EAACI 2010 = le congrès du Dr Gérald Gay

jeudi 10 juin 2010 par Dr Gérald Gay1996 visites

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EAACI 2010 = le congrès du Dr Gérald Gay

EAACI 2010 = le congrès du Dr Gérald Gay

jeudi 10 juin 2010, par Dr Gérald Gay

Mon congrès londonien à l’EAACI 2010, récit d’outre-Manche, par le Dr Gérald GAY : faits et pensées d’un allergologue avisé.

Introduction (j’écris ici le mot « introduction » en anglais pour faire couleur locale, mais que les rebelles à la langue de Shakespeare se rassurent, la suite est rédigée en français).

Les années passent, et voici que débute aujourd’hui un nouveau congrès de l’EAACI, avec un cru 2010 particulièrement riche en publications de toutes sortes. Bien que se déroulant à Londres, l’ouverture du congrès n’a pas été l’objet de l’ouverture des parapluies, la météorologie locale étant quasiment estivale, voire même orageuse avec une chaleur pesante.

Les bras m’en tombent, à l’instar de la Vénus de Milo, quand je songe que l’Académie Européenne d’Allergologie et d’Immunologie Clinique fut fondée en 1956, soit bien avant la naissance de votre serviteur. Il découle de la qualité des travaux présentés par les acteurs de cette association une pérennité indiscutable, et un succès qui dépasse autant l’entendement que les frontières du « vieux continent », puisque l’association ne compte pas moins de 5500 membres actuellement, originaires de 107 pays différents.

En avant-première, sachez que le congrès 2011 sera l’occasion de fêter le centième anniversaire de l’immunothérapie spécifique, incroyable mais vrai. Enfin, l’EAACI se réunira à Istanbul, aux confins de l’Europe, sur les rives du Bosphore. C’est d’ailleurs ce que font sans relâche les rédacteurs d’Allergique.org pour votre plus grande satisfaction.

Le symposium que je m’apprête à vous relater est destiné à vous ouvrir l’appétit du savoir. Il est très riche, notamment en calories, ainsi que vous l’allez lire.

Obésité, régime et asthme. : Dr. Gabriele Nagel (Faculté d’Ulm, Allemagne) ; Dr. Stéphanie Shore (Université de médecine d’Harvard, Boston, USA) ; Pr. Louis-Philippe Boulet (Directeur de l’Institut du cœur et du poumon, Hôpital Laval de Sainte Foy, Québec, Canada).

L’association entre l’obésité et les maladies cardiaques, le diabète et le cancer est bien connue. En revanche, il est assez récent d’avoir observé que les enfants et les adultes obèses sont plus enclins à développer un asthme. Plus une personne est en surpoids, plus il est difficile de contrôler sa maladie asthmatique, explique le Pr. Louis-Philippe Boulet.

En revanche, quand une personne perd du poids, l’asthme s’améliore en règle de manière significative.

Une personne obèse est moins en mesure de contrôler son asthme, et est plus susceptible d’avoir besoin de soins d’urgence. L’augmentation du poids d’un individu va le plus souvent être associé à une augmentation des prises de médicaments tels que les corticostéroïdes. Bien sûr, de fortes doses de corticoïdes peuvent entraîner des effets secondaires indésirables, et, ironiquement, lorsque le traitement est administré par voie orale, il en résulte souvent un gain de poids, ce qui est ballot.

Perdre du poids est très important, a déclaré le Pr. Louis-Philippe Boulet. Même perdre seulement (sic, note de l’auteur) 10 à 15% du poids corporel peut aider à réduire les symptômes d’asthme et, ipso facto les recours aux broncho-dilatateurs.

Le Pr. Boulet a également observé une amélioration spectaculaire de l’asthme chez les patients dont l’obésité morbide a conduit à un geste chirurgical, tel un by-pass intestinal. Cette technique permet souvent au patient de perdre jusqu’à un quintal. Cette formulation est moins brutale que d’écrire « de perdre 100 kg ». Un certain nombre d’études sur les effets de la chirurgie de l’obésité semblent mettre en évidence, un ou deux ans plus tard, une amélioration de l’asthme au point que le traitement médicamenteux puisse être très sensiblement réduit.

Si quelqu’un souffrant d’asthme prend du poids, la maladie respiratoire peut s’aggraver, mais cette recrudescence est en règle totalement réversible si le patient perd du poids par la suite.

