EAACI 2010 = le congrès du Dr Stéphane Guez

mercredi 9 juin 2010 par Dr Stéphane Guez770 visites

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EAACI 2010 = le congrès du Dr Stéphane Guez

EAACI 2010 = le congrès du Dr Stéphane Guez

mercredi 9 juin 2010, par Dr Stéphane Guez

Stress et allergie et aspect médico-psychologique des maladies allergiques au menu de ce compte-rendu.

Stress et allergie : mythe ou réalité ?

La psychosomatique revient à la mode avec le développement des traitements « écologiques » qui privilégient les thérapies douces par rapport aux médicaments. Alors qu’en est-il actuellement des relations entre stress (de façon large) et allergie en particulier dans ses formes de rhinite et d’asthme. Cette session passionnante apporte des éléments de réponses et ouvre de nouvelles perspectives.

Les interventions psychologiques dans l’asthme. Janelle Yorke, United Kingdom

Introduction :

  • Les liens entre asthme et anxiété sont reconnus depuis longtemps, et il y a une forte prévalence de l’anxiété dans l’asthme de l’adulte.
  • La dépression est également plus fréquente dans une population d’asthmatique par rapport à une population non asthmatique.
  • Une difficulté psychologique semble induire un moindre contrôle de la maladie asthmatique, avec une augmentation des exacerbations, une diminution de la qualité de vie, une augmentation du recours au soin, un moindre contrôle fonctionnel respiratoire.
  • Mais paradoxalement, peu de patients asthmatiques sont pris en charge pour ce versant psychologique, qui n’est reconnu que chez 40% des asthmatiques.

Les problèmes :

  • La prise en charge psychologique est extrêmement variable selon les équipes, et son évaluation thérapeutique est difficile.
  • L’intervenante a donc rappelé les critères nécessaires pour valider une étude qui prendrait en compte le traitement d’un versant psychologique dans l’asthme :
    • très peu de travaux répondent à l’ensemble des critères nécessaires.
    • Une des difficultés tient à l’absence de formulation claire de l’objectif thérapeutique à atteindre lors d’une prise en charge psychologique.
  • L’intervenante propose que les objectifs d’une action thérapeutique sur ce versant psychologique associé à l’asthme soient :
    • la modification de la symptomatologie du patient
    • ou l’amélioration de la qualité de vie du patient.

Les études publiées :

  • Relaxation :
    • Il n’y a pas d’études qui répondent à tous les critères permettant une conclusion avec un niveau de preuve suffisant.
    • Un travail cependant (Epstein 2004) conclut à l’intérêt du traitement du versant psychologique de l’asthme de l’adulte avec amélioration significative du VEMS.
  • Thérapie cognitive :
    • La aussi il semble que les conclusions soient en faveur d’un intérêt sur le plan du contrôle de l’asthme mais avec une différence qui n’est pas très significative.
  • techniques du Bio feed-back :
    • mêmes conclusions

Que faut-il en conclure ?

  • L’auteur insiste beaucoup sur la nécessité de conduire de bonnes études avec une méthodologie très précise telle que définie dans les diverses recommandations en particulier de l’EAACI.
  • Pour la pratique clinique il est important de toute façon :
    • de reconnaître cet aspect psychologique qui est un facteur de co-morbidité reconnu
    • discuter avec le patient pour décider du moment d’une prise en charge thérapeutique et du choix de l’action thérapeutique
    • assurer le suivi de l’asthme et son évaluation lors de la prise en charge spécifique de ce versant psychologique.

Conclusion :

  • Actuellement, les études publiées montrent que la prise en charge de ce facteur de co-morbidité est intéressante mais il manque encore des preuves aussi bien pour reconnaître l’impacte des facteurs psychologiques dans l’évaluation des traitements proposés.

Stress et allergie : quels sont les liens ? Mats Lekander, Sweden

Introduction :

  • L’asthme est reconnu depuis longtemps comme une affection psychosomatique et cet aspect a été longtemps mis en avant.
  • Mais actuellement, les facteurs organiques sont mis en avant, et cet aspect psychologique est plus considéré comme un facteur de co-morbidité que comme une facteur étiologique initial.

