 .

Les contre-indications temporaires étaient

  • une fraction exhalée de NO élevée car après 6 semaines de GCI celle-ci se normalise et l’on peut débuter la tolérance et
  • une allergie alimentaire persistante au lait, à l’œuf ou au blé : on attend que les patients tolèrent ces aliments pour débuter.

Deux protocoles ont été mis en place.

  • Le premier avec une montée des doses sur 17 semaines comprenant les scores de gravité peu élevés (1 à 3)
  • le deuxième sur 34 semaines comprenant les scores de 3 à 4 et les polysensibilisés ara h1, 2 et 3.

Les premières doses débutent à 10 mg pour terminer à 12 g par semaine réparties tout d’abord en 4 gr 3 fois par semaine puis une dose quotidienne de 1 à 2 arachides ou 1/7de barre de Snickers (Un Snickers = 14 gr) ou 2 à 3 M&M’s cacahuète.

Le protocole a utilisé des cacahuètes grillées de marque Winny pour se servir de l’arachide sous la forme habituellement consommée en France.

  • Les cacahuètes sont préparées sous forme de doses en poudre remises à la famille toutes les 3 à 6 semaines à conserver au réfrigérateur.
  • Elles sont administrées quotidiennement le plus souvent au retour de l’école, à distance d’effort physique, sans prise d’aspirine ou d’AINS, et sont mixées dans un aliment semi-liquide pour éviter le risque de fausse route.

L’efficacité de ce protocole est évaluée à 32 cas sur 38 (84,2%).

  • 34 sur 38 patients ont suivi le protocole complètement.
  • Dans le groupe 17 semaines il y a eu un arrêt.
  • Dans le groupe 34 semaines, 3 arrêts, 2 réactions sévères, le dernier a été arrêté par principe de précaution du fait d’une augmentation des IgE sans aucune augmentation des IgG 4.

Dans le groupe 17 semaines,

  • sur 13 enfants, 12 ont atteint 12 grammes par semaines et 7 ont été revus au bout de 6 mois de maintenance sans incident.
  • Au cours de la période d’escalade, des réactions indésirables bénignes ont concerné 3 patients : 2 épisodes de prurit labial et un épisode d’angio-œdème labial pendant la première prise de 100 et 700 mg respectivement, non reproductibles par la suite, et une recrudescence d’eczéma, entraînant un arrêt de protocole par la mère.
  • Dans la période de maintenance, il y a eu une réaction systémique à type de toux et vomissement à la dose de 7 grammes au bout de 8 mois, en période pollinique chez un enfant sensibilisé aux pollens de graminées et aux antécédents d’asthme.
  • Après traitement, le protocole a été poursuivi sans incidents ultérieurs.

Dans le groupe 34 semaines,

  • sur 25 patients, 18 ont complété la période d’escalade et 7 sont en phase terminale.
  • Dans 2 cas, le protocole a été allongé à 52 semaines en raison d’une forte polysensibilisation aux trois allergènes majeurs, et d’une réaction indésirable sérieuse chez l’un.
  • Au cours de la période d’escalade, on note 33 réactions indésirables chez 12 patients soit 0,82 % des prises. 2 ont été sérieux et ont motivé l’arrêt du protocole.
  • Les réactions indésirables ont toujours été immédiates (maximum 1 heure).
  • On retrouve 5 réactions cutanées (3 à 10 mg, 1 à 90 mg, 1 à 330 mg après prise d’aspirine), 21 douleurs abdominales isolées, 2 épisodes de vomissements isolés, une urticaire avec asthme après exposition solaire prolongée et marche à 860 mg (même patient qui avait pris de l’Aspirine, protocole allongé à 52 semaines), 4 réactions systémiques (urticaire, et symptômes digestifs) : 1 à 20 mg avec consultation aux SAU (arrêt du protocole), 1 à 70 mg dans un contexte de gastro-entérite virale (protocole poursuivi sans incidents), 1 à 150 mg (arrêt du protocole), 1 à 3 gr (protocole poursuivi sans incidents).
  • En période de maintenance, il y a toujours des réactions indésirables mais de façon moindre.
  • Sur 6 sujets, un patient a présenté 2 réactions : un épisode de toux et de diminution du DEP à 4 gr (modification du protocole à 52 semaines.) puis 6 semaines plus tard, un choc anaphylactique. La mère, médecin, a souhaité poursuivre la maintenance, mais cette fois ci des doses quotidiennes ont été données. Il n’y a pas eu de nouvel accident depuis 9 mois chez ce patient. Par la suite le protocole a été modifié pour tous pour assurer une dose régulière tous les jours en période de maintenance.

