La dermatite atopique n’est pas cousine germanique de l’eczéma de contact.

jeudi 22 juin 2006 par Dr Stéphane Guez2193 visites

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La dermatite atopique n’est pas cousine germanique de l’eczéma de contact.

La dermatite atopique n’est pas cousine germanique de l’eczéma de contact.

jeudi 22 juin 2006, par Dr Stéphane Guez

La dermatite atopique et l’allergie de contact entraînent une même lésion : un eczéma. Peut-on penser que les 2 facteurs, intrinsèque et environnemental, agissent de façon concomitante dans l’expression de l’eczéma, ou s’agit-il de 2 affections indépendantes l’une de l’autre ?

Sensibilisation de type IV de patients ayant une dermatite atopique (DA) : résultats de 2 études, IVDK (Information Network of Departments of Dermatology) et DKG (German Contact Dermatitis Research Group). : G. Heine1, A. Schnuch2, W. Uter3, M. Worm1

1Klinik für Dermatologie, Venerologie und Allergologie, Allergie Centrum Charité Campus Mitte, Charité- Universitätsmedizin Berlin, Berlin ; 2Department of Dermatology, Information Network of Departments of Dermatology (IVDK), Georg-August University Göttingen, Göttingen ; 3Department of Medical Informatics, Biometry and Epidemiology, Friedrich-Alexander University Erlangen-Nürnberg, Erlangen, Germany

dans Allergy 61 (5), 611-616

- Introduction :

  • Le rôle de la DA comme facteur de risque de développement d’une allergie de contact est controversé, de même que l’influence de cette affection sur les résultats de patch-tests en raison d’une augmentation du facteur irritatif.

- Matériel et méthodes :

  • Dans cette étude, les auteurs ont analysé la distribution des résultats positifs de patch-tests réalisés avec les allergènes les plus souvent en cause chez des patients ayant :
    • une DA (n=9020)
    • et chez des patients appariés et non atopiques (n=15263).

- Résultats :

  • Le profil de distribution et les fréquences de sensibilisation observées ne sont pas grandement différents des patients non atopiques.
  • Le bufexamac est une exception : chez les patients avec une DA, la sensibilisation est observée 3 fois plus souvent.
  • Pour les autres substances testées, seulement des différences mineures sont observées. De plus, la fréquence de simple, double ou polysensibilisation est pratiquement identique entre les 2 groupes.
  • L’analyse des sites anatomiques de la DA montrent des différences entre les groupes :
    • chez les patients avec une DA, la face (7.2%) et les mains (6.6%) sont plus fréquents
    • et l’atteinte des jambes est moins fréquente (4%).
  • L’analyse de la profession, de la source suspecte d’allergènes et des autres facteurs associés, ne montre pas de différence majeure entre les 2 groupes.

- Conclusion :

  • L’exposition chronique et au long cours de médicaments externes et d’émollients est sans doute responsable de la possibilité d’une sensibilisation vis-à-vis d’allergènes de contact chez les patients ayant une DA.
  • Cependant, de façon surprenante, le profil de sensibilisation des patients est peu différent, qu’il y ait ou non une DA.

Ce travail est une vaste enquête réalisée pour savoir si le fait d’être porteur d’une dermatite atopique est un facteur de risque ou non de développer une allergie de contact, et si cette affection modifie la réalisation et l’interprétation des patch-tests.

Très curieusement, la réponse est non.

Ce travail est très intéressant car il va permettre au clinicien de donner de réponses très importantes à certaines questions très fréquentes des patients.

La première est de savoir si le fait d’être porteur d’une dermatite atopique est un facteur de risque dans la vie de développer plus facilement ou non des allergies de contact. Ce point est important car il peut conditionner l’avenir professionnel du patient. La réponse est non : il n’y a pas plus de risque lorsqu’on compare des patients ayant eu ou non une DA. La seule différence porte sur le risque de sensibilisations à certains médicaments appliqués sur la peau et plus souvent utilisés dans la DA.

Le deuxième point est de savoir si la DA modifie l’expression de l’allergie de contact : là encore, il y a peu de différence, même si on note plus souvent dans la dermatite atopique des lésions au niveau de la face et des bras.

Enfin, la dermatite atopique ne gêne pas la lecture et l’interprétation des patch-tests.

Ainsi, la dermatite atopique et l’eczéma de contact sont bien 2 entités totalement différentes qui ne sauraient être confondues ni sur le plan clinique ni sur le plan physiopathologique.