Outre l’impact mécanique de l’excès de poids sur les poumons, le surpoids des enfants obèses est susceptible de leur faire subir des changements complexes du métabolisme, et plus particulièrement sur les réactions inflammatoires, tant du tissu adipeux que bronchique, lesquels semblent liés par des mécanismes connus depuis peu. Une équipe de chercheurs allemands a trouvé que le tissu adipeux sécrète des hormones, telles la leptine et l’adiponectine. La leptine régule l’appétit, tandis que l’adiponectine régule le métabolisme des graisses et du glucose.

Le Dr. Gabriele Nagel, de l’université d’Ulm (Allemagne), a réalisé une étude sur une cohorte de 462 enfants obèses âgés de 10 ans, pendant un an. Son équipe a trouvé des taux élevés de leptine dans le sang, associés à une fréquence proportionnelle de l’asthme. En revanche, il n’a pas été observé de lien entre le niveau de leptine dans le sang et la fréquence du rhume des foins ou de la rhino conjonctivite chronique.

De faibles concentrations sanguines d’adiponectine ont été associées à une plus importante fréquence de l’asthme, sans préjuger de l’étiologie de celui-ci. Il se pourrait que l’obésité provoque une inflammation modérée de la muqueuse bronchique, cette inflammation pouvant mener à son tour à l’apparition de l’asthme.

Les médecins ne comprennent pas encore tous les mécanismes qui lient l’obésité et l’asthme. Le Pr. Boulet a suggéré qu’un type différent d’asthme pourrait se développer chez les personnes obèses. Le rôle hormonal, celui du système immunitaire, et des facteurs génétiques sont à l’étude actuellement par d’autres équipes de recherche dans de nombreux pays.

Il est probable que le maintien d’un poids normal, non seulement réduit le risque de maladies cardiaques, de cancer et de diabète, mais pourquoi pas aussi de la maladie asthmatique.

C’est à partir de modèles animaux que le Dr. Stéphanie Shore, enseignante de la
Harvard School of Public Health a précisé certains mécanismes, probablement impliqués dans l’espèce humaine, en ce qui concerne le lien entre obésité et asthme.

L’obésité est de plus en plus reconnue comme un important facteur de risque pour l’asthme.

De récentes données indiquent que le déclin de la fonction pulmonaire induite par l’inhalation d’ozone, un déclencheur connu de l’asthme, est exacerbé chez les personnes obèses. Des rats et des souris obèses présentent également des caractéristiques plus fréquentes de l’asthme que leurs congénères plus sveltes, notamment une fréquente hyperréactivité bronchique, et une augmentation des réponses cliniques à une exposition aiguë d’ozone. On ne dispose pas à ce jour de preuves d’une inflammation cellulaire dans les poumons de ces rongeurs, mais il a été observé une augmentation de l’activation des cellules immunitaires résidentes.

Le « stress oxydatif » induit par l’inhalation d’ozone pourrait favoriser l’expression de l’endothéline, un broncho constricteur puissant. De fait, l’analyse des poumons de rats ou de souris indique sans ambiguïté que l’obésité est associée à une augmentation de l’expression de l’endothéline.

Par ailleurs, le taux de TNF sérique est élevé chez les rongeurs obèses. Le rôle de l’adiponectine, est superposable à celui décrit chez l’homme par le Pr. Boulet. La carence en adiponectine augmente significativement l’inflammation pulmonaire et les lésions induites par 72 heures d’exposition à l’ozone (à la concentration de 0,3 ppm). Ces résultats suggèrent que la perte de l’adiponectine chez les personnes obèses peut augmenter le risque d’apparition de l’asthme, en augmentant par exemple l’inflammation bronchique induite par d’autres facteurs comme les allergènes ou la pollution de l’air.

Qu’en pense le rapporteur de l’équipe d’Allergique.org ?

Il est tout d’abord heureux que le titre de cette conclusion ne soit pas orthographié : QUAND pense le rapporteur de l’équipe d’Allergique.org ?

Ce qui est écrit ci-dessus n’est que le résumé d’un symposium ayant duré un peu plus de deux heures, au lieu des 90 minutes programmées initialement. Par chance, la grande salle où se déroula la triple présentation sur ce thème ne devait pas être utilisée pour autre chose avant un délai bien plus long, d’où probablement le laxisme des deux co-présidents de séance quant au respect du temps prévu, inhabituel dans un colloque international.

