Risque d’asthme après bronchiolite sévère à VRS… à vue de nez !

mercredi 28 mars 2012 par Dr Geneviève DEMONET773 visites

Accueil du site > Maladies > Asthme > Risque d’asthme après bronchiolite sévère à VRS… à vue de nez !

Risque d’asthme après bronchiolite sévère à VRS… à vue de nez !

Risque d’asthme après bronchiolite sévère à VRS… à vue de nez !

mercredi 28 mars 2012, par Dr Geneviève DEMONET

Déterminants de l’asthme après bronchiolite sévère à virus respiratoire syncytial : Leonard B. Bacharier, Rebecca Cohen, Toni Schweiger, Huiquing Yin-DeClue, Chandrika Christie, Jie Zheng, Kenneth B. Schechtman, Robert C. Strunk, Mario Castro

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - 26 March 2012 (10.1016/j.jaci.2012.02.010)

- Contexte :

  • Le développement d’un asthme après une bronchiolite à virus respiratoire syncytial (VRS) a été démontré dans des études cas-contrôles même si les déterminants post-VRS de l’asthme restent non définis.

- Objectifs :

  • Nous avons cherché à déterminer les déterminants potentiels d’un asthme, diagnostiqué par un médecin, après une bronchiolite à VRS sévère durant la petite enfance.

- Méthodes :

  • Nous avons enrôlés 206 enfants durant un épisode initial de bronchiolite sévère à VRS survenant à l’âge maximum de 12 mois dans une étude de cohorte prospective et avons suivi ces enfants jusqu’à l’âge de 6 ans.
  • Dans un sous-groupe de 81 enfants, nous avons analysé l’expression d’ARNm CCL5 (RANTES) dans les cellules épithéliales des voies aériennes supérieures.

- Résultats :

  • Un diagnostic d’asthme a été porté par un médecin chez 48% des enfants avant leur septième anniversaire.
  • Les facteurs déterminants indépendants associés de façon significative avec un risque accru de diagnostic d’asthme par un médecin avant le septième anniversaire étaient
    • l’asthme maternel (odds ratio [OR], 5,2 ; IC 95%, 1,7-15,9 ; P = 0,004),
    • l’exposition à de forts taux d’allergènes de chien (OR, 3,2 ; IC 95%, 1,3-7,7 ; P = 0,012),
    • une sensibilisation aux aéroallergènes à l’âge de 3 ans (OR, 10,7 ; IC 95%, 2,1-55,0 ; P = 0,005),
    • des épisodes récurrents de sifflements durant les 3 premières années de vie (OR, 7,3 ; IC 95%, 1,2-43,3 ; P = 0,028), et
    • l’expression de CCL5 dans l’épithélium nasal durant l’infection aigue au VRS (OR, 3,8 ; IC 95%, 1,2-2,4 ; P < 0,001).
  • Les enfants blancs (OR, 0,19 ; IC 95%, 0,04-0,93 ; P = 0,041) et les enfants gardés en crèche (OR, 0,18 ; IC 95%, 0,04-0,84 ; P = 0,029) avaient un risque inférieur d’asthme avec un diagnostic porté par un médecin.

- Conclusions :

  • Un diagnostic d’asthme est porté dans les suites d’une bronchiolite à VRS sévère chez environ 50% des enfants.

L’infection a VRS est si fréquente que presque tous les enfants ont été en contact avec le virus avant l’âge de 2 ans….Cependant, seuls certains enfants développent une forme sévère de la maladie et doivent être hospitalisés.

Combien d’entre eux développeront-ils un asthme ? Quels sont les facteurs de risque de survenue de la maladie chez ces enfants ?

Une étude de cohorte prospective menée dans le Missouri tente de répondre à ces questions.

Elle a permis d’enrôler 206 enfants, de 1998 à 2001, lors d’un épisode initial de bronchiolite sévère à VRS survenu avant l’âge de 2 ans et de suivre ces enfants jusqu’à 6 ans.

L’infection, accompagnée de sifflements, était suffisamment sévère pour justifier une hospitalisation et avait été confirmée par un prélèvement naso-pharyngé.

Une conversation téléphonique a par la suite été menée tous les 3 mois avec les parents pour connaître les symptômes respiratoires présentés par l’enfant et la pose éventuelle d’un diagnostic d’asthme par un médecin.

Des prick-tests cutanés ont été pratiqués chez 150 enfants à l’âge de 3 ans.

Un prélèvement cytologique nasal a été obtenu chez 81 enfants pour analyse de l’expression de l’ARNm CCL5 (RANTES) dans les cellules épithéliales.

La CCL5 (cytokine chémoattractante ligand 5), dénommé dans le passé RANTES (Regulated upon Activation, Normal T-cell Expressed and Secreted), est une β-chémokine qui a des propriétés chémo-attractantes pour les cellules inflammatoires dont les T-lymphocytes et les éosinophiles. Des travaux précédents ont montré une augmentation de l’expression de la CCL5 dans les cellules épithéliales des voies aériennes de patients asthmatiques ainsi qu’un accroissement, in vitro, de l’expression et de la transcription de la CCL5 dans les cellules des voies aériennes infectées par le VRS.

Ce nouveau travail a donc cherché à savoir si l’expression de la CCL5 pouvait être un marqueur de prédiction de développement ultérieur d’un asthme chez l’enfant.

Sur les 206 enfants enrôlés dans cette cohorte, au moins 1 suivi a été possible pour 201 d’entre eux et 155 (soit 77%) ont été suivis entre les âges de 3 et 6 ans.

Plus de 90% des enfants ont eu au moins un épisode de sifflements avant l’âge de 3 ans.

Un diagnostic d’asthme a été posé par un médecin pour presque la moitié des enfants (48%) avant leur septième anniversaire.

Aucune différence significative n’est apparue, à l’âge de 7 ans, entre les enfants asthmatiques et les autres en terme de fonction respiratoire et d’hyperréactivité bronchique.

Plusieurs facteurs de risque d’apparition d’un asthme (diagnostiqué par un médecin) après la survenue d’une bronchiolite sévère à VRS ont été mis en évidence : l’asthme maternel, l’exposition à de forts taux d’allergènes de chien et l’augmentation de l’expression de la CCL5.

Dans les années suivant la bronchiolite, la survenue d’épisodes de sifflements et/ou la sensibilisation aux aéroallergènes à l’âge de 3 ans étaient des facteurs de risque d’asthme alors que la garde en collectivité était associée à une baisse du risque.

L’utilisation de la CCL5 épithéliale nasale s’avère le marqueur le plus performant pour prédire le risque d’asthme avec une sensibilité de 87%, une spécificité de 84% et une valeur prédictive positive de 89%.

On regrette bien sûr l’absence de groupe contrôle à cette étude…