Un pas de plus vers la désensibilisation alimentaire.

jeudi 5 janvier 2012 par Dr Céline Palussière364 visites

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Un pas de plus vers la désensibilisation alimentaire.

Un pas de plus vers la désensibilisation alimentaire.

jeudi 5 janvier 2012, par Dr Céline Palussière

Le dépliement de la protéine affecte fortement l’allergénicité et l’immunogénicité de Pru p 3, l’allergène majeur de la pêche. : Masako Toda, Gerald Reese, Gabriele Gadermaier, Veronique Schulten, Iris Lauer, Matthias Egger, Peter Briza, Stefanie Randow, Sonja Wolfheimer, Valencia Kigongo, Maria del Mar San Miguel Moncin, Kay Fötisch, Barbara Bohle, Stefan Vieths, Stephan Scheurer

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - November 2011 (Vol. 128, Issue 5, Pages 1022-1030.e7, DOI : 10.1016/j.jaci.2011.04.020)

- Contexte :

  • L’immunothérapie allergénique spécifique dans les allergies alimentaires, y compris l’allergie à la pêche, n’est pas encore mise au point.
  • L’utilisation d’allergènes ayant un potentiel allergénique réduit et une immunogénicité conservée pourrait améliorer la sécurité et l’efficacité de l’immunothérapie spécifique.

- Objectif :

  • Nous avons voulu créer un dérivé hypoallergénique de l’allergène majeur de la pêche, Pru p 3, et caractériser ses propriétés biochimiques et immunologiques.

- Méthodes :

  • Un variant de Pru p 3 au niveau du repliement protéique, généré par réactions de réduction et alkylation, a été analysé dans son intégrité structurelle et sa stabilité vis-à-vis des enzymes digestives.
  • L’IgE réactivité et le pouvoir allergénique ont été déterminés par le moyen d’immunoblot, ELISA et test de libération de médiateurs in vitro, avec les sera de patients souffrant d’allergie à la pêche.
  • L’immunogénicité pour les cellules T était étudiée grâce à des cellules T spécifiques de sujets allergiques et de souris CBA/J immunisées avec soit la protéine native Pru p 3 (nPru p 3), soit la protéine réduite et alkylée (R/A Pru p3).
  • La préparation de Pru p 3 par les fractions endolysosomiales des cellules dendritiques et l’antigénicité étaient étudiées chez la souris.

- Résultats :

  • Le dépliement de Pru p 3 a réduit sa forte résistance à la protéolyse intestinale et a quasi complètement annulé son IgE réactivité et son pouvoir allergénique.
  • Toutefois R/A Pru p 3était capable de stimuler les cellules T humaines et murines.
  • La dégradation endolysosomiale de R/A Pru p 3 était accélérée par rapport avec celle de nPru p 3, mais des peptides similaires étaient générés.
  • Les IgG et IgE augmentés vis-à-vis de Pru p 3 montraient quasiment pas de réactivité croisée avec R/A Pru p 3.
  • De plus l’antigénicité de R/A Pru p 3 était fortement réduite.

- Conclusion :

  • La protéine Pru p 3 dépliée montre une allergénicité et une antigénicité réduite, et une immunogénicité pour les cellules T conservée.
  • Le variant hypoallergénique de Pru p 3 pourrait être un candidat prometteur pour la réalisation d’un vaccin d’immunothérapie spécifique dans l’allergie à la pêche.

L’immunothérapie spécifique dans les allergies respiratoires a maintenant fait la preuve de son efficacité et entre désormais dans le cadre des recommandations de la prise en charge des patients allergiques.

Dans le domaine de l’allergie alimentaire, l’immunothérapie se heurte aux effets secondaires potentiellement graves ayant eu lieu lors de différents essais.

La mise au point de protéines immunologiquement actives mais moins allergéniques est donc un grand axe de recherche pour les équipes qui travaillent sur ces traitements.

Cette étude porte sur la pêche, et plus particulièrement sur son allergène majeur, Pru p 3 – allergène majeur dans les pays du pourtour méditerranéen et dans le sud de l’Europe, puisque dans les pays nordiques, l’allergie à la pêche repose davantage sur sa PR-10, Pru p 1.

Les auteurs ont produit une protéine dont la conformation tridimensionnelle est modifiée par différentes réactions et qui altère donc son allergénicité. Les épitopes B, principalement conformationnels, sont altérés, et ne peuvent plus activer la cascade de la réaction allergique.

La protéine ainsi dépliée se montre plus vulnérable à l’action protéolytique des enzymes digestives.

Cette protéine conserve toutefois une forte capacité à stimuler le système immunitaire par le biais des lymphocytes T. Les épitopes T sont en effet principalement linéaires et de petite taille, et ne sont pas modifiés par le traitement de la protéine native.

Plusieurs épitopes ont cependant été mis en évidence au sein de Pru p 3, et chaque patient est susceptible de réagir à des portions protéiques propres. Il est difficile de prévoir l’efficacité et la sureté de ce traitement sur une population donnée.

Cette étude apporte donc un élément encourageant pour la mise au point de traitement curatifs dans l’allergie alimentaire, bien que les essais sur de larges échantillons soient nécessaires. D’autres travaux seront aussi à mener pour la mise au point de protocoles adaptés, surs et efficaces.