Le problème :

  • Un conflit psychologique, un stress, une anxiété peuvent induire de l’asthme.
  • Mais quelle est la nature du lien et les mécanismes permettant de passer du cortex à la bronche ?

Les données :

  • Les médiateurs entre cerveau et bronche sont de nature neuroendocrine avec un effet feed-back en retour sur le cortex.
  • Les influx descendants naissent de l’hypothalamus, glande pituitaire, SN neurovégétatifs.
  • Via les nerfs afférents il y a modification des sécrétions du tissu adipeux et des macrophages avec modification de la production d’IL1, TNF alpha, IL6 etc.
  • En retour une information via les nerfs efférents est transmise au cerveau au niveau de ces mêmes régions.
  • Il y a également une boucle qui passe par les surrénales avec modification de la sécrétion du cortisol et de l’adrénaline.

Stress : cause ou conséquence ?

  • Il y a donc un lien entre stress et allergie, mais qu’elle est la direction de ce lien ?
    • Pour 4 études sur ce lien, le stress entraîne une facilitation des maladies allergiques avec un facteur de risque de 1.41 et p < 0.001.
    • Le lien est beaucoup plus fort dans ce sens que dans celui de l’allergie enduisant un stress.
    • Donc il y des preuves de l’induction clinique de maladie allergique par le stress.
  • Mais au niveau expérimental les preuves sont moins nettes

- Quelques études récentes actualisent l’importance du stress dans la rhinite et l’asthme allergiques :

    • L’une a porté sur des étudiants asthmatiques en période d’examen : le test de provocation bronchique par des allergènes montre une augmentation de la production d’IL 5 et une augmentation des éosinophiles dans l’expectoration (avec diminution de l’INF gamma).
    • Une autre chez la souris montre que le stress augmente l’infiltration leucocytaire bronchique
    • Enfin un dernier travail chez des asthmatiques atopiques avec asthme ou rhinite par rapport à 19 non atopiques montre que le stress entraîne une diminution du cortisol urinaire chez les atopiques, une inversion du rapport TH1/TH2 → le stress modifie donc la régulation lymphocytaire.

Effets de la durée du stress :

  • Quels sont les effets chroniques des facteurs psychologiques ?
    • Plusieurs études montrent un lien mais ne permettent pas de dire le sens de ce lien : cause ou conséquence.
  • Stress aigu : il y a des preuves nombreuses de cet effet avec augmentation ou dérégulation de la réponse inflammatoire à l’antigène.
  • Le lien est certainement mixte dans les 2 sens.
  • Il y a très peu d’effet positif décrit du stress sur la maladie asthmatique.

En conclusion :

  • Il y a des liens entre stress, sommeil, et allergie avec des effets délétères à long terme du stress chronique intriqué avec ces autres facteurs.

L’intérêt de l’écriture dans la révélation des émotions dans l’allergie. Helen Smith, United Kingdom

Objectifs de cette thérapie par l’écriture :

  • Améliorer la qualité de vie du patient et le contrôle de sa maladie, avec une forme de traitement qui est appliquée actuellement à beaucoup d’affections chroniques (cancer, polyarthrite rhumatoïde etc.)

Les preuves :

  • De nombreuses études ont été publiées avec des « étapes » dans le temps représentées par des métas analyses :
    • une en 98 qui conclue à l’intérêt de cette forme de thérapie
    • une autre en 2004 qui n’est pas concluante
    • enfin une dernière en 2006 qui confirme l’intérêt de l’écriture comme révélateur positif dé l’émotion dans l’asthme.
  • Ces études confirment l’intérêt de ce traitement aussi bien dans la rhinite que dans l’asthme.
  • Cependant elles sont généralement courtes dans le temps : est-ce que l’effet dure au de-là de 4 mois ?
    • Une étude confirme chez les adolescents un effet persistant après 3 mois.