Cet aparté permet de mieux comprendre la complexité de diapositives longues à commenter, de même que les nombreuses questions aux experts d’un auditoire très intéressé, faisant d’ailleurs salle comble.

Il n’empêche que je suis perplexe sur ce que nos confrères, aussi brillants fussent-ils, nomment un asthme.

Bien des fois me suis-je fait la réflexion que les dyspnées évoquées pouvaient n’être que le résultat d’un logique essoufflement à l’effort chez des patients chez lesquels nul ne pouvait contester la surcharge pondérale, doux euphémisme pour parler d’individus que je classerais pour ma part dans la catégorie « impesables », ce qui est proche de « impensables » à une consonne près. Dès lors, juger de la gravité de leur asthme en raison de la résistance de certaines gênes respiratoires aux traitements habituellement spectaculaires en cas de spasme bronchique était peut-être plutôt un argument en faveur… de l’absence d’un quelconque asthme !

Cette remarque ne remet bien entendu pas en cause les travaux de nos éminents confrères (car les confrères sont toujours éminents, de même que les soubrettes sont accortes et les paysans chafouins). Quoi qu’il en soit, on est en droit de se demander si trop de temps au contact de rongeurs ou de tubes remplis de sérum n’éloigne pas de la réalité clinique que nous vivons au quotidien.

Pour conclure, voici à quoi peut ressembler une rate particulièrement obèse :
A la place du chercheur, j’aurais affublé cette grosse rate du doux nom de « splénomégalie ». Ce jeu de mots est hélas intraduisible en anglais, l’animal se traduisant à l’identique par le mot « rat », tandis que l’organe évoque plutôt Charles Baudelaire puisqu’il se traduit par le substantif « spleen ».

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Un nouveau jour londonien à l’EAACI 2010, récit ponctué de brèves averses locales, par le Dr Gérald GAY

Je vais vous conter aujourd’hui les résultats de travaux qui traquent le lien qui pourrait unir (sûrement pas pour le meilleur !) les allergies avec… l’ensemble des perturbations non spécifiques de l’organisme à un ou des agents agressifs.

Vous ne voyez pas ce dont il s’agit ? On va discuter d’un état si imprécis qu’il en est devenu la cause de bien des maux dans l’esprit des consultants, toutes disciplines confondues : le stress.

Cela rend souvent service à certains médecins, lesquels approuvent vigoureusement et transforment sans délai la cause déclenchante évoquée par le patient en un diagnostic (inespéré !) d’un coup de baguette magique.

Cette dernière remarque est probablement due à notre passage hier soir, lors d’une des rares promenades oxygénantes de vos rédacteurs favoris, devant la maison où demeurait Harry Potter au début de la saga. Ou bien, pour être plus précis et moins rêveur, devant le lieu où fut tournée la première scène de l’opus cinématographique initial…

Stress et allergies.

Les interventions psychologiques dans l’asthme. : Janelle Yorke (infirmière chargée de cours en soins pour adultes à l’université de Salford, Manchester (Royaume Uni).

Une relation complexe entre les émotions et l’asthme existe. Ainsi, le traitement de l’asthme doit se concentrer sur la personne tout entière, en tenant compte des aspects psychologiques autant que des éléments physiologiques.

Plusieurs techniques psychologiques ont été proposées pour traiter l’asthme, en particulier la thérapie cognitivo-comportementale, diverses techniques de relaxation, ainsi que le « biofeedback », sans jamais que l’une ou l’autre de ces techniques ne puissent apporter la preuve de leur efficacité.

Mes collègues et moi avons effectué une revue de la littérature en quête d’études dont les résultats prouveraient l’efficacité d’autres types d’interventions psychologiques chez les personnes souffrant d’asthme.

Ce travail de compilation ne permet pas de faire de recommandations fermes pour préconiser des interventions de nature psychologique en complément de l’arsenal thérapeutique habituel dans la prise en charge de la maladie asthmatique.

En effet, les résultats de ces études sont souvent discordants, sans parler des nombreuses lacunes dans la conception des essais ou de l’interprétation douteuse de leurs résultats. En outre, la majorité des études ne décrit même pas les fondements théoriques de la thérapie réalisée au cours de l’essai clinique.

Je recommande la nécessité d’une recherche plus rigoureuse par les psychologues, réalisée par des équipes compétentes et pluridisciplinaires, à défaut de quoi on risque fort de ne jamais explorer sérieusement des mesures thérapeutiques non médicamenteuses susceptibles d’avoir un impact positif dans la prise en charge de la maladie asthmatique.

