Asthme persistant ? Faites vos pronostics !

vendredi 19 mars 2010 par Dr Céline Palussière589 visites

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Asthme persistant ? Faites vos pronostics !

Asthme persistant ? Faites vos pronostics !

vendredi 19 mars 2010, par Dr Céline Palussière

Quels sont les risques pour un enfant ayant souffert de bronchiolite de rester asthmatique à l’âge adulte ? La plupart des asthmes ne disparaissent-ils pas avec la puberté ? Cette enquête parue dans Allergy étudie le devenir de ces enfants siffleurs.

Asthme à l’âge adulte après les sifflements dans l’enfance : une étude sur questionnaire à l’âge de 27 ans. : M. Ruotsalainen 1 , E. Piippo-Savolainen 1 , M. K. Hyvärinen 1 & M. Korppi 1,2

1 Department of Pediatrics, Kuopio University and Kuopio University Hospital, Kuopio ; 2 Pediatric Research Centre, Tampere University and Tampere University Hospital, Tampere, Finland

dans Allergy
Volume 65 Issue 4, Pages 503 - 509

- Contexte :

  • Les sifflements dans la petite enfance constituent un ensemble hétérogène, le pronostic à long terme variant d’une guérison complète à un asthme chronique.
  • Alors que les événements à court terme ont été fortement étudiés, il existe un manque de données sur les événements à long terme à l’âge adulte.
  • Le but de l’étude était d’évaluer la prévalence et les facteurs de risque de l’asthme à l’âge de 26-29 ans, après avoir eu des sifflements dans la petite enfance.

- Méthodes :

  • A l’âge moyen de 27.3 ans (26.3 à 28.6 ans), un questionnaire était envoyé aux 78 sujets de l’étude, ayant été hospitalisés pour sifflements avant l’âge de 24 mois, et 59 (76%) ont répondu.
  • L’asthme, l’allergie et le poids étaient comparés avec des sujets contrôles suivis depuis la naissance et avec une population contrôle non sélectionnée recrutée pour cette étude à l’âge adulte.

- Résultats :

  • Un asthme diagnostiqué par un médecin existait chez 20% des patients ayant souffert de bronchiolite, par comparaison avec les 5% des deux groupes contrôles (OR 2.1, 95% IC 0.3-17.9 vs sujets contrôles sélectionnés ; OR 5.2, IC 1.7-15.8 vs sujets contrôles non sélectionnés).
  • Les résultats respectifs pour l’asthme rapporté par les patients eux-mêmes étaient 41% et 7-10% (OR 11.4, 95% IC 2.3-56.1 vs sujets contrôles sélectionnés ; OR 12.2, 95% IC 4.4-33.7 vs sujets contrôle non sélectionnés).
  • Une rhinite allergique actuelle et un tabagisme actuel étaient significativement associés à l’asthme, mais un surpoids ou une obésité actuels ne l’étaient pas.
  • Dans les analyses multi variées, les sifflements de la petite enfance étaient un facteur de risque indépendant de l’asthme à l’âge adulte.

- Conclusion :

  • Le risque d’asthme demeure accru chez les sujets ayant eu des sifflements dans leur petite enfance, même après plusieurs années dans symptômes à l’âge scolaire, au moins jusqu’à l’âge de 27 ans.

Cette enquête menée en Finlande étudie le lien entre les sifflements du nourrisson et la persistance d’un asthme à l’âge adulte. Un questionnaire de déclaration était donc envoyé à 78 sujets ayant été hospitalisés avant l’âge de 2 ans pour bronchiolite.

Les données de 59 sujets de 27 ans en moyenne ont donc été comparées avec celles de deux populations contrôles : des sujets ayant été suivis dans leur petite enfance mais sans symptômes respiratoires, et des sujets adultes non sélectionnés.

Lorsque l’asthme est diagnostiqué par un médecin, les sujets ayant souffert de bronchiolite dans la petite enfance ont deux fois plus de risque que les autres de développer un asthme.

Lorsqu’il s’agit d’un autodiagnostic, ce risque passe à 11 !

Les autres facteurs de risque identifiés étaient une rhinite allergique et un tabagisme actif.

Les données de cette étude permettent de souligner plusieurs points.

D’une part que le mythe de l’asthme qui disparait à la puberté n’est pas toujours fondé. Même s’il est vrai qu’un certain nombre d’enfants étiquetés asthmatiques vont voir leur symptomatologie s’améliorer lors de l’adolescence, cette évolution n’est malheureusement pas aussi schématique pour tous. La « disparition » des crises à la puberté n’est constatée que dans 1/3 des cas.

Au total, 1/3 des nourrissons de moins de 3 ans est « siffleur », et 40% resteront symptomatiques à 6 ans.

Il a ainsi été défini quatre types d’enfants siffleurs (Illy, Lancet 2006) : les enfants siffleurs intermittents (jusqu’à 2-3 ans seulement), les siffleurs non atopiques (réaction aux infections virales), les asthmatiques persistants et les siffleurs intermittents sévères.

Cette étude cherche donc la proportion d’enfants définis comme asthmatiques persistants. Le facteur de risque le plus reconnu pour les enfants souffrant de bronchiolite dans l’enfance est la gravité des symptômes.

Or dans cette étude, les sujets avaient été hospitalisés, ce qui n’est pas le cas de tous les enfants atteints de bronchiolite.

Il existe donc un certain biais de sélection, en étudiant le devenir de ces enfants siffleurs assez gravement atteints pour justifier une hospitalisation, ce qui est déjà en soi un facteur de risque de persistance des symptômes respiratoires à l’âge adulte.

Le deuxième point à souligner est que le deuxième facteur de risque identifié est la rhinite allergique. Ce qui tend à dire que les asthmes allergiques sont plus durables. C’est bien l’allergie qui est un facteur de risque de persistance de l’asthme, et non la rhinite, puisque l’allergie alimentaire est aussi en cause.

Le troisième facteur de risque est le tabagisme, qui, actif comme passif, entretient l’inflammation bronchique responsable des symptômes… de même que l’absence de traitement.

Cette étude, même un peu pessimiste, a le mérite de souligner l’importance du suivi rapproché de ces « enfants siffleurs », de la réalisation de bilans allergologiques, et de l’éviction du tabac.