Un seul pas de la seringue au flacon mais… faut-il le franchir ?

lundi 14 septembre 2009 par Dr Geneviève DEMONET3361 visites

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Un seul pas de la seringue au flacon mais… faut-il le franchir ?

Un seul pas de la seringue au flacon mais… faut-il le franchir ?

lundi 14 septembre 2009, par Dr Geneviève DEMONET

Un des intérêts de l’immunothérapie sublinguale est l’absence d’effets secondaires sévères. La tentation pourrait donc être grande, en cas de réaction indésirable en injectable, de passer à la voie sublinguale. Mais est-ce une bonne idée ?

L’immunothérapie sublinguale n’est pas toujours une alternative sure à l’immunothérapie sous-cutanée : Marie M. Cochard, MD, Philippe A. Eigenmann, MD

Department of Pediatrics, University Hospitals of Geneva, Switzerland

dans JACI Volume 124, Issue 2, Pages 378-379 (August 2009)

Dans le JACI d’août 09, l’équipe de P. Eigenmann rapporte, dans une lettre à l’éditeur, le cas de 2 adolescents chez qui la voie d’administration de l’immunothérapie a été modifiée en raison d’effets secondaires.

La première patiente de 14 ans

  • était traitée pour une rhinite et un asthme pollinique (sans asthme en dehors du printemps) avec un mélange de pollens (50% graminées, 20% bouleau, 15% seigle et 15% plantain) injecté par voie sous-cutanée (Allergovit, Allergopharma).
  • En raison de réactions locales importantes (mais en l’absence de réaction systémique) le traitement était interrompu et remplacé 4 mois avant la saison pollinique par une immunothérapie sublinguale (ITSL) à l’aide d’un extrait pollinique composé de 80% graminées et 20% seigle (Staloral 300, Stallergènes), administré sur un mode accéléré avec augmentation des doses toutes les 20 minutes pour atteindre 8 pressions.
  • Un prurit buccal était signalé par la patiente sans nécessité de traitement ni de modification du protocole. La désensibilisation était poursuivie au domicile à la dose de 8 pressions par jour.
  • Une attaque d’asthme sévère surviendra 1 semaine plus tard et se répètera à la reprise du traitement à une dose inférieure (4 pressions). La désensibilisation sera alors interrompue.

Le second patient est un jeune garçon de 13 ans polysensibilisé (pollens, acariens, moisissures, chat) avec rhinite et asthme.

  • Une désensibilisation injectable avait été décidée à l’aide de 2 extraits séparés (pollens d’une part : 80% graminées-20% seigle et acariens d’autre part : D Pter 50%-D Far 50%) (Phostal, Stallergènes).
  • Les 3 premières injections ayant provoqué une crise d’asthme (cédant après administration d’un bêta-agoniste et d’un antihistaminique), le traitement a été remplacé par un extrait sublingual de pollens (80% graminées-20%seigle, Staloral 300, Stallergènes) avec ajout 10 semaines plus tard d’un extrait d’acariens (D Pter 50%-D Far 50%, Staloral 300, Stallergènes) à l’aide d’un protocole accéléré pour atteindre 8 pressions à chaque administration, les produits étant pris de façon alternée un jour sur 2.
  • L’extrait d’acariens était rapidement interrompu, malgré une bonne tolérance locale, en raison de la survenue d’une rhinite avec obstruction nasale importante.
  • Les symptômes disparus à l’arrêt de la désensibilisation réapparaîtront (avec aggravation de l’asthme) lors d’une seconde tentative à la fin de l’automne suivant.
  • L’extrait pollinique bien supporté a par contre été poursuivi jusqu’à la fin de la saison pollinique.

Les auteurs attirent l’attention, suite à ces observations, sur la possibilité de réactions systémiques avec la voie sublinguale et du danger potentiel d’un passage à la voie sublinguale lorsque la voie sous-cutanée est mal tolérée.


L’immunothérapie sublinguale (ITSL) est réputée bien tolérée avec des effets secondaires essentiellement locaux.

En cas de réaction systémique avec la voie sous-cutanée, le passage à la voie sublinguale n’est cependant pas sans danger.

C’est ce que nous rappelle la publication de 2 cas de réactions systémiques après changement de voie d’administration.

Quelques remarques méritent cependant d’être faites.

Tout d’abord, l’indication de la désensibilisation chez un patient polysensibilisé comme le second adolescent est discutable (et discutée…).

On peut aussi s’interroger sur les extraits utilisés chez ces patients (mélange polliniques ?).

Enfin, une progression des doses plus lente avec une concentration inférieure aurait-elle provoqué les mêmes réactions ? L’histoire ne le dit pas…

Il n’en reste pas moins que la prudence s’impose et que le passage de la voie sous-cutanée à la voie sublinguale n’est pas anodine…