Le présentateur suivant est pour le moins abscons, mais attendez-vous au pire avec le troisième intervenant : je ménage un suspense insoutenable.

Le stress et les allergies sont-ils liés ? : Mats Lekander, psychologue, responsable du département de psychologie neurosensorielle de l’institut Karolinska (Stockholm, Suède).

La réponse la plus probable à la question posée par le titre est : « oui », bien qu’elle soit purement intuitive. Il est évident que des preuves doivent étayer ce sentiment né de mon vécu.

Il serait utile par exemple de disposer de paramètres biologiques mesurant le stress, afin de les mettre en parallèle avec les nombreux dosages réalisés par les immuno-allergologues.

Rien ne permet de conclure, à ma connaissance, à l’ordre chronologique du lien éventuel entre les stress et les allergies. L’hypothèse la plus répandue est que le stress peut déclencher une réaction allergique clinique, ou bien créer une sensibilisation à un allergène qui se manifestera plus tard en terme de symptômes.

Cependant, rien n’interdit de penser qu’au contraire, c’est une réaction clinique déclenchée par un contact antigénique chez un individu sensibilisé qui est le facteur déclenchant le stress.

Il est probable que tous les stress n’entraînent pas fatalement l’apparition d’une allergie ou la majoration des symptômes antérieurs du patient. Des études sont souhaitables pour classifier les différentes causes de stress afin d’affiner nos connaissances avec des populations homogènes à ce sujet.

Plusieurs mécanismes ont été évoqués qui peuvent expliquer élégamment, sans preuve avérée pour le moment, de la majoration de l’inflammation de muqueuses qui seraient le siège d’une réaction allergique en cours en cas de situation de stress.

C’est ainsi que des moments stressants, ou bien la libération d’hormones générées dans de telles situations, pourraient modifier significativement les concentrations des cytokines impliquées dans l’équilibre des lymphocytes Th1-Th2 chez les sujets atopiques.

En fait, on ne sait que très peu de choses sur les facteurs de stress susceptibles de retentir péjorativement sur la santé des sujets allergiques. Le plus évident de ces facteurs potentiellement aggravants, parce que le plus étudié, est certainement le passage des examens et des concours par les étudiants allergiques.

Plusieurs études prospectives ont trouvé une majoration de la fréquence des allergies suite à une situation de détresse imprévisible chez des sujets à priori non atopiques et sans antécédent allergique personnel ou familial, en comparaison avec une population comparable n’ayant pas été victimes d’un stress suraigu autant qu’inattendu.

D’autres auteurs ont mis en évidence une amélioration des allergies, tant en diminution de la sévérité des crises aiguës que de la fréquence de celles-ci, suite à la mise en place d’un traitement médicamenteux psychotrope destiné justement à contrôler les angoisses génératrices de stress.

Enfin, le rôle d’un sommeil perturbé semble prouvé par plusieurs études quant au risque de déclenchement de manifestations allergiques chez les individus dont le sommeil est de mauvaise qualité.

Au total, il reste beaucoup de travaux à réaliser pour cerner plus précisément le lien entre les allergies et les différents types de stress afin de mieux prendre en charge certains de nos patients.

Et voici le point d’orgue de ces communications, dont vous allez vite percevoir l’intérêt majeur dans notre pratique quotidienne. Je vous invite à ne pas vous attarder sur le titre, lequel n’est compréhensible qu’après la lecture de la suite…

Le potentiel de la divulgation écrite émotionnelle dans l’allergie. : Helen Smith, psychologue judiciaire, Knoxville, Tennessee (USA), spécialisée dans la prise en charge des enfants et des adultes violents.

« La divulgation émotionnelle », parfois aussi appelé « l’écriture expressive », a été développée par Pennebaker et Beall à partir de 1986.

L’idée princeps est que la victime d’un événement stressant ou traumatisant ne peut pas, ou ne veut pas, partager oralement ses expériences et ses émotions, et les inhibe fatalement. Il en découle toujours une moins bonne santé psychologique et physique.

L’expérience dénommée « de divulgation émotionnelle » invite les gens concernés à
faire part de leurs expériences traumatiques ou stressantes par le moyen de l’écriture.