Mode d’action :

  • L’écriture permet au patient de formuler et libérer ses émotions et évite ainsi un refoulement à l’origine d’une co-morbidité psychosomatique.
  • Le patient formule lui même le ressenti de sa maladie et réfléchit sur le pourquoi le comment, et identifie les causes et les effets. Il peut lui-même formuler la particularité de sa maladie.

Cette session a donc été l’occasion de remettre au goût du jour l’aspect psychosomatique des maladies allergiques.

Cela n’est pas étonnant car en redonnant la parole aux patients au travers du concept de contrôle de l’asthme, les médecins redécouvrent que si pour eux la maladie a une signification essentiellement organique, elle a pour les patients une notion existentielle majeure.

Pour les patients l’esprit est indissociable de l’organique et c’est d’ailleurs comme cela que devrait être abordé les maladies par le corps médical.


Peau et aliments : un couple dangereux !!

Une session très intéressante qui envisage la peau d’une façon un peu différente surtout en allergie alimentaire : ce n’est plus une simple barrière cutanée mais une interface, en contact avec de nombreux allergènes dont alimentaires, qui peut être à l’origine de sensibilisation primaire et être le point d’entrée d’un allergène alimentaire.

La peau, voie de sensibilisation et de provocation de l’allergie alimentaire IgE médiée. Sami Bahana, United States

Introduction :

  • L’orateur a divisé son intervention en trois parties pour répondre à 3 questions : -**quelles sont les modalités de contact alimentaire,
    • quelles sont les manifestations cutanées en liaison avec un aliment,
    • et surtout est-ce que les aliments peuvent induire de novo une allergie alimentaire IgE médiée ?

Quels sont les modalités de contact avec les aliments ?

  • On distingue les contacts de type professionnel, avec un nombre limité d’allergènes mais un contact très fréquent (industrie alimentaire, cuisinier etc.)
  • Et le contact non professionnel : il peut être direct ou indirect, transmis par un tiers par exemple.

Quelles sont les manifestations cliniques après contact alimentaire ?

  • Dermatologiques :
    • Immédiate : urticaire, dermatite irritative de contact, photo dermatose de contact, forme intermédiaire de contact à la fois irritative et retardée
    • retardée : eczéma de contact, soit localisé, soit général après ingestion
  • Générale :
    • respiratoire : rhinite, wheezing (exemple la fumée de cuisson du poisson)
    • systémique : l’intervenant rappel des cas cliniques publiés comme celui d’un nourrisson allergique au lait qui fait un choc après application d’une crème fessière contenant de la caséine, ou les enfants allergiques à l’arachide qui font un choc par un contact très indirect (baisé etc.).

Est-ce que le contact cutané peut induire une allergie de novo ?

    • plusieurs publications semblent le démontrer avec une anaphylaxie lors d’un premier contact avec un aliment, la patiente ne pouvant s’être sensibilisée que lors de la manipulation professionnelle de cet aliment.
    • Des modèles murin ont confirmé cette hypothèse : des souris ont pu être sensibilisées à l’ovalbumine par contact cutanée après abrasion de la couche cornée.

Conclusion :

  • Le contact alimentaire a sans doute été très sous estimé dans sa possibilité d’induire de novo une sensibilisation.
  • Par ailleurs la peau représente une voie de pénétration importante pour certains patients au même titre que la voie digestive : l’éviction ne doit pas seulement porter sur l’absence d’ingestion mais également sur l’élimination de tout contact.

Cet exposé est très intéressant car il intègre de nombreuses données cliniques disparates sur l’allergie alimentaire et les replace dans un système cohérent qui fait intervenir la peau et les muqueuses non digestives.

Cette barrière cutanée apparaît à la fois comme une porte d’entrée de sensibilisation alimentaire mais également de déclenchement de réaction anaphylactique.

Il faut donc retenir que pour les plus allergiques aux aliments il faut éviter aussi le contact cutané.


Compte-rendu offert grâce au soutien du laboratoire ALK

Compte-rendu offert grâce au soutien du laboratoire ALK