Inflammation à la crèche, sifflements à l’école ?

mercredi 1er février 2012 par Dr Cécilia Nocent269 visites

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Inflammation à la crèche, sifflements à l’école ?

Inflammation à la crèche, sifflements à l’école ?

mercredi 1er février 2012, par Dr Cécilia Nocent

L’élévation des marqueurs inflammatoires à l’âge préscolaire précède les sifflements à l’âge scolaire. : van de Kant, K. D. G., Jansen, M. A., Klaassen, E. M. M., van der Grinten, C. P., Rijkers, G. T., Muris, J. W. M., van Schayck, O. C. P., Jöbsis, Q. and Dompeling, E. (2011),

Elevated inflammatory markers at preschool age precede persistent wheezing at school age.

dans Pediatric Allergy and Immunology. doi : 10.1111/j.1399-3038.2011.01244.x

- Contexte :

  • Siffler à l’âge préscolaire a une signification hétérogène. A l’âge préscolaire, il est difficile de prédire quels symptômes vont disparaître ou persister et évoluer vers un asthme.
  • L’objectif de cette étude prospective est de voir si les marqueurs inflammatoires dans l’air exhalé condensé (EBC) et les résistances interrompues (Rint) pré et post-bronchodilatateur retrouvés à l’âge préscolaire sont associés à des phénotypes de siffleurs à l’âge scolaire.

- Méthodes :

  • 230 enfants ont été recrutés dans l’étude ADEM (détection de l’asthme et monitoring).
  • A l’âge préscolaire (moyenne : 3,3 ans) les Rint pré et post-bronchodilatateur sont évaluées.
  • L’air exhalé condensé est recueilli grâce à un verre clos condenseur.
  • Les marqueurs de l’inflammation (IL-2, IL-4, IL-8, IL-10, sICAM) ont été mesurés par technique immuno-assay.
  • Les phénotypes de siffleurs à 5 ans sont évalués de façon longitudinale.
  • Les enfants sont classés en :
    • jamais de sifflement (n=47),
    • sifflements précoces et transitoires (n=89) et
    • sifflements persistants (n=94).

- Résultats :

  • Les siffleurs persistants ont des niveaux élevés de toutes les interleukines à l’âge préscolaire par rapport aux enfants qui ne siffleront jamais (p<0,05).
  • Les marqueurs de l’EBC ne sont pas différents entre les siffleurs persistants et les siffleurs précoces et transitoires.
  • Il n’a pas été retrouvé de différence dans les Rint entre les différents phénotypes de siffleurs.

- Conclusions :

  • Nous avons démontré que les enfants de 5 ans présentant des sifflements persistants avaient déjà des marqueurs inflammatoires exhalés élevés à l’âge préscolaire en comparaison avec les enfants ne sifflant jamais.
  • Cela montre donc une augmentation de l’inflammation des voies aériennes chez ces enfants.

Les enfants siffleurs sont très nombreux et lors des consultations, il est impossible d’échapper à la question des parents : comment cela va-t-il évoluer ? Mon enfant aura-t-il de l’asthme toute sa vie ?

L’équipe de Van de Kant et collaborateurs s’est intéressée à cela. Ils se sont demandé si l’on pouvait retrouver des marqueurs inflammatoires discriminants chez les enfants en âge préscolaire qui indiqueraient éventuellement comment les sifflements « risquent » d’évoluer.

Ils ont donc recherché chez 230 enfants d’âge moyen 3,3 ans le niveau d’inflammation dans l’air exhalé condensé, dans le sang (mesure des plusieurs interleukines : IL-2, IL-4, IL-8, IL-10, sICAM) et le niveau des résistances interrompues en pré et post-bronchodilatation.

Ces enfants ont ensuite été suivis jusqu’à 5 ans et l’existence ou non de sifflements a été évaluée régulièrement.

Les enfants ont été classés en 3 catégories en fonction de leurs sifflements : aucun, précoces et transitoires et persistants. Entre ces 3 catégories, ils ont recherché s’il existait des différences de niveau d’inflammation sur les prélèvements préscolaires.

Ils ont donc retrouvé que les siffleurs permanents avaient une augmentation de leurs marqueurs inflammatoires sanguins en préscolaire par rapport aux enfants non siffleurs. Les autres marqueurs n’ont pas permis de retrouver de différence entre les différents groupes.

Cette étude montre donc que les enfants siffleurs qui évoluent vers un asthme sont des enfants ayant une inflammation sanguine plus importante vers 3 ans que les enfants qui ne siffleront jamais. Il est par contre étonnant de constater que l’inflammation dans l’air exhalé entre les différents groupes ne retrouve pas de différence.

Cette étude pourrait nous pousser à rechercher sur un prélèvement sanguin le niveau d’inflammation chez les enfants siffleurs vers 3 ans (si cela se faisait en routine avec des valeurs de référence connues par âge), ce qui pourrait éventuellement nous permettre de répondre de façon moins évasive aux parents et peut-être d’intensifier ou non les traitements que nous proposons à ces enfants.

Malheureusement nous n’en sommes pas encore là en pratique clinique mais peut-être que dans les années à venir, les choses changeront ?