Congrès de l’EAACI 2011 : Dr Hervé Masson

mercredi 15 juin 2011 par Dr Hervé Masson650 visites

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Congrès de l’EAACI 2011 : Dr Hervé Masson

Congrès de l’EAACI 2011 : Dr Hervé Masson

mercredi 15 juin 2011, par Dr Hervé Masson

Voici les études présentées durant le congrès qui m’ont semblé apporté quelque chose à la pratique allergologique.

Asthme lié aux orages chez des patients sensibilisés au pollen d’olivier : 20 patients consultant le même jour aux urgences

 : Losappio, Laura1 ; Heffler, Enrico2 ; Falco, Antonio1 ; Contento, Francesco1 ; Cannito, Cosimo1 ; Rolla, Giovanni2
1"Dimiccoli" Hospital, Emergency Department, Barletta, Italy ; 2University of Torino - AO Mauriziano "Umberto I",
Allergy and Clinical Immunology, Torino, Italy

Les hypothèses couramment retenues pour l’augmentation de la fréquence de l’asthme les jours d’orage sont une augmentation significative du taux d’allergènes dans l’air durant et juste après un orage ; les sensibilisations à Alternaria ou à certains pollens de graminées ou de pariétaire ont aussi été envisagées.

En milieu méditerranéen, le seul épisode d’asthme corrélé à un orage a été décrit avec une sensibilisation à la pariétaire.

Les auteurs décrivent un épisode où le profil de sensibilisation des patients était majoritairement au pollen d’olivier.

Ils concluent que les asthmes favorisés par l’orage se retrouvent non seulement lors de sensibilisations à Alternaria, aux graminées ou au pariétaire mais aussi chez les patients réactifs au pollen d’olivier.

Voici une étude pour ceux qui ont la chance de vivre en zone méditerranéenne...

Phl p 1, Phl p 5 dans l’air ambiant et les comptes polliniques à Madrid durant les saisons 2009 et 2010.

Cabrera Sierra, Martha1 ; Subiza, Javier1 ; Jose Ignacio, Tudela2 ; Bárbara, Cases2 ; Fernández-Caldas, Enrique2 ;
Moreno-Grau, Stella3 ; Suárez Cervera, María4 ; Eva, Fernández2 ; Subiza, Jose Luis2
1Subiza Asthma and Allergy Centre, Los Madroños Hospital Allergy Department, Madrid, Spain ; 2Inmunotek SL.,
Madrid, Spain ; 3Department of Environmental and Chemical Engineering, Technical University of Cartagena., Spain ;
4Department of Botany, Faculty of Pharmacy, University of Barcelona, Spain

Les auteurs se sont intéressés à la problématique du lien existant entre le taux d’allergènes retrouvé dans l’air ambiant et le compte pollinique réalisé durant 2 saisons en Espagne.

Ils ont donc comparé les taux d’allergènes et le comptage des pollens recueillis par des capteurs.

Il existe une bonne corrélation entre le taux de grains de pollens et le taux de Phl p 1 et Phl p 5.
La saison 2010 a été plus riche que 2009 aussi bien au niveau du comptage des grains de pollens que du taux d’allergènes retrouvé.

Les auteurs pensent donc que l’association du comptage pollinique à la mesure des allergènes aéroportés serait un outil intéressant dans la prise en charge des pollinoses.

Pour cette équipe espagnole, il existe une bonne corrélation entre le taux d’exposition aux pollens mesuré par le comptage des grains de pollens dans l’air et l’exposition aux allergènes majeurs.

Cela peut sembler évident mais il avait été évoqué la possibilité que la concentration des grains de pollens en allergènes soit différente selon les conditions climatiques ou botaniques, et donc cette relation directe méritait d’être démontrée.

Ce qui est fait.

Facteurs de risque environnementaux pour une allergie à l’œuf confirmée par provocation orale

Koplin, Jennifer1 ; Osborne, Nicholas1 ; Gurrin, Lyle2 ; Tang, Mimi3 ; Dharmage, Shyamali2 ; Allen, Katrina1
1Murdoch Childrens Research Institute, Gut and Liver Research Group, Parkville, Australia ; 2University of Melbourne,
The Centre for Molecular, Environmental, Genetic and Analytic Epidemiology, Melbourne, Australia ; 3the Royal
Children’s Hospital, Department of Allergy and Immunology, Parkville, Australia

La théorique hygiéniste qui tendrait à expliquer l’augmentation du nombre d’allergiques a été évoquée comme une explication possible dans le cadre des allergies respiratoires.

