Eureka ! On a trouvé le bon protocole de désensibilisation à la cacahuète !

jeudi 14 avril 2011 par Dr Hervé Couteaux1273 visites

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Eureka ! On a trouvé le bon protocole de désensibilisation à la cacahuète !

Eureka ! On a trouvé le bon protocole de désensibilisation à la cacahuète !

jeudi 14 avril 2011, par Dr Hervé Couteaux

Efficacité et sécurité de l’immunothérapie à l’arachide à forte dose par voie orale ; facteurs prédictifs des résultats. : Anagnostou, K., Clark, A., King, Y., Islam, S., Deighton, J. and Ewan, P. (2011),

Efficacy and safety of high-dose peanut oral immunotherapy with factors predicting outcome.

dans Clinical & Experimental Allergy, 41 : no. doi : 10.1111/j.1365-2222.2011.03699.x

- Contexte :

  • L’allergie à l’arachide est sévère et souvent persistante.

- Objectif :

  • Tester l’efficacité et l’innocuité d’un nouveau protocole d’immunothérapie par voie orale (OIT) dans l’allergie à l’arachide.

- Méthode :

  • Vingt-deux enfants allergiques à l’arachide ont subi un test de provocation par voie orale (TPO).
  • L’OIT a été administrée avec une progression des doses deux fois par semaine (pendant 8-38 semaines) jusqu’à 800 mg de protéines (5 arachides / jour), suivie par un entretien de 30 semaines.
  • Le test de provocation orale a été répété après 6 et 30 semaines d’entretien.

- Résultats :

  • Vingt-deux enfants (médiane à 11 ans) avait des TPO positifs (seuil de 1-110 mg).
  • Dix-neuf des 22 (86%) ont tolérés la montée des doses et l’entretien de 800 mg de protéine / jour.
  • L’un des 22 a abandonné ; 2 / 22 ont tolérés la montée des doses et l’entretien à 200-400 mg de protéine.
  • Les réactions, pour la plupart bénignes, ont eu lieu au cours de l’immunothérapie dans 86% des cas, l’adrénaline n’a pas été nécessaire.
  • 8 enfants sur 8 avec des IgE-arachide <27,3 kU / L en pré-immunothérapie n’ont pas eu besoin d’ajuster la dose par rapport aux 5 enfants sur 13 qui avaient des IgE-arachide en pré-immunothérapie > ou = à 27.3 kU / L.
  • Douze enfants sur 22 (54%) ont nécessité une réduction de dose transitoires en raison des réactions pouvant être liés à des facteurs extrinsèques : fatigue, infection et exercice.
  • Après 6 semaines, 12/22 (54%) n’ont eu aucune réaction à un TPO à 2,6 g de protéine.
  • Après 30 semaines, 14/22 (64%) ont toléré 6,6 g de protéines.
  • La dose médiane d’arachide tolérée a augmenté de 1000 fois après immunothérapie, de 6 à 6459 mg de protéine.

- Conclusion et pertinence clinique :

  • Nous avons utilisé un nouveau protocole avec une montée progressive des doses, et une dose d’entretien plus élevée qui a donné un meilleur résultat par rapport aux protocoles de rush.
  • La quantité d’arachide tolérée a augmenté de 1000 fois, avec un bon profil d’innocuité.
  • Aucun effet indésirable grave n’est survenu.
  • La plupart des sujets ont toléré 5 arachides et tous ont été protégés contre les quantités susceptibles d’être ingérées accidentellement.
  • De nouvelles informations sont recueillies sur des "facteurs extrinsèques", sur la méthode de progression des doses et sur les facteurs associés au succès (l’enregistrement des essais http://ClinicalTrials.gov- NCT01259804 numéro d’identification).

Un nouveau protocole d’immunothérapie à l’arachide a donné des résultats intéressants, évalués par TPO, sans effets secondaires sévères.

Un protocole de plus pourrait-on dire, tant les travaux sont nombreux…

Il faut dire que la demande est forte car l’intérêt serait majeur dans cette allergie alimentaire connue pour sa persistance et la sévérité de ses symptômes.

Ce type de traitement pose plusieurs questions :

  • S’agit-il d’une immunothérapie ou d’une induction de tolérance ? A priori les auteurs n’ont pas étudié l’évolution des IgE et autre IgG4…
  • Les enfants sélectionnés présentaient-ils une allergie à l’arachide sévère ? (il est juste mentionné que le TPO était positif…) Car tout l’intérêt résiderait dans la prise en charge par ce type de traitement des allergies à l’arachide responsables de troubles sévères (anaphylaxie, voir choc…)
  • L’absence d’effets secondaires sévères n’est-il qu’une conséquence des critères de sélection des enfants ? (par exemple si l’on a seulement sélectionné des allergies modérées…)
  • De quelle allergie à l’arachide parle cette étude ? Ara h 1, 2 et 3 étaient-ils positifs ? rAra h 8 (PR-10) ?, rAra h 9 (LTP) ?...

Au total, une étude certes encourageante dans ses résultats mais l’on se gardera tout de même de trop d’enthousiasme pour deux raisons au moins : D’une part, les études d’immunothérapie alimentaire n’ont guère été convaincantes jusque là, et d’autre part, l’étude du jour comporte bien trop d’imprécisions.