Il a été mis en évidence que « la divulgation émotionnelle » (NDT : j’ai du mal à me faire à cette lalomanie !) peut avoir des effets positifs, tant sur la santé physique que psychologique. Le mécanisme exact de la façon dont fonctionne l’écriture expressive n’est pas connu. Il a été suggéré que faire part de ses inhibitions aurait un effet cathartique, et que la création d’un récit cohérent pourrait susciter un sentiment d’autorégulation émotionnelle. (NDT : dans l’hypothèse improbable d’un oubli passager du lecteur de ce qu’est la catharsis, je vous rappelle qu’il s’agit pour les psychanalystes de la libération émotionnelle liée à l’extériorisation de souvenirs, longtemps refoulés, d’événements traumatisants).

Sans préjuger du mécanisme en cause dans son efficacité, la divulgation émotionnelle pourrait fournir un complément bon marché et sans danger à la pharmacopée habituellement utilisée dans le traitement de nombreuses maladies, parmi lesquelles, pourquoi pas, les pathologies allergiques.

« Je suis convaincue par expérience du bénéfice objectif de ce type de prise en charge psychologique chez les sujets asthmatiques. C’est au fil du temps que j’ai observé fortuitement que les crises de gênes respiratoires de ces patients étaient raréfiées ou disparues après avoir vécu une expérience « de divulgation émotionnelle » réalisée par mes soins.

Ce sont eux-mêmes qui ont spontanément signalé cette évolution favorable de leur maladie respiratoire, alors que je ne menais alors aucun travail à ce sujet. Lorsque je me suis aperçue de la répétition de cette évolution inattendue, j’ai bien entendu décidé d’interroger systématiquement les sujets concernés. Je manque malheureusement de recul et d’un nombre suffisant de patients pour en parler aujourd’hui.

« La déclaration écrite émotionnelle » joue-t-elle un rôle dans l’évolution des allergies non respiratoires ? Je mets actuellement en place en place un protocole d’étude à ce sujet, et je vous ferai part de mes résultats lors d’une future réunion de l’EAACI si j’y suis invitée. »

Qu’en pense le rapporteur de l’équipe d’Allergique.org ?

En sortant de la salle de réunion, j’étais à mon tour victime d’un stress aigu engendré par l’écoute attentive des propos résumés plus haut.

Ceux-ci m’ont fait douter à certains moments de mon bilinguisme approximatif et de mes connaissances médicales. J’avais hâte de savoir ce qu’était l’alexithymie, cette pathologie enseignée pendant un cours que j’avais probablement dévolu à l’observation du vol des diptères dans l’amphithéâtre. Il me semblait fort curieux que cette maladie fut la seule connue comme totalement rebelle à la divulgation émotionnelle. Après réflexion, me dis-je en aparté et en titubant vers la sortie, « alexithymie » est peut-être un synonyme du mot « analphabétisme ». Voilà qui expliquerait l’impossibilité de réaliser une déclaration écrite émotionnelle.

Que nenni, et quel ballot que moi : l’alexithymie est tout bêtement le mal psychologique caractérisé par une vie affective et imaginaire pauvre, une incapacité à exprimer verbalement ses émotions, le recours systématique à l’action pour éviter et résoudre les conflits, ainsi qu’une tendance à décrire en détail des faits physiques.

En tout cas, je ne regrette pas, à l’heure où j’écris ces nombreuses lignes, de toujours photographier les diapositives des conférenciers afin de m’y reporter plus tard lorsque c’est nécessaire, et tout particulièrement aujourd’hui, afin de ne pas trahir les propos des auteurs lors de la rédaction ultérieure des synthèses que vous appréciez tant, fruits d’un travail acharné des auteurs d’Allergique.org.

Quoi qu’il en soit, quel bonheur de mettre en pratique sans attendre la technique de la divulgation émotionnelle, afin de pouvoir être libéré de tout le stress né de ces presque deux heures d’attention soutenue, la concentration sans cesse sur le fil du rasoir, tentant de ne pas perdre le fil de sujets complexes, tel Thésée le fil d’Ariane.

En effet, je réalise tout au long de ces pages une déclaration écrite émotionnelle, ce que j’aurais pu ignorer à jamais sans le secours de Madame Helen Smith. Vous n’avez pas oublié ? Il s’agit de la psychologue qui travaille exclusivement sur le comportement des individus violents, ce qui est son choix après tout.

Je suis parti écouter ce symposium la fleur au fusil, la sacoche en bandoulière, dans l’espoir d’apprendre enfin des résultats scientifiques tangibles sur le stress, ce terme qui a le dos très large selon moi, et dont certains patients se gargarisent.

