Des souris et des hommes !

mercredi 2 avril 2008 par Dr Christian Debavelaere1630 visites

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Des souris et des hommes !

Des souris et des hommes !

mercredi 2 avril 2008, par Dr Christian Debavelaere

L’allergologue est confronté quotidiennement à des situations cliniques ambigües, sensibilisation allergénique déconnectées de manifestations cliniques. En matière d’allergie professionnelle, les conséquences sont lourdes. Cette étude portant sur les travailleurs exposés aux animaux de laboratoires nous donne une direction à suivre.

Comparaison entre prick test, test en intradermo et IgE spécifiques dans le diagnostic de l’allergie à la souris. : Sharma HP, Wood RA, Bravo AR, Matsui EC.

Department of Pediatrics, Division of Pediatric Allergy and Immunology, Johns Hopkins University School of Medicine, Baltimore, Md.

dans J Allergy Clin Immunol. 2008 Mar 4

- Contexte

  • La sensibilisation à la souris est évaluée par l’utilisation de tests cutanés et par le niveau sérique des IgE spécifiques des allergènes de la souris, toutefois on ne sait pas si un test cutané positif ou un niveau sérique d’IgE identifie avec pertinence les sujets ayant une sensibilisation clinique.

- Objectifs

  • Nous comparons les tests cutanés et le taux sérique d’IgE souris dans le diagnostic de l’allergie à la souris.

- Méthode

  • 69 sujets travaillant avec les souris de laboratoire subirent des test cutanés en prick, en intradermo et une mesure des IgE sériques spécifiques des allergènes de la souris, complété par un test de provocation allergénique nasal avec des concentrations croissantes d’allergènes souris.
  • La réponse au test de provocation était mesuré par le score symptomatique nasal.

- Résultats

  • 38 femmes et 31 hommes avec un âge moyen de 30 ans ont été étudiés,
  • 49 professionnels signalaient des symptômes lors des contacts avec la souris, parmi lesquels 10 avaient des IgE positives pour la souris et 12 avaient des tests cutanés en prick positifs.
  • 15 sujets avaient des prick négatifs mais des IDR positives.
  • Un test de provocation nasal était positif chez 70% des travailleurs ayant des IgE souris positives, 83% des travailleurs ayant des prick positifs, 33% des travailleurs ayant des prick négatifs mais des IDR positives et 0% des travailleurs ayant des IDR négatives.
  • Les test cutanés en prick étaient plus performants et avaient la meilleure valeur prédictive positive ou négative.
  • Parmi les participants ayant un résultat positif au test de provocation, ceux qui avaient une réponse positive au prick ou des IgE souris avaient significativement une valeur seuil positive plus basse au test de provocation par rapport à ceux qui avaient une réponse positive aux IDR (p= 0,01).
  • Les travailleurs ayant un test de provocation positif avaient une élévation de l’éosinophile nasale plus importante après le test de provocation que ceux qui avaient des résultats négatifs aux résultat du test de provocation (p=0,03).

- Conclusion

  • Les prick tests sont plus performants pour distinguer les patients allergiques à la souris.
  • Les IgE spécifiques de la souris et les IDR semblent moins utiles que les pricks dans le diagnostic de l’allergie à la souris.

Cette étude américaine évoque le problème de l’allergie professionnelle aux animaux de laboratoire, la souris dans cette étude, et la difficulté de distinguer allergie et simple sensibilisation. Les outils de l’allergologue sont utilisés, prick, IDR, IgE, test de provocation nasal, sur un échantillon de 69 personnes.

Une fois de plus cette publication met l’accent sur la difficulté à mettre en relation une enquête allergologique positive en test cutané et sanguin qui signifie une sensibilisation avec une réaction clinique donc une maladie.

Toutes les composantes de l’enquête allergologique sont mise en œuvre, test cutané en prick et en IDR, mesure des IgE puis test de provocation.

En définitive le prick est le plus fiable, en accord avec la pratique courante. En effet le test cutané explore une cellule mastocytaire, portant des anticorps spécifiques et dégranulant son histamine au contact de l’allergène. Les IgE dosés circulent librement dans les vaisseaux, l’IDR est parfois responsable de dermographisme faussant l’interprétation des tests, le test de provocation est chronophage, coûteux en matériel (allergène) et difficilement utilisable en routine.

La clinique reste un élément essentiel dans une affection professionnelle avec ses conséquences humaines.