Sur 35 réactions, 29 n’ont pas motivé de traitement. 4 patients ont été traités par antihistaminiques et corticoïdes per os, 1 a reçu des béta2 + et un a reçu un traitement de choc comprenant de l’adrénaline.

En conclusion, l’efficacité de ces protocoles de tolérance orale est évaluée à 32 cas sur 38 soit 84,2 % ce qui est largement supérieur à la tolérance naturelle.

Toutefois, la sensibilisation demeure et la maintenance doit être assurée par une dose stable quotidienne.

La durée de cette maintenance n’est pas encore évaluée, doit-elle être poursuivie à vie ? D’autant que le risque de dégoût progressif peut venir altérer la compliance.

Immunothérapie sub-linguale au lait de vache

Dr Etienne Bidat

Dans l’allergie aux protéines de lait de vache IgE médiée, l’acquisition de tolérance survient le plus souvent spontanément (74% à 5 ans, 85% à 8,6 ans).

Le seul traitement actuellement est le régime d’éviction.

Les risques d’accidents sont non négligeables et de sévérité variable.

Quand l’allergie perdure, il est donc tentant d’essayer une immunothérapie à l’aliment en cause.

Les premiers cas d’immunothérapie isolés datent en fait de 1912 (immunothérapie (IT) à l’œuf), un cas également en 1956 avec du lait. En 1984, Patriarca publie des « case report » sans jamais faire d’étude complète. En 2004 Meglio publie dans Allergy une étude sur 20 enfants sans groupe contrôle.

L’IT aux aliments a été essayée par voie sous-cutanée (on se souvient de l’étude de Nelson avec un décès en raison d’une injection par erreur d’arachide dans le groupe placebo), par voie orale avec une progression très lente ou par une technique accélérée, par voie sublinguale et par voie épicutanée.

L’étude préliminaire de D. de Boissieu et C. Dupont sur l’immunothérapie sublinguale au lait (Allergy 2006) est à l’origine du protocole LACTAIDE que nous présentons.

Elle a permis une guérison de 50 % des patients, 8 enfants de 6 à 17 ans ayant une allergie IgE-médiée.

L’étude LACTAIDE est une étude multicentrique, prospective, randomisée en double-aveugle contre placebo (un groupe désensibilisé, l’autre non qui traduit donc l’histoire naturelle).

L’objectif principal est d’étudier l’efficacité de l’induction de tolérance au lait par voie sublinguale chez des enfants ayant une APLV IgE-médiée persistant au-delà de l’âge de 5 ans.

Le diagnostic d’allergie IgE-médiée est porté à la suite d’un test de provocation oral (TPO) en double-aveugle effectué en deux jours et sur les tests prouvant le caractère IgE-médié de l’allergie.

Le groupe actif bénéficie pendant 6 mois d’une induction de tolérance avec du lait déposé sous la langue tous les jours à jeun et gardé 2 minutes puis dégluti.

La dose initiale de lait est déterminée en fonction de la dose réactive initiale : 0,1 ml si la dose cumulée réactogène (DCR) est de plus de 3 ml, puis augmentation de 0,1 ml par paliers de 7 jours jusque 0,8 ml. Si la DCR est inférieure à 3 ml, la dose initiale est le 1/10° de la DCR.

Le groupe témoin poursuit un régime strict sans lait. Les enfants ont une visite à 3 mois et nouveau TPO au bout de 6 mois.

Le critère d’évaluation principal est la dose réactive cumulée à l’issue des 6 mois.

Après 6 mois, pour le groupe actif, la poursuite est fonction de la DCR au 2ème TPO. Si la dose cumulée est supérieure à 100 ml, élargissement progressif du régime pour le lait de vache et les laitages. Si la DCR a été améliorée, c’est-à-dire multipliée par 2 mais reste inférieure à 100 ml poursuite d’une induction de tolérance par voie sublinguale et nouveau TPODA 6 mois plus tard. Si la DCR est supérieure à 100 ml, élargissement progressif du régime à domicile et consultation à 12 mois. À douze mois si l’enfant ingère moins de 200 ml de lait ou équivalent un nouveau TPO est effectué.

78 % des enfants augmentent leur DCR.

Pratiquement 50 % ont de très bons résultats,25 % augmentent leur DCR mais de façon plus progressive et 23 % restent non-répondeurs.

Les effets secondaires ont été modérés à type de picotement de lèvre, d’œdème ou d’urticaire par contact quand le lait coule.

Dans le groupe évolution naturelle, on signale des réactions allergiques pour de petites quantités de lait par introduction accidentelle.