Au final, quelle déception. Les trois intervenants sont peut-être des experts en psychologie, notamment dans des domaines très ciblés qui les passionnent, mais ils ne sont sûrement pas experts pour captiver un auditoire de médecins spécialistes. Quant à leurs connaissances fondamentales en immunologie et allergologie, elles laissent à désirer, ce qui n’est pas étonnant puisqu’il ne s’agit pas de leur domaine. J’ai donc été amené à édulcorer certains passages révélant des lacunes abyssales sur des notions de base lues probablement très vite dans l’avion.

Le lecteur aura en tout cas appris qu’on ne sait toujours rien de précis sur le rapport éventuel entre les allergies et le stress, ce tiroir fourre-tout (selon moi) qui permet d’expliquer l’origine de symptomatologies très diverses, à la manière de certains « soignants » dont je préfère taire le nom sous lequel ils exercent leurs pressions et leur profession, lesquels rattachent sans coup férir d’innombrables symptômes à des vertèbres cervicales qui ne sont pas bien en place selon eux.

Pour ma part, je suis convaincu de l’impossibilité matérielle d’établir un lien de causalité formel entre le stress et les allergies, non seulement par le flou qui entoure la notion de stress, mais également par la recrudescence des deux phénomènes à notre époque, ce qui, après tout, pourrait être la raison qui fait évoquer à certains que cette double augmentation, incessante et simultanée, indéniable depuis quelques décennies, n’est peut-être pas le fruit du hasard.

Comme toujours le mot « allergie » est galvaudé, et bien des histoires étiquetées « allergiques » sont en réalité des histamino-libérations non spécifiques, dont les causes déclenchantes habituelles sont connues, parmi lesquelles on trouve quelque part dans la liste : « une vive émotion » (bref un stress pour faire court…)

Par ailleurs, pourquoi s’étonner de l’amélioration des manifestations allergiques chez des patients subitement traités par des psychotropes ? Nous savons tous qu’une poignée de médicaments inhibent nos tests cutanés, et le bénéfice anti-allergique de ces substances est soit avéré, soit très probable. Pour mémoire, et de mémoire (excusez-moi si j’en oublie un ou deux, je n’ai pas encore évacué tout mon stress), cela concerne : les anti-H1, les anti-H2, la théophylline… mais également les antidépresseurs, les phénothiazines et les benzodiazépines. Quand je vous dis que le stress a bon dos !
Dans le même ordre d’idée, un autre exemple frappant parmi les raisonnements fumeux entendus est celui de la mauvaise qualité de sommeil qui induirait des allergies. Comme si tous les troubles du sommeil provenaient du stress ! Les producteurs de café peuvent se frotter les mains : encore une légende tenace qui tombe. Le conférencier est-il informé de l’obstruction nasale chronique de nombreux sujets allergiques, obstruction fréquemment majorée la nuit pour le plus grand bonheur du conjoint qui hésite entre le coup de coude et la fuite de la chambre ? De nombreux auteurs ont démontré que le sommeil n’est guère réparateur ni de grande qualité quand l’obstruction nasale impose la respiration buccale, éventuellement émaillée d’apnées ? Quand je vous dis que le stress a bon dos, position qui d’ailleurs n’améliore pas les ronflements.

Permettez-moi de conclure à partir de trois exemples réels, issus de mon expérience professionnelle, lesquels illustrent parfaitement le néant retiré de l’écoute du sujet de ce symposium au titre pourtant prometteur.
Le premier qui me vient à l’esprit est celui de Monsieur P… M…, 56 ans, adressé par son médecin traitant suite à deux épisodes d’urticaires aiguës « particulièrement sévères, sans cause alimentaire retrouvée (sic) ». J’en profite pour noter que c’est hallucinant à quel point, lorsque le patient n’a pas usé d’un médicament, lequel serait alors le coupable évident, les médecins généralistes n’évoquent souvent qu’une seule cause déclenchante des lésions cutanées urticariennes observées : une allergie alimentaire (« mon cher Watson ! ». Je ne rate pas l’occasion de placer ce trait d’humour, alors même que j’écris ces lignes non loin du 221 B, Baker Street, adresse du domicile londonien de Sherlock Holmes et du Dr. Watson).

