L’allergie au latex, ça trompe énormément...

mardi 6 mars 2007 par Dr Christian Debavelaere3735 visites

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L’allergie au latex, ça trompe énormément...

L’allergie au latex, ça trompe énormément...

mardi 6 mars 2007, par Dr Christian Debavelaere

Une allergologie de qualité donne une large place à l’enquête clinique qui permet d’évoquer une pathologie allergique et mettre en œuvre les tests cutanés et sanguins qui confirmeront le diagnostic de l’allergie et de l’allergène en cause. Je garde en mémoire cette affirmation : « Écoute ton patient, il te donne le diagnostic ! ». Malheureusement, parfois un symptôme anodin n’est pas signalé, à l’inverse certaines questions dirigées par le praticien conduit le patient à confirmer faussement un symptôme recherché dans la crainte de ne pas voir découvrir son allergie. Se pose alors la place d’un dépistage systématique de l’allergène, tout particulièrement si un risque vital est en jeu comme le risque anaphylactique per-opératoire dans le cas d’une allergie méconnue au latex.

Allergie au latex au sein d’une cohorte de patients exempts de facteurs de risques et souffrant de symptômes respiratoires : prévalence de la sensibilisation au latex et évaluation des outils diagnostiques. : Adriano Maria, Enrico Scalaa, Claudio D’Ambrosioa, Heimo Breitenederb, Stefan Wagnerb

aCenter of Clinical and Experimental Allergology, IDI-IRCCS, Rome, Italy ;
bDepartment of Pathophysiology, Medical University of Vienna, Vienna, Austria

dans International Archives of Allergy and Immunology 2007 ;143:135-143

- Contexte

  • L’hypersensibilité IgE-médiée au latex naturel est un problème important en allergologie.
  • Habituellement, l’utilisation des tests cutanés par la méthode du prick avec des extraits de latex naturels et la détection des IgE spécifiques pour le diagnostic des l’allergie au latex est réalisée dans le but d’identifier les sujets à risque.
  • De nombreux cas d’allergie aux protéines du latex demeurent sous diagnostiqués car le patient ne signale pas les symptômes évocateurs ou par manque de questions adéquates de la part du médecin.

- Matériels et méthodes

  • 6126 patients consultant pour des symptômes respiratoires bénéficièrent de prick tests aux protéines de latex naturel.
  • Les patients ayant des tests positifs bénéficient alors d’une recherche d’exposition au latex et d’une recherche des IgE spécifiques pour les protéines de latex naturelles et les molécules recombinantes.
  • Des immunoblots d’extraits de protéines de latex naturel furent réalisés pour identifier les caractéristiques des IgE.

- Résultats

  • 46 des 3930 patients sensibilisés avaient un test cutané positif au latex naturel en prick-test, établissant une prévalence de sensibilisation aux protéines de latex naturel de 0,75 % d’une population générale et de 1,2% d’une population atopique.
  • 11 patients parmi les 46 soit 23,9% étaient asymptomatiques vis-à-vis des protéines de latex.
  • 35 patients parmi les 46 soit 76,1% présentaient des symptômes lors de l’exposition au latex.
  • Des IgE spécifiques des protéines de latex naturel étaient mises en évidence chez 22 des 29 sera testés (75,86%).
  • 17 parmi les 22 sera avaient des IgE spécifiques pour des allergènes recombinants, le plus souvent Hev b5, Hev b 6.01 et Hev b 6.02.
  • Les immunoblots entre les composants des extraits naturels de latex et les sera de patients montraient des caractères hétérogènes.

- Conclusion

  • Les tests cutanés par la méthode du prick à base d’extrait de latex naturel devraient être réalisés en routine chez les patients présentant des symptômes respiratoires.
  • Hev b 5, Hev b 6.01 et Hev b 6.02 sont les allergènes majeurs mais il est nécessaire d’identifier de nouveaux allergènes à partir des extraits naturels du latex et clarifier le rôle des réactivités croisées avec les déterminants carbohydrates (CCD)

Cette étude Italo-autrichienne recherche la prévalence de la sensibilisation au latex dans une population sélectionnée, présentant une allergie des voies respiratoires.

Elle rappelle les critères diagnostiques : positivité des tests cutanés réalisés par prick test à base d’extrait naturel et recherche positive des IgE spécifiques de l’allergène.

Elle expose un fait majeur du sous diagnostic de l’allergie au latex car le patient ne pense pas toujours à signaler les symptômes permettant d’évoquer le diagnostic.

Le praticien lui-même ne pense pas toujours à poser les questions clefs permettant l’identification d’un sujet à risque.

6126 patients sont testés, 3930 ont une sensibilisation allergique et 46 présentent des tests positifs pour le latex, 11 sont asymptomatiques, et 35 symptomatiques.

Des IgE spécifiques sont détectées dans 22 cas, 17 sont positifs pour les recombinants principaux, d’autres allergènes à caractériser sont probablement en cause.

La conclusion de cette étude plaide pour un dépistage systématique de la sensibilisation au latex dans une population consultant pour une allergie respiratoire.

Personnellement, cette attitude me semble raisonnable, j’ai intégré le test latex dans ma batterie de dépistage de l’allergie respiratoire et détecte fréquemment des sensibilisations au latex, l’interrogatoire complémentaire en cas de test positif révèle volontiers des faits cliniques que le patient ne pense pas à mentionner comme une intolérance aux gants ménagers ou médicaux, un œdème labial lors du gonflage d’un ballon de baudruche.

À l’inverse, la recherche de ces signes évocateurs par l’interrogatoire est parfois parasité par le signalement de réactions non spécifiques d’irritation liées à l’effet occlusif du port de gants chez des patients atopiques présentant fréquemment un état cutané de xérose et de fragilité cutanée.

Enfin un interrogatoire trop directif du praticien conduit certains patients à arguer des symptômes imaginaires, contrariant la valeur irremplaçable de l’enquête allergologique clinique.

Compte tenu du risque anaphylactique per-opératoire en cas d’allergie au latex méconnue et la fréquence des allergies alimentaires croisées parfois révélatrices de l’allergie au latex, une attitude de dépistage simple comme l’intégration du test latex dans la batterie de dépistage de l’allergie respiratoire me semble judicieuse.