En conclusion, si l’efficacité de la voie sublinguale se confirme, son intérêt par rapport à l’induction de tolérance classique par ingestion orale est essentiellement de rester à des doses de lait inférieures à la dose réactive et donc de limiter les effets secondaires potentiels à domicile.

Il est probable d’ailleurs que ces deux techniques soient complémentaires. Les profils immunologiques et les marqueurs pourraient nous permettre peut être de savoir qui doit bénéficier d’une IT et/ou d’une induction de tolérance

Immunothérapie orale aux aliments et anti-IgE : Intérêt de l’Omazilumab

Dr Martine Morisset

L’Omazilumab est un anticorps monoclonal de type IgG 1 humanisé d’origine murine. Il se lie aux IgE libres circulants. Son efficacité a été démontrée dans le traitement de l’asthme. Il est actuellement remboursé pour le traitement de l’asthme sévère.

Des résultats encourageants ont également été publiés dans le traitement de la rhinite allergique saisonnière et perannuelle, de la polypose nasale, de l’aspergillose broncho-pulmonaire, de l’urticaire auto-immune et la gastro-entérite à éosinophile.

L’indication est plus controversée pour la dermatite atopique.

L’Omazilumab a également été étudié lors de désensibilisation de rhinites allergiques aux pollens de graminées et d’ambroisie avec asthme, lors de désensibilisation à haut risque aux venins d’hyménoptères en particulier en cas de mastocytose, d’allergie au latex et d’anaphylaxies médicamenteuses IgE dépendantes en échec d’accoutumance.

Jusqu’à présent, une étude avait recherché l’effet d’un autre anti-IgE, le TNX-901, dans le traitement d’une allergie alimentaire à l’arachide (Leung et al. TNX-901 and peanut allergy N Engl J Med 2003) avec des effets intéressants chez 84 patients sur le seuil de réactivité dose dépendante, mais l’effet disparaissait quand l’anti-IgE était arrêté.

Depuis très peu d’études ont été réalisées. L’étude de Sampson a été interrompue prématurément en phase 2 en raison de réactions aux TPO avec augmentation des seuils de réactivité avec l’Omazilumab.

Le Dr Morisset reporte ici une étude sur 6 patients présentant une allergie alimentaire sévère (asthme, urticaire, angio-oedème laryngé) avec des seuils de réactivité extrêmement bas et après échec de l’immunothérapie et/ou anaphylaxie sévère à des traces.

Le traitement par Omazilumab est débuté au moins 1 mois avant l’immunothérapie à raison d’une ou deux injections par mois selon le poids et le taux des IgE totales pendant 3 à 12 mois.

Un suivi des prick-tests, IgE et IgG4 spécifiques à l’aliment en cause est proposé.

Six patients âgés de 6 à 19 ans ont bénéficié de ce traitement :trois garçons avec du lait de vache, deux filles du lait de brebis et la troisième du poisson.

L’immunothérapie (IT) spécifique est débutée 1 à 3 mois après le début du traitement par Xolair avec une IT sublinguale (SL) pour le lait de vache ou de brebis poursuivi ensuite per os lorsqu’un volume supérieur à 1 ml de lait non dilué a été atteint. L’immunothérapie au poisson a débuté par voie orale avec thon en boîte.

Sous Omazilumab et avant de débuter l’immunothérapie, on observe une réduction de la taille des prick-tests à l’aliment.

En revanche, dès que l’immunothérapie est débutée, le suivi des prick-tests et des IgE, les premiers mois objective une ascension des valeurs tandis que le taux des IgG4 augmente progressivement. La tolérance aux injections d’Omazilumab a été bonne.

Voici les cas de ces 6 patients.
- Antoine, 6 ans est allergique au lait (asthme et urticaire) avec un seuil réactivité de 6,8 ml déclenchant urticaire et rhino-conjonctivite.

Après échec de l’IT SL au lait (réaction à 2 ml, prick-test au lait alors à 7,5 mm), on démarre le Xolair.

Au bout de1 mois de Xolair, l’IT SL est débutée. 3 mois après, il prend 8 ml de lait par jour, le Xolair est alors arrêté. A18 ml de lait par jour apparaissent des douleurs abdominales et de la constipation. On poursuit mais en ralentissant les progressions.

- Jean-Baptiste,19 ans a fait plusieurs chocs anaphylactiques dont un après un TPO pour lequel il a été admis en réanimation.

Il réagit à des traces de lait par voie respiratoire en particulier quand il va dans un restaurant où l’on mange de la raclette (crise d’asthme). Il développe un œdème généralisé après simple contact avec du lait.

