La CGT met le VEMS K .O.

lundi 19 février 2007 par Dr Clément FOURNIER1182 visites

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La CGT met le VEMS K .O.

La CGT met le VEMS K .O.

lundi 19 février 2007, par Dr Clément FOURNIER

De nombreuses études sur l’efficacité des bronchodilatateurs montrent une amélioration du VEMS, mais retrouvent souvent peu d’amélioration des symptômes cliniques. Cet constatation serait peut être due aux variations de la compression gazeuse thoracique qui joue un rôle confondant dans la mesure du VEMS.

La compression gazeuse thoracique exerce un effet confondant sur la mesure de la réponse immédiate aux bronchodilatateurs : Amir Sharafkhaneh1,2, Tony G. Babb3, Todd M. Officer1, Nicholas A. Hanania1, Hossein Sharafkhaneh1 and Aladin M. Boriek1

1 Baylor College of Medicine, Houston, Texas ; 2 Michael E. DeBakey Veterans Affairs Medical Center, Houston, Texas ; and 3 UT Southwestern Medical Center, Dallas, Texas

dans American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine Vol 175. pp. 330-335, (2007)

- Rationnel :

  • L’amélioration du VEMS constitue l’objectif principal dans les essais cliniques pour évaluer l’efficacité des bronchodilatateurs.
  • Cependant, la compression gazeuse thoracique (CGT - voir commentaires) peut être un facteur confondant de l’effet des bronchodilatateurs sur le débit expiratoire maximal.

- Objectifs :

  • Déterminer si la CGT est un facteur confondant des effets de l’albuterol sur le VEMS.

- Méthodes :

  • Nous avons évalué la réponse à l’inhalation d’albutérol chez 10 sujets sains, 9 sujets asthmatiques, et 15 sujets avec broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) ayant un âge moyen de 38 ans (DS Déviation Standard 11), 45 ans(DS 11), et 64 ans(DS 8) respectivement.
  • La mécanique pulmonaire était mesurée en base et 20 minutes après l’inhalation de 180 μg d’albutérol.
  • Nous avons ensuite appliqué une nouvelle méthode pour calculer le VEMS corrigé selon l’effet de la CGT (NVEMS).

- Résultats :

  • Avant l’administration d’albutérol, le NVEMS était significativement plus haut que le VEMS.
  • Cependant, après inhalation d’albutérol, du fait d’une réduction de la CGT, le VEMS augmentait plus que le NVEMS.
  • En analyse de régressions multiples, les changements de la CGT, des résistances inspiratoires pulmonaires, et du ratio du volume résiduel sur la capacité pulmonaire totale après albutérol prédisaient plus de 75 % des améliorations de VEMS chez les BPCO.

- Conclusion :

  • Les améliorations du VEMS après albutérol chez les patients BPCO sont liées à la réduction des résistances pulmonaires, de l’hyperinflation, et de la CGT.
  • L’effet de la réduction de la CGT est négligeable durant la respiration courante non forcée.
  • Ainsi, bien que la réduction des résistances pulmonaires et de l’hyperinflation puisse avoir comme conséquence l’amélioration de la dyspnée sous bronchodilatateur, la contribution de la réduction de la CGT à l’amélioration du VEMS pourrait ne pas avoir d’effets cliniques significatifs en respiration courante non forcée.
  • Cette constatation doit être prise en considération lors de l’évaluation de l’efficacité de nouveaux bronchodilatateurs.

Durant une expiration forcée chez un sujet avec limitation des débits expiratoires, le volume d’air expiré à la bouche (mesuré par le spiromètre) peut être très différent de la modification du volume pulmonaire générée (mesuré par un pléthysmographe). Cette différence de volume est liée à la compression gazeuse thoracique.

Cet article très « spirométrique » analyse les mécanismes des modifications du VEMS après bronchodilatateurs. Les auteurs émettent l’hypothèse que l’augmentation du VEMS après bronchodilateurs est liée à la fois à la réduction des résistances des voies aériennes mais également à la diminution de la compression gazeuse thoracique, qui serait alors un facteur confondant.

Ils calculent pour cela un NVEMS « corrigé selon la CGT » dont les variations sont affranchies de celle de la CGT. Ils montrent alors que le NVEMS est plus haut en base que le VEMS, et qu’il varie peu après bronchodilatateur, contrairement au VEMS qui augmente. Parallèlement, la CGT diminue après bronchodilatateurs.

Lors de la respiration spontanée courante (à l’opposé des manœuvres forcées de VEMS), la CGT est minime, et ses variations deviennent négligeables. L’amélioration observé sur le VEMS lors d’une manœuvre forcée n’a donc plus aucun lien avec la mobilisation de volume courant lors d’une respiration normale, essentiellement liée aux résistances pulmonaires. Ceci permet de comprendre (en particulier chez le BPCO où la limitation des débits est importante) pourquoi l’amélioration du VEMS observée après bronchodilatateurs n’est pas toujours en relation avec une amélioration des symptômes et de la tolérance à l’exercice.

La mesure du VEMS est donc imparfaite pour évaluer l’efficacité clinique d’un bronchodilatateur. Il faudrait certainement s’intéresser beaucoup plus aux mesures des résistances pulmonaires.