A quoi « ressemble » » un asthme difficile à traiter au Japon ?

mardi 29 mai 2012 par Dr Cécilia Nocent305 visites

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A quoi « ressemble » » un asthme difficile à traiter au Japon ?

A quoi « ressemble » » un asthme difficile à traiter au Japon ?

mardi 29 mai 2012, par Dr Cécilia Nocent

L’obésité et l’intolérance à l’aspirine sont des facteurs de risque d’asthme difficile à traiter chez des femmes japonaises non atopiques. : Y. Fukutomi, M. Taniguchi, T. Tsuburai, H. Tanimoto, C. Oshikata, E. Ono, K. Sekiya, N. Higashi, A. Mori, M. Hasegawa, H. Nakamura and K. Akiyama,

dans Clinical & Experimental Allergy, 2012 (42) 738–746.

- Contexte :

  • L’asthme est un syndrome clinique caractérisé par la diversité des expressions de la maladie et par la sévérité.
  • Les mécanismes physio-pathologiques qui sous-tendent la résistance aux traitements anti-asthmatiques semblent être différents selon les phénotypes de la maladie.

- Objectif :

  • Le but de l’étude est de découvrir l’éventuelle relation entre le genre, l’atopie, la clinique et le risque de résistance au traitement.

-  Méthodes :

  • Les auteurs ont comparé 486 patients ayant un asthme difficile à traiter (ADT) suivis en externe dans un hôpital de référence dans les pathologies allergiques dans le centre du Japon à 621 patients présentant un asthme sévère contrôlé en tenant compte des facteurs cliniques incluant l’IMC, l’intolérance à l’aspirine et en utilisant une analyse par régression logistique multivariée stratifiée sur le genre et le statut atopique.

- Résultats :

  • Quand l’analyse est réalisée sur la population globale de l’étude, l’obésité (IMC≥ 30kg/m2 ; OR : 1,92 ; 95% IC : 1,07 - 3,43) et l’intolérance à l’aspirine (OR : 2,56 ; 95% IC : 1,44 - 4,57) sont retrouvés comme étant des facteurs de risque significatifs d’ADT.
  • Cependant, après stratification sur le genre et le statut atopique, l’association entre obésité et ADT n’est significative que chez la femme (OR : 2,76 ; 95% IC : 1,31 - 5,78) et non chez l’homme (OR : 1,03 ; 95% IC : 0,38 - 2,81).
  • Cette association n’est également retrouvée que chez les non-atopiques (OR : 4,03 ; 95% IC : 1,15 - 14,08) et pas chez les sujets atopiques (OR : 1,54 ; 95% IC : 0,79 - 3,02).
  • Les auteurs ont observés les mêmes différences concernant le genre et le statut atopique et l’association entre l’intolérance à l’aspirine et l’ADT.
    • L’association n’est significative que chez les femmes (OR : 3,96 ; 95% IC : 1,84 - 8,5) et pas chez les hommes (OR : 1,19 ; 95% IC : 0,46 - 3,05) et seulement chez les non-atopiques (OR : 5,49 ; 95% IC : 1,98 - 15,19) mais pas chez les sujets atopiques (OR : 1,39 ; 95% IC : 0,65 - 2,98).

- Conclusions et pertinence clinique :

  • Il existe une association significative entre obésité, intolérance à l’aspirine et asthme difficile à traiter uniquement chez les femmes non atopiques.
  • Ces résultats suggèrent qu’il est nécessaire d’identifier le phénotype des patients porteurs d’un ADT afin d’optimiser la prise en charge thérapeutique.

Il s’agit d’une étude japonaise réalisée dans un hôpital de référence (équivalent de nos CHU) qui avait pour but d’identifier des caractéristiques cliniques chez des asthmatiques difficiles à traiter.

Les auteurs ont comparé deux groupes importants de patients asthmatiques : 486 asthmatiques difficiles à traiter comparés à 621 asthmatiques sévères contrôlés.

Les deux groupes étaient comparés sur des critères cliniques, en particulier l’IMC, le statut atopique ou non, le sexe, l’intolérance à l’aspirine. On regrette à ce stade que la polypose naso-sinusienne ne fasse pas partie des critères recherchés systématiquement. Les résultats sont obtenus par régression logistique multivariée.

Les auteurs retrouve dans cette étude un risque accru d’avoir un asthme difficile à traiter chez les femmes (japonaises) obèses, non atopiques et intolérantes à l’aspirine.

Nous aurions aimé savoir si l’âge ou au moins la décade des patients était également un facteur de risque.

Effectivement, on sait que l’obésité est un facteur de risque d’avoir un asthme. Cette étude montre que l’asthme chez les obèses est plus souvent difficile à traiter. Cependant dans cette population, on sait qu’il peut exister des facteurs psychologiques particuliers qu’il aurait été intéressant de rechercher car ils peuvent éventuellement avoir une incidence sur l’observance thérapeutique. Cela pourrait permettre de confirmer qu’il s’agit bien d’asthme difficile à traiter et non pas d’asthme insuffisamment traités par inobservance thérapeutique.

De la même façon, il est bien connu, dans la triade de Fernand Vidal, que l’asthme associé à l’intolérance à l’aspirine et à la polypose naso-sinusienne est difficile à traiter. C’est pour cela que l’on aurait aimé savoir comment était la sphère ORL de ces patients et savoir également quel était l’âge moyen de cette population (souvent située entre 40 et 55 ans dans la maladie de Fernand Vidal).

Il s’agit donc d’une étude regroupant de nombreux patients mais dont les résultats nous laissent un peu sur notre faim.