Qu’en est il pour l’allergie alimentaire ? Y a-t-il un lien entre exposition aux toxines microbiennes et développement d’une allergie à l’œuf ?

Les auteurs australiens ont donc étudié cette relation dans une population d’enfants âgés d’1 an.
- enfants recrutés dans une clinique
- les parents décrivaient l’environnement de l’enfant
- une batterie de tests cutanés, incluant l’œuf, était réalisée
- les enfants qui avaient un test à l’œuf avec une papule de plus de 1 mm ont un test de provocation orale (TPO) avec du blanc d’œuf cru. L’allergie a donc été retenue uniquement chez les enfants réagissant au TPO.

Résultats :
- les enfants de famille nombreuse avait un risque diminué d’être allergique à l’œuf (OR 0.6)
- les enfants ayant été élevés en collectivité durant leurs 6 premiers mois avaient un risque diminué d’allergie, ce qui n’a pas été démontré s’ils entraient en collectivité après 6 mois.
- avoir un chien ou un chat au domicile diminuait le risque d’allergie à l’œuf mais uniquement chez les enfants qui présentaient un eczéma

Une étude de plus sur l’influence de l’environnement dans le développement des maladies allergiques.

Cette fois-ci les auteurs évoquent la possibilité d’un lien entre exposition microbienne et allergie alimentaire.

Il reste qu’il est difficile pour le clinicien de donner un conseil ferme et définitif aux jeunes parents tant les études se contredisent et qu’il n’existe pas encore de conclusion définitive.

Est-ce que l’introduction tardive des aliments chez l’enfant augmente le risque de sensibilisation ultérieure ?

Wickens, Kristin1 ; Fitzharris, Penny2 ; Stanley, Thorsten3 ; Mitchell, Edwin4 ; Crane, Julian1
1University of Otago, Medicine, Wellington, New Zealand ; 2Auckland City Hospital, Immunology, Auckland, New
Zealand ; 3University of Otago, Paediatrics, Wellington, New Zealand ; 4University of Auckland, Paediatrics, Auckland,
New Zealand

Jusqu’à récemment, il était conseillé de retarder la diversification chez les enfants à risque d’allergie sans que les études démontrant ce bénéfice ne soient très probantes.

Les auteurs ont donc réalisé une étude pour évaluer la différence de sensibilisations apparaissant chez des enfants à risque d’allergie selon l’âge d’introduction des aliments.

- Pour les fruits à coque, il apparaît que les enfants chez qui ont avait retardé l’introduction avait un risque augmenté de 44 % d’allergie.
- pour l’œuf, le retard à l’introduction multipliait par 2 le risque de développer une sensibilisation à un aliment quel qu’il soit et augmentait de 50 % le risque de développer une sensibilisation à un aéroallergène,
- Il n’y avait qu’une influence faible au retard à l’introduction des produits laitiers qui pouvaient favoriser l’apparition d’allergie alimentaire (+28%) ou d’allergie aux aéroallergènes (+25%).

Les auteurs concluent que, contrairement à ce qui a été écrit jusqu’à il y a quelques années, le retard d’introduction d’aliments potentiellement allergisants augmente le risque d’allergie.

En effet, de multiples publications maintenant démontrent que la diversification, même concernant les aliments réputés « allergisants » doit se faire avant l’âge de 6 mois quand cela est possible.

Utilisation de l’omega-5 gliadine comme marqueur de la tolérance chez les allergiques au blé.

Ito, Komei1 ; Kando, Naoyuki1 ; Kobayashi, Takae1 ; Yasui, Masahiro1 ; Tanaka, Akira2
1Aichi Children’s Health and Medical Center, Department of Allergy, Obu, Japan ; 2Phadia KK, Tokyo, Japan

Les auteurs ont cherché si le suivi des IgE anti oméga-5 gliadine pouvait guider le clinicien dans le diagnostic de la guérison de l’allergie au blé chez un patient.

Ils ont suivi 87 allergiques au blé pendant 3 ans et demi. Chaque année, un test d’IgE à l’oméga-5 gliadine et un challenge au blé a été réalisé.

La tolérance au blé est survenue chez 40 patients et donc 47 autres sont restés réactifs.