Le prick-test très dilué au 1/1000 est positif à 5 mm, les IgE spécifiques au lait de vache sont supérieures à 100 kU/l et à 94 kU/L pour la caséine.

L’Omazilumab est donné 3 mois avant de débuter l’IT.

Il se plaint de prurit palmo-pantaire à 3 gouttes de lait. Après 6 mois, on arrive à administrer 20 gouttes/ jr. En Juin, il supportait 8 ml de lait quotidien.

- Maxime, 10 ans a une allergie alimentaire multiple au lait de vache, à l’œuf, au gluten, au soja et à l’arachide, une dermatite atopique évolutive et un asthme.

Il a des vomissements, un œdème et de l’asthme après absorption de lait.

Le TPO est positif à 2 gouttes de lait avec un prick-test positif au 1/100 à 9,5 mm

Après 7 mois de traitement par Omazilumab, il tolère une IT avec 20 gouttes / jr. 1 mois après l’arrêt, il peut prendre 7,5 ml / jr. Il a présenté une urticaire et un angio-oedème après avoir oublié une dose alors qu’il était à 13 ml/jr.

- Violette présente une allergie au lait de vache et de chèvre. Elle a eu plusieurs accidents notamment avec des traces.

Les prick-tests diminuent et elle tolère 50 gouttes de lait par jour après 18 mois de traitement.

- Laure a eu un choc anaphylactique. Elle a un seuil de réactivité de 1 ml.

Après traitement par Xolair , on constate une diminution du prick-test.

Après 11 mois de traitement, elle est à 50 ml de lait par jour. Elle a parfois des douleurs abdominales et une rhinite. On diminue donc la progression.

- Manon, 16 ans, a une allergie alimentaire au poisson diagnostiquée à l’âge de 5 ans une dermatite atopique et un asthme évolutif.

Elle a de l’asthme et un œdème laryngé après consommation de poisson avec des réactions par procuration quand elle parle avec des copains qui ont mangé du poisson à la cantine.

Le taux d’IgE spécifique est relativement bas.

Après un premier échec avec un protocole d’immunothérapie, Manon reçoit de l’Omazilumab pendant 3 mois.

Les prick-tests se négativent alors totalement. On commence un protocole de tolérance avec du thon en boîte (habituellement bien supporté mais Manon avait des réactions allergiques avec), puis de la sardine en boîte.

3 semaines après l’arrêt du Xolair, on réalise un TPO : après 7 grammes de dose cumulée Manon présente un prurit et des douleurs abdominales. La tolérance est continuée.

Manon consomme désormais du thon en boîte, de la sardine et du saumon en quantité normale plusieurs fois par semaine.

L’immunothérapie est actuellement poursuivie chez tous les patients. Il n’y a pas eu d’accident grave sauf après erreur de compliance : une crise asthme légère après avoir pris deux fois la dose par erreur, et un oubli d’une dose.

En conclusion, il s’agit de la 1ère étude où l’ITSL et le Xolair sont donnés conjointement (1 publication allemande chez un patient allergique à l’arachide).

On peut y opposer le coût : 2500 à 20 000 euros, mais cela contribuerait à une diminution du nombre de consultations, d’hospitalisations et de l’absentéisme. D’autant qu’actuellement il s’agit de la seule proposition thérapeutique pour permettre une vie normale à ses allergies graves. Le succès du traitement et sa bonne tolérance, nous incite à proposer la mise en place d’un protocole thérapeutique.

Prévention des manifestations allergiques du nourrisson par un lait fermenté

Pr. Christophe Dupont

Actuellement les axes de prévention de l’allergie aux protéines de lait de vache chez les enfants à risque repose sur l’allaitement maternel, l’utilisation de lait hydrolysés plutôt de façon partielle, ou la supplémentation en pré ou probiotiques.

La supplémentation en probiotiques peut diminuer les manifestations atopiques, mais, jusqu’à présent, on l’avait démontré avec des probiotiques vivants.

Sur l’utilisation d’une formule avec des probiotiques tués par la chaleur, on ne sait pas grand-chose. Toutes les études actuelles utilisent des protéines de lait hydrolysées dans lesquelles on ajoute des probiotiques. On n’a pas encore étudié de formules avec des protéines de lait de vache intactes.

Dans cette étude, on utilise le Bifidobactérium de brevet Danone et le Streptococcus thermophilus avec des protéines de lait non hydrolysées (formule Gallia Calisma).

C’est une étude randomisée en double-aveugle sur des familles à haut risque (atopie chez un parent du premier degré) débutée à 5 mois de grossesse sur une population de 63 et 65 patients.

