Efficacité clinique des antihistaminiques : allergologue on vous trompe depuis 20 ans !!

mardi 20 mars 2007 par Dr Stéphane Guez5931 visites

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Efficacité clinique des antihistaminiques : allergologue on vous trompe depuis 20 ans !!

Efficacité clinique des antihistaminiques : allergologue on vous trompe depuis 20 ans !!

mardi 20 mars 2007, par Dr Stéphane Guez

La pierre angulaire du traitement des allergies est l’antihistaminique qui est une classe dont le nombre de molécules a beaucoup augmenté ces dernières années. Si les différents laboratoires avancent des différences entre ces médicaments, l’allergologue ne les retrouve pas toujours sur le plan clinique. Pourquoi ?

Inhibition de la réponse cutanée induite par l’histamine : est-ce vraiment un test valable pour estimer l’efficacité clinique d’un antihistaminique ? : P. Devillier, J. Bousquet (2007)

*Hôpital Foch, Suresnes, France and Hôpital Arnaud de Villeneuve, Montpellier, France

dans Clinical & Experimental Allergy
Volume 37 Issue 3 Page 400 - March 2007

- Introduction :

  • L’histamine joue un rôle central dans les réponses allergiques.
  • L’inhibition de la papule et de l’érythème induits par l’histamine est un outil pharmacodynamique classique pour évaluer l’activité d’un antagoniste des récepteurs H1.
  • La rapidité de l’inhibition ainsi que sa durée sont souvent utilisées comme l’équivalent d’un test prédictif d’efficacité clinique.

- Objectif de l’étude :

  • Les différences pharmacodynamiques entre les anti-histaminiques sont souvent interprétées comme pouvant traduire des différences équivalentes en terme d’efficacité clinique. Est-ce vraiment le cas ?

- Matériel et méthode :

  • Une revue systématique de la littérature de 1980 à 2006 portant sur ce test a été réalisée.
    • Les mots clés utilisés pour la recherche informatique ont été les suivants : tests cutanés, papule, érythème et antihistaminique.
    • L’extraction d’articles a été faite à partir des articles trouvés pour rechercher d’autres études significatives non identifiées initialement.
  • Les données, concernant les études humaines portant sur le test d’inhibition de la papule et de l’érythème histamino-induits par les antihistaminiques de deuxième génération, ont été colligées et évaluées.
  • Une revue de la littérature de 1980 à 2006 a été faite à la recherche des études comparatives portant sur l’évaluation clinique des antihistaminiques de deuxième génération dans la rhinite allergique et l’urticaire chronique idiopathique.
    • Les données extraites de ces études ont été systématiquement revues.

- Résultats :

  • Des différences ont été notées parmi les antihistaminiques de deuxième génération en terme de capacité à inhiber la papule et l’érythème histamino-induits.
  • Des différences correspondantes sur le plan clinique en terme d’efficacité dans la rhinite et l’urticaire chronique n’ont pas été retrouvées après étude systématique des données de la littérature.
  • Les raisons de cette absence de corrélation entre l’effet pharmacodynamique et l’efficacité clinique peuvent être dues :
    • à des différences sur le lieu de libération de l’histamine,
    • à des différences de concentration en histamine
    • à la courte durée d’évaluation des études pharmacodynamiques.

- Conclusion :

  • Le test d’inhibition de la papule est un test pharmacodynamique qui ne peut pas être utilisé pour prédire des différences entre les antihistaminiques en terme d’efficacité sur le plan clinique.
  • Ce n’est donc pas un test valable permettant une alternative à l’évaluation clinique des antihistaminiques dans la rhinite allergique et dans l’urticaire chronique.

A partir d’une étude exhaustive de la littérature, les auteurs ont évalué le test d’inhibition de la papule et de l’érythème, test utilisé comme pertinent pour prouver l’efficacité clinique d’un antihistaminique. La réponse est négative, en particulier pour la rhinite et l’urticaire chronique.

Il s’agit d’une étude extrêmement intéressante et importante à connaître par tous les allergologues.

En effet, les antihistaminiques sont une des thérapeutiques majeures de la prise en charge des maladies allergiques.

S’il existe de nombreux médicaments, avec des arguments d’efficacité et de rapidité d’action différents, en pratique clinique on observe très souvent un hiatus entre les résultats attendus et les résultats observés.

Ce travail démontre que le problème est très en amont dans la conception même de la communication sur l’anti-histaminique.

En effet, l’activité antihistaminique est appréciée par un test d’inhibition de la papule et de l’érythème qui est considéré comme prouvant une efficacité identique sur le plan clinique.

La comparaison entre les données acquises pour les différents antihistaminiques à partir du test d’inhibition de la papule et de l’érythème, et les données issues des études cliniques d’efficacité réelle des mêmes anti-histaminiques dans la rhinite et l’urticaire chronique idiopathique ne coïncident pas.

Il n’y a donc pas de parallélisme entre les résultats obtenus par ce test et l’efficacité réelle obtenue dans des maladies allergiques identifiées.

Ce test unanimement utilisé pour évaluer l’efficacité des antihistaminiques n’est donc pas pertinent et cela explique l’absence parfois observée de résultats en pratique quotidienne, malgré les preuves avancées par les laboratoires.

Il est donc indispensable, pour choisir un anti-histaminique, de privilégier les preuves cliniques d’efficacité et non l’extrapolation faite à partir des résultats du test d’inhibition de la papule comme c’est souvent le cas.