Tests cutanés aux bétalactamines : la « roulette russe » !!!

jeudi 14 février 2008 par Dr Stéphane Guez3341 visites

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Tests cutanés aux bétalactamines : la « roulette russe » !!!

Tests cutanés aux bétalactamines : la « roulette russe » !!!

jeudi 14 février 2008, par Dr Stéphane Guez

L’allergie aux bétalactamines est de plus en plus fréquente et pose de nombreux problèmes, les consensus en pathologie infectieuse faisant largement appel à cette famille antibiotique. Mais, les tests cutanés allergologiques sont-ils suffisamment fiables pour autoriser la réintroduction de ces médicaments en cas de négativité ?

Un test de provocation oral est nécessaire pour le diagnostic d’hypersensibilité aux bétalactamines. : Bousquet PJ, Pipet A, Bousquet-Rouanet L, Demoly P.

Exploration des Allergies, Maladies Respiratoires and INSERM, Hôpital Arnaud de Villeneuve, University Hospital of Montpellier, Montpellier Cedex 5, France.

dans Clin Exp Allergy. 2008 Jan ;38(1):185-90

- Introduction :

  • Les bétalactamines (BétaL) restent les médicaments les plus souvent impliqués dans les réactions allergiques médicamenteuses.
  • Cette famille est souvent essentielle dans le traitement des maladies infectieuses et il y a un rapport risque/bénéfice et économique qui est suffisamment favorable pour proposer l’exploration de toutes les suspicions d’allergie aux BétaL.
  • Un diagnostic précis est toujours basé sur des tests cutanés et quelquefois sur des tests de provocation.
  • Des recommandations ont été publiées par les sociétés d’allergologie et des scientifiques confirmés, mais il n’y a pas toujours de concordance dans ces recommandations et cela peut induire une certaine confusion pour l’allergologue praticien.
  • La situation s’est même détériorée depuis le retrait mondial des déterminants des pénicillines pour la réalisation des tests cutanés, et du fait de l’augmentation des prescriptions d’amoxicilline et de céphalosporines dans la plupart des pays.

- Objectif de l’étude :

  • Dans un article récent, il a été établi que les patients ayant des antécédents d’allergie à la pénicilline et de tests cutanés négatifs pour les déterminants mineurs et majeurs de la pénicilline ont un risque faible de refaire une allergie (0 à 5%) s’ils reprennent de la pénicilline.

- Matériel et méthode :

  • Pour ce travail, les auteurs ont utilisé la banque de données des allergies médicamenteuses et de réactions d’hypersensibilité afin de démontrer que cette conclusion est en réalité fausse.
  • Les questionnaires standardisés du groupe de travail européen sur les allergies médicamenteuses, les tests cutanés et les tests de provocation ont été utilisés.

- Résultats :

  • 1218 patients, 69.8% de femmes et 51.7% d’atopiques, ont été inclus.
  • 21.1% avaient une véritable allergie aux BétaL, confirmée par les tests cutanés (178, 69.3%) ou par un test de provocation médicamenteux (79, 30.7%).
  • 17.4 % des patients ayant un test cutané négatif vis-à-vis des déterminants majeurs ou mineurs de la pénicilline étaient positifs lors de la réintroduction d’une BétaL.

- Conclusion :

  • Pour le diagnostic d’allergie aux BétaL, si tous les tests sont négatifs, des tests complémentaires avec d’autres déterminants antigéniques et des tests de réintroduction sous stricte surveillance sont nécessaires.

Les auteurs ont étudié la validité de l’hypothèse selon laquelle les patients ayant fait une réaction d’allure allergique aux BétaL et ayant des tests cutanés négatifs pourraient reprendre sans risque ces antibiotiques.

Il est retrouvé 17.4% de faux négatifs : un test de réintroduction est donc nécessaire avant d’autoriser la reprise de BétaL.

Ce travail est très important pour guider la prise en charge des patients suspects d’allergie aux bétalactamines en pratique allergologique courante.

Il apparaît une fausse négativité des tests cutanés pour 17% des patients suspects d’allergie qui s’avèrent effectivement allergiques lors d’une réintroduction d’une bétalactamine en milieu protégé.

On peut cependant mentionner que les tests ont été essentiellement réalisés avec les déterminants majeurs et mineurs de la pénicilline, qui ne sont d’ailleurs plus commercialisés actuellement.

Cette étude montre donc surtout que ces tests avec ces déterminants laissent passer 17% de véritables allergies. On peut espérer que d’autres tests cutanés soient plus performants, par exemple en testant directement les molécules suspectes à la fois en prick et en IDR.

Pour mémoire il faut également souligner que l’on ne connaît pas la valeur prédictive positive réelle de ces tests : en effet il n’y a pas d’études de réintroductions systématiques pour des patients ayant des tests positifs aux déterminants de la pénicilline.

On voit donc qu’il y a encore des progrès à faire pour disposer d’un marqueur cutané fiable d’une allergie vraie aux bétalactamines.

En l’attente il est préférable de faire systématiquement un test de réintroduction en milieu hospitalier avant d’autoriser la prescription de bétalactamines chez ces patients.

Reste le coût pratique et économique qui semble cependant, pour les auteurs, justifier largement cette façon de faire.