Plus d’asthme à proximité du périphérique : vrai ou faux ?

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Plus d’asthme à proximité du périphérique : vrai ou faux ?

Plus d’asthme à proximité du périphérique : vrai ou faux ?

mardi 10 janvier 2012, par Dr Cécilia Nocent

Exposition longue à la pollution de l’air et hospitalisation pour asthme chez des adultes âgés : étude de cohorte. : Dr Zorana J Andersen, Institute of Cancer Epidemiology, Danish Cancer Society, Strandboulevarden 49, Copenhagen 2100, Denmark

dans Thorax 2012 ;67:6-11 doi:10.1136/thoraxjnl-2011-200711

- Contexte :

  • L’exposition à la pollution de l’air dans les premières années de vie favorise l’asthme dans l’enfance mais il n’est pas clair que l’exposition prolongée à la pollution de l’air puisse engendrer un asthme ou aggraver un asthme préexistant chez les adultes.

- Objectifs :

  • Les auteurs ont étudié l’effet de l’exposition pendant 35 ans à la pollution de l’air liée au trafic sur le risque d’hospitalisation pour asthme chez des personnes âgées.

- Méthodes :

  • 57 053 participants à la cohorte danoise sur la diététique, le cancer et la santé, âgés de 50 à 65 ans au début (1993-1997) furent suivis jusqu’à leur première hospitalisation pour asthme jusqu’en 2006 et les niveaux moyens annuels de dioxyde d’azote (NO2) furent estimés en fonction de l’exposition à la pollution en rapport avec le trafic suivant les adresses de résidence des personnes depuis 1971.
  • L’association entre NO2 et hospitalisation pour asthme a été modélisée en utilisant une régression de Cox pour la cohorte entière et chez les personnes avec ou sans hospitalisation préalable pour asthme et les modifications dues aux comorbidités furent estimées.

- Résultats :

  • Pendant un suivi moyen de 10,2 ans, 977 (1,9%) des 53 695 personnes éligibles furent admises à l’hôpital pour asthme : 821 furent hospitalisées une fois et 176 plusieurs fois.
  • Les niveaux de NO2 étaient associés à un risque d’hospitalisation dans la cohorte entière (HR et 95% CI pour IQR 5,8μg/m3 1,12 ; 1,04-1,22) et pour les personnes admises une fois (1,10 ; 1,01-1,20), à un risque élevé chez les personnes ayant une histoire d’asthme (1,41 ; 1,15-2,07) ou de BPCO (1,30 ; 1,07-1,52).

- Conclusions :

  • L’exposition prolongée à la pollution de l’air liée au trafic augmente le risque d’hospitalisation chez les personnes âgées. Les personnes aux antécédents d’asthme ou de BPCO sont plus sensibles.

Cette étude épidémiologique Danoise parue dans Thorax s’intéresse à la relation entre l’exposition prolongée pendant la vie à la pollution liée au trafic et le risque d’hospitalisation pour asthme chez les personnes âgées.

Il s’agit d’une étude qui repose sur un modèle statistique qui a inclus les hospitalisation pour asthme, le niveau d’exposition au NO2 (extrapolé en fonction des adresses respectives des personnes) et les comorbidités (en particulier les antécédents d’asthme et de BPCO). Comme toujours dans les études scandinaves, la robustesse de l’étude repose entre autre sur l’effectif des personnes inclues dans cette cohorte.

Cette étude prouve que l’exposition prolongée à la pollution de l’air en rapport avec le trafic augmente le risque d’hospitalisation pour asthme chez les personnes âgées avec ou sans antécédent respiratoire. Ce résultat est intéressant car ces données étaient connues chez les enfants mais jusqu’à maintenant on s’est moins intéressé au troisième âge.

Si le risque d’hospitalisation pour asthme augmente significativement dans cette population cela pourrait vouloir dire qu’il faut éviter au maximum l’exposition chronique à cette pollution.

En extrapolant, cela signifierait qu’il ne faut pas construire de réseau routier ou autoroutier à proximité des zones d’habitation (ce qui bien sûr est très loin de ce qui se passe dans la vraie vie).

Cela signifie également que les personnes âgées développant un asthme avec pour seul facteur de risque retrouvé l’exposition à la pollution liée au trafic pourrait éventuellement se retourner contre l’état pour que leur handicap soit reconnu et que leur pathologie soit entièrement prise en charge par l’état.

Cette étude est donc très intéressante ; les résultats doivent bien sûr être confirmés mais les résultats pourraient avoir des répercutions allant au delà de la médecine et même pourquoi pas des répercutions politiques.