Les données de l’interrogatoire ont permis de découvrir rapidement l’origine de ces deux histoires, survenues chez un homme sans antécédent personnel ou familial d’allergie. Monsieur M… est directeur de banque, et le premier épisode d’urticaire géante est survenu alors que l’agence bancaire dirigée par le patient était victime d’une attaque à main armée, et qu’un homme cagoulé tenait un revolver sur la tempe de Monsieur M…

J’ai conclu au diagnostic étiologique de « stress aigu », j’ai honte aujourd’hui d’une conclusion aussi hâtive, quoique probablement exacte.

Le même patient, quelques mois plus tard, fut réveillé au milieu de la nuit par un appel téléphonique d’une gendarmerie dont le mur venait d’être percuté par la voiture de Monsieur M…, empruntée par le rejeton de celui-ci, lequel était parti fêter avec des amis son permis de conduire fraîchement obtenu le jour même. Heureusement, aucun blessé n’était à déplorer.

L’absorption en excès de boissons alcoolisées avait entraîné une série d’événements aussi variés que cocasses : perte de contrôle du véhicule, réveil en sursaut de la maréchaussée, constat que la voiture ne roulerait pas de sitôt, que des travaux de maçonnerie étaient inévitables pour combler le trou nouvellement creusé sur le bâtiment des pandores, réveil en sursaut de Monsieur M… afin de l’informer des faits et de le prier de venir chercher son fils lorsque ce dernier serait dégrisé.

Vous avez déjà deviné, perspicaces comme je vous sais, que Monsieur M… fut couvert d’urticaire rapidement après avoir conclu la conversation. C’est suite à cette récidive que son médecin jugea de bon aloi de solliciter mon avis éclairé.

Mon diagnostic fut le même que pour le premier épisode, alors même que je passe mes journées à trouver un peu rapides et péremptoires ceux qui accusent le stress d’être si souvent coupable de la symptomatologie motivant une consultation. Qu’Hippocrate me pardonne de m’être à mon tour laissé entraîner sur la voie de la facilité.

Un autre cas clinique concerne une femme de 50 ans, Madame C… K…, dont l’asthme secondaire à une allergie aux acariens avait disparu depuis une quinzaine d’années grâce aux soins prodigués par l’allergologue qui l’avait pris en charge. Elle était totalement asymptomatique depuis belle lurette et ne prenait aucun traitement, même occasionnel, depuis des années.

Elle prit un jour la décision de quitter son compagnon, non sans faire vider de son contenu leur domicile par une équipe de déménageurs bénévoles, et leur compte en banque par la guichetière de service. J’ai cru comprendre que les comportements malveillants de Madame K… ne s’étaient pas arrêtés là, d’où les réactions outrées de ses proches. Quoi qu’il en soit, son départ à la dignité douteuse et les reproches qui s’ensuivirent, déclenchèrent sans attendre une récidive de l’asthme et l’apparition de troubles du sommeil, que je rattachai pour ma part… au stress de la situation.

Pour conclure, le dernier cas où le lien entre des symptômes évocateurs d’allergie et le stress est indéniable concerne un des médecins collaborant à la rédaction de textes pour Allergique.org.

Il n’est pas dans les habitudes de ce médecin de terminer les tâches qu’il réalise « à l’arrachée », sans grande marge de manœuvre sur le temps imparti. C’est probablement en raison de la sérénité habituelle consécutive à des travaux toujours prêts bien avant la date limite que le Dr. Gérald G… constata à plusieurs reprises l’apparition d’un prurit généralisé croissant au fur et à mesure que les heures et les minutes s’égrainaient pendant la rédaction d’un compte-rendu beaucoup plus long à terminer que prévu. Il imaginait le Dr. Hervé M… attendant avec une impatience non dissimulée la livraison d’un article qui ne venait pas et dont la publication sur le site incontournable de l’allergologie était différée outrageusement. Cette évocation ne pouvait que majorer la symptomatologie du Dr. G…, lequel redoutait les conséquences fâcheuses du stress du Dr. M… dont les glandes surrénales devaient déverser sans compter de l’adrénaline dans les artères, rétrécissant le diamètre de celles-ci, d’où risque d’infarctus…

Le stress n’est donc pas dépourvu de danger, c’est maintenant prouvé.

Note du Dr Hervé M (responsable de la rédaction) : le plaisir de lire des lignes agréables est un excellent antidote au stress. Donc, Dr Gérald G., ne soyez pas stressé vous-même.


Compte-rendu offert grâce au soutien du laboratoire ALK

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