Il n’y avait pas de différence entre les deux groupes selon :
- âge
- durée du suivi
- présence d’une dermatite atopique
- présence d’un asthme
- présence d’autres allergies alimentaires

Les patients du groupe ayant acquis une tolérance
- avaient un niveau d’omega-5 gliadine plus bas lors du diagnostic initial que ceux qui sont restés allergiques.
- ont eu une décroissance de leur taux d’IgE jusqu’à passer sous la limite de significativité pour certains

Les auteurs concluent que l’omega-5 gliadine pourrait être un marqueur de guérison de l’allergie au blé.

L’allergologie moléculaire pourrait donc nous fournir un nouvel outil de surveillance de l’allergie au blé.

Il faudra confirmer la validité de tout ceci par d’autres études. Comme d’habitude...

Diagnostic moléculaire de l’allergie aux fruits de mer

Scala, Enrico ; Alessandri, Claudia ; Santoro, Mario ; Palazzo, Paola ; Pomponi, Debora ; Liso, Marina ; Bernardi, Maria
Livia ; Ferrara, Rosetta ; Zennaro, Danila ; Mari, Adriano
IDI-IRCCS, Center for Molecular Allergology, Roma, Italy

Cette étude a étudiée le profil d’IgE réactivité d’une population italienne allergique aux fruits de mer.

Les auteurs ont inclus des patients consultant pour des réactions allergiques aux fruits de mer : angio-œdème, urticaire ou anaphylaxie.

Les sera étaient étudiés par ISAC microarray ou par dosage de composants allergéniques unitaires.

- 1832 patients ont été inclus
- une grande majorité - 1234 (soit 67 %) – étaient allergiques aux tropomyosines
- parvalbumines : 21%
- Anisakis : 20 %

- Les patients de moins de 25 ans étaient plus souvent des hommes et réagissaient aux tropomyosines (10 %) ou parvalbumines (10 %)
- Les patients de plus de 35 ans étaient plus souvent des femmes et réagissaient à Anisakis (Ani s 1 positif dans 15 %)
- On observait :

  • une anaphylaxie dans 5 % des cas
  • urticaire dans 28 %
  • angio-œdème dans 18%

- L’anaphylaxie et l’angio-œdème étaient retrouvés plus facilement chez les réactifs aux parvalbumines alors que les réactifs à Ani s 1 se plaignaient plus souvent d’urticaire.

Les auteurs concluent que la compréhension du profil allergénique permet un meilleur diagnostic et une meilleure adaptation en terme de conseils alimentaires.

Les différences de réactivité observées suggèrent un mode de sensibilisation différent selon le type de population.

Etude intéressante bien que portant sur une population italienne. Les résultats seraient ils reproductibles chez des français ?

Il faut aussi noter qu’il s’agit d’une étude sur une population se disant allergique et qu’il n’ait pas fait mention de TPO pour affirmer le diagnostic.

L’important taux d’IgE réactivité aux tropomyosines m’a impressionné.

Il n’en reste pas moins que ce type d’étude sur un grand nombre de patients est fondamentale pour aider les patients dans leur régime d’éviction.

Micropuce et allergie à l’arachide

Caimmi, S1 ; Caimmi, D2 ; Marseglia, A2 ; Labò, E2 ; Bulzomì, P2 ; Giunta, V3 ; De Amici, M3 ; Marseglia, GL2
1Ospedale Maggiore di Crema, U.O. di Neonatologia, Patologia Neonatale e Pediatria, Crema, Italy ; 2Foundation
IRCCS Policlinic San Matteo, University Pediatric Department, Pavia, Italy ; 3Foundation IRCCS Policlinic San Matteo,
Hospital Pediatric Clinic, Pavia, Italy

Cette équipe italienne a étudié 74 enfants, de moyenne d’âge 10 ans, avec une histoire clinique évocatrice d’allergie à l’arachide (sans précision dans la communication).

Ils ont réalisé des tests IgE individuels et utilisé la micropuce ISAC Phadia.

- 21 (28%) patients étaient négatifs à l’arachide par test cutané et IgE spécifique : ils étaient tous négatifs aussi par ISAC qui contient Ara h 1, h 2, h 3 et h 8.
- 14 patients (19 %) avaient des tests cutanés et des IgE positifs pour l’arachide. Dans ce groupe, avec l’ISAC :

  • 3 patients étaient négatifs
  • 6 patients étaient positifs à Ara h 1 ou h 2 ou h 3
  • 5 patients étaient positifs pour Ara h 8 mais étaient négatifs pour Ara h 1, h2, h3.