Pendant la grossesse, les mères consomment la formule lactée utilisée par leur enfant et font une éviction des œufs et des arachides (!!). Elles ne doivent consommer aucun pré ou probiotique autre.

Les enfants utilisent la formule tirée au sort dès le sevrage. Ils ont des IgE spécifiques au lait de vache et des prick-tests à 4 et 12 mois.

En cas de suspicion d’allergie aux protéines de lait de vache, un TPO est réalisé à 6 mois.

Les 2 groupes sont à peu près homogènes, on note juste un peu plus d’allaitement dans le groupe formule standard. La quantité de formule infantile ingérée est à peu près identique dans les 2 groupes. Il est fait un suivi à 12 mois.

On retrouve une diminution des APLV confirmée par le TPO à 6 mois, 16% dans le groupe formule standard contre 10 % dans le groupe formule fermentée mais cette différence n’est pas significative.

Par contre le nombre de prick-tests aux PLV positifs est significativement plus élevé dans le groupe dans le groupe prenant un lait standard (7/56 versus 1/59).

Il y a une diminution des manifestations digestives et respiratoires (39 % vs versus 63 %, p = 0,01 et 7 % versus 21 %, p = 0,03) à 12 mois, persistant pour les manifestations respiratoires à 24 mois (13 % versus 35 %, p = 0,01) dans le groupe lait fermenté.

Il n’y a pas de différence sur les signes cutanés d’allergie (52 vs 57 %) (pour cela il faudrait un lait hydrolysé).

Pour conclure, l’utilisation d’un lait fermenté permet une diminution des manifestations respiratoires et digestives d’allergie et peut être de la sensibilisation IgE dépendante au lait de vache. Il n’y a pas d’effet sur les manifestations cutanées.

Étiquetage déficient et contamination : un risque important de réaction allergique

Dr Ingrid Malmheden-Yman

Le Dr Ingrid Malmheden Yman nous a fait part du registre de la National Food Administration Suisse qui depuis 1993 enregistre les cas d’allergie alimentaire et analyse les aliments suspects.

Il est difficile d’enregistrer tous les cas d’allergie alimentaire, à peu près 10 % des cas sont répertoriés ici soit 225 cas, principalement des cas d’allergie sévère.

L’aliment est le plus souvent masqué en raison d’un étiquetage incomplet (92 cas) ou d’une contamination (85 cas) en raison d’une insuffisance de nettoyage des équipements utilisés.

Dans 48 cas, le consommateur n’a pas lu ou n’était pas au courant qu’il fallait éviter ce type de produit.

Le plus souvent c’est le lait qui est impliqué (32%) puis les fruits à coques (18%), l’arachide (17%) et l’œuf. Les réactions sévères sont liées essentiellement à l’arachide (26%), le soja (17%) la noisette et le lait.

Les décès sont survenus majoritairement chez des sujets jeunes de 6 à 22 ans, soufrant d’asthme modéré à sévère. L’exercice est un facteur aggravant.

Pour plus d’information, je vous invite à consulter les documents disponibles sur le site de la National Food Administration : www.slv.se

et en particulier un poster sur 33 réactions sévères après ingestion de lait de vache retrouvé en tant que contaminant ou non mentionné sur l’étiquette avec des doses ingérées allant de 0,9 mg à 425 mg (dans une saucisse).

On retrouvait dans ces aliments le lait à des doses allant de 3 mg/100gr (contamination) à 1,7 g/ 100 gr (non mentionné sur l’étiquetage). On a déjà entendu parler de ce cas de décès par de fausses amandes qui étaient en fait des arachides.

La NFA a recensé 13 décès en raison de contamination par du lait dans des saucisses, des chips, des noisettes dans du chocolat (mentionné mais non reconnu par le patient), du nougat, des arachides dans des flocons, des repas Thaï, du soja dans des hamburgers, kebab, boules de viandes.

Un cas également qui fait froid dans le dos : une jeune fille de 14 ans qui fait une réaction allergique après avoir consommé 2 carrés de chocolat « pouvant contenir de l’arachide ». Dans ce chocolat, il y avait 9000 mg d’arachide par kilo de chocolat. Elle a ingéré 126 mg d’arachide. Une autre barre du même chocolat a été analysée. Elle contenait, elle, 68 mg/kg d’arachide.

Seuls quelques aliments sont responsables de la majorité des réactions allergiques, les pâtisseries surtout, les viandes préparées, les chocolats et les bonbons, les plats tout faits … Les additifs alimentaires ne représentent qu’une petite partie des allergies par contre le risque majeur provient des aliments notifiés comme « peut contenir des … ».