- 39 patients montraient une discordance entre les résultats des explorations « classiques » : tests cutanés négatifs, IgE positives. Leurs résultats avec l’ISAC étaient :

  • 24 patients étaient négatifs
  • 4 avaient une positivité pour un allergène de l’arachide autre que Ara h 8
  • 11 étaient positifs pour Ara h 8 mais négatifs pour h 2, h 3, h1.

Les auteurs expliquent les résultats discordants par le manque de certains panallergènes dans l’ISAC, par exemple Ara h 9.

Ils confirment cependant l’intérêt des tests d’allergologie moléculaire, en particulier par les techniques de micropuce.

La micropuce ISAC proposée par Phadia a fait l’objet de nombreuses publications.

De l’avis de la majorité de ceux qui l’ont testée, elle représente un outil utile pour l’amélioration du diagnostic allergologique.

Cependant, comme toute nouvelle technologie, il faudra sans doute la parfaire sur certains points et bien en préciser les indications et les limites.

Utilité du diagnostic moléculaire dans l’allergie à Anisakis simplex en utilisant rAni s 1 et r Ani s 3.

Gamboa, Pedro Maria1 ; Asturias, Juan Andres2 ; Martinez, Raul3 ; Antepara, Ignacio1 ; Jauregui, Ignacio1 ; Urrutia,
Ignacio1 ; Sanz, Maria Luisa3
1Basurto Hospital, Allergology Service, Bilbao, Spain ; 2Bial-Aristegui, Research and Development Department,
Bilbao, Spain ; 3Navarra University Clinic, Allergology Department, Pamplona, Spain

Les auteurs rappellent que la consommation de produits de la mer infestés par le nématode Anisakis simplex peut induire des symptômes allergiques chez certains patients sensibilisés.

Anisakis serait responsable, selon eux, de 8 % des urticaires aigues et allant même jusqu’au choc anaphylactique dans 25 % des cas.

Le diagnostic par tests cutanés et IgE spécifiques utilisant l’extrait total a une faible spécificité conduisant à un diagnostic par excès d’allergie à Anisakis. C’est pour cela que les auteurs se sont intéressés au diagnostic grâce aux composants allergéniques.

Ils se sont donc penché sur la valeur diagnostique de rAni s 1 (allergène sécrété) et rAni s 3 (tropomyosine) qu’ils ont clonés.

Des tests cutanés, un test d’activation des basophiles et des IgE spécifiques avec rAni s 1 et rAni s 3 ont été réalisés chez 25 patients allergiques à Anisakis, 17 atopiques contrôle et 10 patients contrôle souffrant d’urticaire ayant un tests positif et des IgE positives pour Anisakis mais sans allergie à Anisakis.

- rAni s 1 a une structure immunochimique équivalente à son homologue naturel.
- les tests cutanés avec rAni s 1 ont montré une sensibilité et une spécifité de 100 % chez les allergiques alors que rAni s 3 a toujours été négative.
- Les IgE spécifiques à rAni s 1 ont aussi montré une sensibilité et une spécifité de 100 % chez les allergiques, les atopiques et de 90 % chez les urticariens : un seul patient avec une positivité pour les IgE spécifiques pour rAni s 3.

Les auteurs concluent que
- rAni s 1 est l’allergène majeur d’Anisakis et ainsi l’allergène de choix pour le diagnostic d’allergie à Anisakis.
- rAni s 3 n’explique pas les faux résultats positifs.

Cette équipe espagnole a déjà beaucoup publié sur de grandes séries d’urticaires liées à une allergie à Anisakis.

Dans cet esprit, ils ont fabriqué et testé 2 recombinants : Ani s 1, allergène spécifique, et Ani s 3, tropomyosine. Ils montrent que Ani s 1 serait l’allergène majeur avec une spécificité et une spécifité diagnostique parfaite de 100 %.

Ce pourcentage idéal, souvent rêvé bien peu atteint, en médecine mérite sûrement d’être conforté par d’autres études avec un plus grand nombre de patients.


Compte-rendu offert grâce au soutien du laboratoire ALK

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